Bruxelles, 26/06/2008 (Agence Europe) - Estimant les conditions politiques et techniques désormais réunies sur les trois chapitre clés des négociations de Doha - les subventions agricoles, l'accès au marché agricole et l'accès au marché industriel - pour un accord avant l'été, le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, devrait convoquer les ministres d'une trentaine de puissances commerciales, dans la semaine du 21 juillet à Genève, pour tenter de sceller un compromis sur les modalités de libéralisation des échanges en agriculture et sur les produits industriels (NAMA). Si les tractations s'intensifient à Genève depuis la publication le 19 mai dernier des textes de compromis révisés sur l'agriculture et les NAMA (EUROPE n° 9664), la persistance des divergences entre pays riches et en développement sur ces deux chapitres permet de douter de l'optimisme de M. Lamy dont la décision prend des allures de pari à très haut risque.
« Je sais que cela présente des risques, mais je pense qu'il y a plus de 50% de chances de parvenir à un accord », aurait assuré M. Lamy aux ambassadeurs des pays concernés. Les dernières tentatives - juin 2006 à Genève, juin 2007 à Potsdam - ont, en effet, tourné au fiasco. Mais le patron de l'OMC n'a qu'une idée en tête: soumettre un éventuel accord à l'administration en place aux Etats-Unis avant le départ de celle-ci en janvier 2009 et boucler le round. Les relents protectionnistes dans les discours des candidats à la Maison blanche laissent en effet présager que toute ratification par Washington au-delà de cette date soit renvoyée aux calendes grecques.
Du côté des puissances commerciales, les divergences sont encore importantes. Mercredi 25 juin, la Commission européenne a dit soutenir la décision de M. Lamy tout en appelant les pays émergents à « faire preuve de la même flexibilité » que l'UE. Les services de l'Américaine Susan Schwab ont souligné que « des différences importantes persistent sur l'agriculture, l'industrie et les services ». Soulignant que l'agriculture reste au cœur des pourparlers, l'Inde a dénoncé « l'absence de visibilité sur l'objectif de baisse des subventions et les nouvelles règles qui seront en place » et appelé les pays riches à s'engager sur des offres concrètes.
Du côté des pays en développement, le pessimisme est de mise. Le format des discussions préparatoires à la réunion ministérielle irrite les délégations qui se sentent exclues. Ambassadeurs et hauts fonctionnaires d'une trentaine de pays négocient depuis début juin dans le cadre d'un groupe de consultations à huis clos, réuni auprès de M. Lamy deux fois par semaine. En parallèle, des discussions consacrées aux NAMA se poursuivent entre 12 pays, sous l'impulsion des États-Unis. De leur côté, les médiateurs sur l'agriculture et les NAMA, Crawford Falconer et Don Stephenson, poursuivent les consultations auprès des délégations.
Les pays en développement estiment par ailleurs que, sur chacun de ces deux volets, les pourparlers sont loin d'aboutir. En agriculture, de nombreuses délégations sont préoccupées par l'absence de mouvement américain sur les soutiens internes, d'autant plus que le nouveau Farm Bill prévoit leur augmentation. Les membres seraient également loin d'un accord sur le mécanisme de sauvegarde spécial, qui vise à protéger les pays en développement d'une hausse brutale des importations. Les discussions sur les produits tropicaux sont également au ralenti. Du côté des pays ACP, on craint que la libéralisation du commerce de leurs produits voulue par l'UE mette en danger leurs économies dépendantes du sucre, des bananes, des fruits frais et secs, de l'huile d'arachide, du cacao… Sur le chapitre des NAMA, plusieurs questions peuvent conduire à l'échec. Emmenés par l'Afrique du Sud, l'Argentine, le Brésil, l'Egypte et l'Inde, les pays du NAMA-11 s'opposent à la réduction tarifaire qui leur est demandée dans le dernier projet de compromis révisé. Des progrès ont été accomplis lors de négociations à douze sur les échappatoires consenties aux pays du Mercosur et à l'Afrique du Sud en matière de baisse des droits de douane. Mais les Etats restent divisés sur la possibilité offerte à un pays de mettre un secteur entier de son économie à l'abri des baisses tarifaires. (E.H.)