Bruxelles, 22/04/2008 (Agence Europe) - Devant la multiplication des comportements agressifs observés chez certains mineurs friands de jeux vidéo violents destinés aux adultes, la Commission européenne souhaite davantage de réglementation pour la mise sur le marché de ces jeux dont les ventes explosent en Europe. Une majorité d'Etats membres a mis en place des systèmes de contrôle, mais certains n'ont encore pris aucune mesure de protection et l'industrie pèche encore par manque de collaboration. L'industrie et les autorités publiques devraient intensifier leur coopération en vue de mieux faire connaître leurs systèmes de classification par catégorie d'âge et éviter la confusion avec des systèmes parallèles, estime la Commission. Celle-ci surveille attentivement la mise en place d'un code de conduite des détaillants pour la vente de jeux vidéos aux mineurs, actuellement en cours d'élaboration et qui devrait voir le jour d'ici deux ans.
Dans une communication publiée mardi 22 avril, la Commission dresse une vue d'ensemble des précautions mises en place par le secteur et les pouvoirs publics dans les 27 Etats membres et expose les mesures qu'elle souhaite voir prises pour harmoniser les politiques du marché unique. Elle marque par ailleurs son soutien au système paneuropéen de classification par catégorie d'âge des logiciels de loisirs PEGI, mis au point par l'industrie avec le soutien de l'Union européenne (voir EUROPE n° 9461). Ce système est actuellement utilisé dans 20 Etats membres, constate la Commission. Deux pays - l'Allemagne et la Lituanie - se sont dotés d'une législation spécifique contraignante, tandis que Malte s'appuie sur la législation générale en vigueur. Quatre Etats membres, à savoir Chypre, le Luxembourg, la Roumanie et la Slovénie n'ont, par contre, mis en place aucun système. Quinze autres Etats membres ont, pour leur part, adopté une législation concernant la vente aux mineurs, en magasin, de jeux vidéo au contenu préjudiciable, mais le champ d'application de ces lois diffère d'un pays à l'autre. A ce jour, quatre Etats membres (Allemagne, Irlande, Italie et Royaume-Uni) ont interdit la vente de certains jeux trop violents. Adoptés en 2003 et soutenus par les principaux fabricants de consoles de jeux en Europe, les systèmes PEGI établissent une classification par catégorie d'âge et dispensent des avertissements, notamment sur le degré de violence ou l'emploi d'un langage grossier, qui permettent aux parents de choisir des jeux qui conviennent à leurs enfants et aux joueurs adultes de mieux choisir leurs jeux. Dans la foulée, le système PEGI Online, cofinancé au titre du programme communautaire pour une utilisation plus sûre de l'Internet («Safer Internet»), a été lancé en 2007 pour accompagner l'essor des jeux vidéo en ligne. Pour harmoniser les politiques au sein du marché unique, la Commission préconise les mesures suivantes: 1) l'industrie des jeux vidéo doit améliorer régulièrement et mieux faire connaître les systèmes PEGI et PEGI Online; 2) il conviendrait que les États membres intègrent PEGI dans leurs propres systèmes de classification et le fassent davantage connaître, notamment aux parents et aux enfants; 3) les États membres, les organismes de classification et les autres parties concernées devraient travailler ensemble pour trouver de nouveaux systèmes de vérification de l'âge; 4) il conviendrait d'établir, d'ici deux ans, un code de conduite paneuropéen sur la vente de jeux vidéo aux mineurs, approuvé par toutes les parties prenantes.
Les jeux vidéo sont de plus en plus accessibles via Internet ou les téléphones mobiles, modes de chargement qui devraient représenter 33 % du total des recettes du secteur des jeux vidéo d'ici 2010. Le secteur européen des jeux vidéo génère déjà des revenus correspondant à la moitié de ceux du marché de la musique et dépassant ceux du marché des salles de cinéma en Europe. Plus précisément, ce secteur devrait générer 7,3 milliards d'euros de recettes d'ici la fin 2008. La Commission soutient déjà le processus d'autoréglementation au niveau européen pour protéger les mineurs qui utilisent un téléphone mobile. Par ailleurs, un processus d'autoréglementation, renforcé par la coopération transfrontalière, a également été engagé dans le secteur des services audiovisuels dans le cadre de la directive «Télévision sans frontières» (voir EUROPE n° 9360).
Le marché mondial du jeu vidéo devrait générer d'ici 2010 31 milliards d'euros, dont 9 milliards en Europe qui représente donc un tiers du marché, a souligné Viviane Reding, commissaire en charge de la société de l'information et des médias. Selon elle, PEGI est un très bon exemple d'autoréglementation de l'industrie, mais cette initiative n'est pas suffisante car elle est méconnue des parents et des éducateurs. Seuls 53% connaissent en effet son existence. D'autre part, il faut un suivi de la part des détaillants qui doivent contrôler à qui ils vendent les jeux vidéo, sinon l'initiative n'a pas de sens, a-t-elle expliqué. La commissaire Meglena Kuneva a salué l'initiative qui vise la protection des consommateurs les plus vulnérables, dans un monde de plus en plus numérisé où les frontières de l'interdit sont de plus en plus floues. Il faut informer, éduquer et amener les parents, et donc les enfants, à faire le bon choix a-t-elle souligné, en insistant sur l'importance de responsabiliser l'industrie. Celle-ci doit savoir qu'il n'y a pas de place pour la complaisance, a-t-elle mis en garde. (I.L.)