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Bulletin Quotidien Europe N° 9698
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INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) pe/ppe-de

Idées et controverses sur les moyens de faire face à la hausse des prix des matières premières alimentaires

Paris, 07/07/2008 (Agence Europe) - La troisième et dernière journée d'études du groupe PPE-DE du Parlement européen, vendredi 4 juillet à Paris, a été consacrée aux prix élevés des produits agricoles et aux défis que la politique agricole commune (PAC) doit relever pour produire plus et mieux.

Michel Barnier, le ministre français de l'Agriculture, a rappelé certaines causes de la hausse des prix des matières premières alimentaires: forte demande de la Chine et de l'Inde en produits alimentaires, accidents climatiques à répétition (comme en Australie), problèmes politiques dans certains pays producteurs (l'Ukraine a perdu en dix ans la moitié de sa production laitière). Les experts pensent que le prix des matières premières alimentaires « va être durablement élevé, il faut vivre avec cela », a commenté le ministre français. Selon les estimations, il faudra d'ici 2050 doubler la production agricole à des fins alimentaires pour nourrir 9 milliards d'habitants dans le monde (à cette date). Selon le ministre français, « nous avons des raisons de maintenir la PAC et de l'adapter, de redistribuer un certain nombre d'aides pour tenir compte des prix », ce qui fera l'objet du « bilan de santé » de la PAC. Comment relever le défi alimentaire ? M. Barnier a avancé plusieurs pistes:
- changer le modèle sur lequel les pays les plus pauvres ont bâti leur économie agricole (il faut aider les pays d'Afrique à produire pour se nourrir et pas seulement pour exporter), notamment en augmentant les financements agricoles dans le Fonds européen de développement (FED) ; - créer un groupe politique de très haut niveau, permanent, où se retrouveraient les grands institutions internationales (Banque mondiale, FMI, FAO et OMC, plus les grands bailleurs) pour traiter de la question du lien entre l'agriculture et l'alimentation et du bon partage des terres agricoles (usage alimentaire ou pour les biocarburants) ; - financer (grâce au FED ou à des crédits des bailleurs internationaux) des projets régionaux agricoles pour aider certains pays (Afrique de l'Ouest et de l'Est, Corne de l'Afrique, certaines régions d'Amérique latine ou d'Asie) à reconstruire leur économie agricole (mutualisation de certaines productions, gestion en commun des stocks, gestion de l'eau et des fleuves…).

L'ancien commissaire européen à l'Agriculture, Franz Fischler, préside la fondation RISE (Rural Investment Support for Europe). Il a fait un exposé sur le défi alimentaire (comment nourrir le monde), le défi environnemental et le défi des zones rurales et sur les réponses de l'UE à ces défis. Il a souligné que: - la demande en produits alimentaires va augmenter de 50% dans les vingt ans à venir ; - la part de la population mondiale qui vit dans les zones urbaines va passer de 50 à 60% (un milliard de personnes ne pourront plus produire leur alimentation mais vont devoir acheter leurs produits) ; - la concurrence est de plus en plus grande entre les produits alimentaires, les fourrages et la biomasse ; - 70% de la production agricole mondiale proviennent des zones tempérées ; - les superficies agricoles sont limitées ; - la production intensive doit augmenter. Franz Fischler a préconisé de nouveaux objectifs pour la PAC (pas seulement l'autosuffisance alimentaire qui figure encore même dans le projet du Traité de Lisbonne): - des solutions intégrées pour résoudre les problèmes alimentaires et environnementaux ; - des nouvelles mesures pour éviter la volatilité des prix sur le marché ; - renforcer la chaîne alimentaire ; - un système de stockage de carbone.

Hafez Ghanem, sous-directeur du département du développement économique et social de la FAO, a répété que la hausse des prix n'est pas transitoire et a évalué à 77% la corrélation entre la hausse du prix du pétrole et la hausse des prix des produits alimentaires. Entre 2005 et 2007, le nombre de gens qui souffrent de la faim à augmenté de 50 millions dans le monde. Il a noté aussi la « baisse continue » de l'aide alimentaire.

Mathilde Lemoine, la directrice des études économiques et de stratégie marchés d'HSBC France, a analysé le problème de la spéculation, en partie responsable de la flambée des prix des produits alimentaires. Elle a souligné qu'on ne peut pas remettre en cause les contrats à terme, qui existent depuis la fin du 18ème siècle (et qui ont permis une certaine stabilité dans les investissements). En revanche, l'ampleur des fluctuations nuit à l'approvisionnement alimentaire lorsque la transparence n'est pas parfaite. Elle a lancé l'idée de « suspendre des cotations quand les variations sont trop fortes » et suggéré de réfléchir avec les banquiers centraux sur la conduite des politiques monétaires (au sujet des variations des actifs). « Les produits alimentaires sont aussi des produits spéculatifs pour faire de l'argent. Ce qui n'est pas sans poser des problèmes pour nous, politiques », a renchéri Joseph Daul.

Alojz Peterle (PPE-DE, slovène) a estimé que l'UE est « mal équipée pour répondre à ces défis ». Il a soutenu l'idée de M. Barnier de créer un groupe politique de très haut niveau pour réfléchir à l'agriculture et à l'alimentation. Il a suggéré que ce groupe s'occupe aussi de santé (les Chinois consomment de plus en plus de protéines animales). Mairead McGuinness (PPE-DE, irlandaise) a évoqué le déroulement des négociations à l'OMC, les coûts de production qui continuent à monter pour les agriculteurs et les biocarburants « qui ont très mauvaise presse » et la spéculation. Petya Stavreva (PPE-DE, bulgare) a demandé de tenir compte des agriculteurs des nouveaux États-membres (garantir le traitement égal des fermiers dans toute la Communauté) et estimé que la PAC réformée doit tenir compte des nouveaux défis (changement climatique, biocarburants, gestion de l'eau). L'Irlandais Philip Bushill-Matthews a évoqué les craintes « excessives » à ses yeux sur les organismes génétiquement modifiés (OGM). La Luxembourgeoise Astrid Lulling a parlé du rapport controversé de la Banque mondiale qui juge que le développement des biocarburants a provoqué une hausse des prix alimentaires de 75% depuis 2002. « Ne faudrait-il pas revoir les objectifs du paquet énergie et climat », s'est-elle interrogée. L'Espagnole Pilar Ayuso a demandé que des mesures soient prises dans le cadre de la PAC pour « produire et encourager la production ». Le Chypriote Ioannis Kasoulides s'est demandé s'il ne convenait pas de revenir, au moins partiellement, à « une politique de hausse de la production quantitative sur certains produits agricoles ». L'Autrichienne Agnes Schierhuber est revenue sur le projet de la Commission d'utiliser des crédits non utilisés de la PAC pour des programmes alimentaires dans les pays pauvres.

En réponse à ces questions, Michel Barnier a expliqué les choses suivantes: - « nous allons essayer de rendre cette PAC » (dans le cadre des débats sur le bilan de santé, qui doivent se terminer en novembre 2008) plus préventive (outils de gestion des crises) et plus équitable (en répartissant mieux les aides) ;
- l'orientation prise aujourd'hui est d'augmenter la production (suppression de la jachère, suppression de taxes à l'importation sur les céréales) ; - il ne faut pas supprimer tous les outils de régulation et de stabilisation des marchés agricoles (ils sont utiles notamment dans le secteur du lait) ; - il faudrait changer le modèle énergétique de toutes les exploitations agricoles (on pourrait utiliser, pour financer de tels diagnostics énergétiques, des crédits de la PAC non utilisés en 2008, a suggéré le ministre français) ; - la position européenne sur les biocarburants est « raisonnable » (7% de biocarburants en 2010-2012), alors que les États-Unis et les Brésiliens tablent sur 30% ; - il faut expliquer à l'opinion publique que nous avons besoin des OGM pour la productivité, pour se protéger de la salinité ou de la sécheresse, pour certaines maladies (mucoviscidose), pour diminuer l'usage des produits chimiques dans l'industrie du papier ou encore pour la nutrition ; - il faut réglementer au niveau européen les importations et les autorisations des OGM.

Sur l'OMC, Michel Barnier a noté que « certains veulent se précipiter, aboutir à un accord ». Or, « nous considérons que les conditions d'un accord équilibré ne sont pas là ». Il a ajouté: « Il n'y a pas d'équilibre dans la corbeille agricole et il n'y a pas d'équilibre entre la corbeille agricole et la corbeille des services ou de l'industrie ». Il y a un vrai risque de déstabilisation de filières entières en Europe (élevage, fruits et légumes, sucre). De plus, les grands perdants d'un « mauvais accord à l'OMC » seront les pays les plus pauvres, a ajouté le ministre français. Si on supprime les droits de douane pour tout le monde, on fera perdre les avantages tarifaires dont bénéficient les pays d'Afrique (les tarifs douaniers sont nuls pour les produits d'Afrique qui entrent en Europe).

Sur tous les sujets évoqués lors de ces journées d'études du PPE-DE, « stratégiques pour l'avenir de l'Union européenne et de tout le continent européen, nous voulons faire des propositions ambitieuses mais réalistes, nous voulons assurer la sécurité des Européens sans faire de protectionnisme », a déclaré Joseph Daul, le président du groupe PPE-DE. (L.C.)

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