La conclusion de cette rubrique d'hier n'avait pas d'intentions consolatrices. L'affirmation selon laquelle la coopération entre l'UE et les pays tiers méditerranéens progresse et pourra continuer à progresser grâce à des réalisations à première vue modestes mais concrètes, au-delà des exercices rhétoriques et des cérémonies solennelles, se fonde sur des faits bien réels. Les exemples existent, et ils se multiplieront si les conditions nécessaires sont respectées. La première condition est de ne pas subordonner les initiatives à l'exigence d'une participation généralisée. Ce n'est pas parce qu'ils ont été tous invités au Sommet du 13 juillet, avec leurs organisations régionales en plus, que les pays tiers méditerranéens constituent un ensemble. Les faits prouvent que ce qui marche dans le processus de Barcelone regroupe presque toujours un nombre limité de pays. L'approfondissement des relations de ces pays avec l'UE est dans la plupart des cas bilatéral, et les progrès de la coopération entre eux réunissent un nombre limité de participants.
L'accord d'Agadir, un exemple et un modèle. Le premier exemple qui vient à l'esprit est l'Accord d'Agadir. Quatre pays de la rive Sud - Jordanie, Egypte, Maroc et Tunisie - ont décidé de concrétiser entre eux deux volets essentiels de la coopération qui pourrait aboutir un jour à la création d'un espace économique euro-méditerranéen unifié: le libre-échange et l'encouragement des investissements.
Quoi qu'en pense une certaine rhétorique du Parlement européen, une zone de libre-échange englobant toute la région ne peut pas exister, par définition, aussi longtemps que les pays tiers méditerranéens maintiennent des barrières entre eux, et les investissements ne peuvent affluer que si les marchés sont ouverts. Quelle entreprise occidentale pourrait consacrer un investissement de grande envergure à un marché limité à un seul pays ? Grâce à l'accord d'Agadir, tout investissement dans l'un des quatre pays qui en font partie dispose d'un marché de 120 millions de consommateurs, en plus du marché européen. Grâce à l'appui de l'UE et à la volonté politique des «quatre», la zone de libre-échange entre eux est devenue une réalité, complétée par le «cumul de l'origine» (dont les investisseurs et les experts connaissent les avantages). Les résultats sont déjà suffisamment positifs pour justifier le premier Forum de l'Investissement, organisé le 8 avril par les quatre Etats membres avec l'appui de la Commission européenne (voir notre bulletin n° 9639). Les opérateurs et les investisseurs ont été ainsi informés des opportunités qui leur sont ouvertes.
Tout n'avait pas été facile au départ. L'initiative était tellement innovante que les retards et les moments de découragement n'ont pas manqué. Mais l'appui de la Commission européenne, dans le cadre du processus de Barcelone, n'a jamais fait défaut. Intervenant au Forum, le directeur général des relations extérieures de la Commission, Eneko Landaburu, a rappelé que « la Commission a appuyé l'accord dans certains moments de doute et elle avait même programmé une deuxième phase du programme d'appui alors que la première phase n'avait pas encore pu commencer ». L'UE finance à présent l'assistance technique et la formation, ainsi que la divulgation de l'Accord auprès des entreprises afin que les opérateurs économiques connaissent les opportunités de commerce et d'investissement, car l'Accord « offre d'importantes possibilités de coopération industrielle et de sous-traitance pour les exportations vers l'Europe ou ailleurs». À présent, l'ambition est d'approfondir et d'élargir l'Accord à d'autres pays , car il représente «un point de référence solide dans le processus d'intégration sud-sud».
D'autres exemples. Un autre cas récent de «coopération en progrès» est la présentation, par la Commission européenne et par la BEI (Banque européenne d'investissement) de 44 projets de dépollution de la Méditerranée, avec une dotation financière de 2,1 milliards d'euros qui pourrait même être augmentée (voir notre bulletin n° 9641). Dès l'annonce, des dépêches à sensation de grandes agences de presse ont parlé d'une initiative de la Commission pour marquer son territoire et couper l'herbe sous les pieds de la France, qui avait mis ce thème au centre de son projet d'Union méditerranéenne. Or, il est évident que les projets détaillés annoncés le 11 avril n'ont pas été improvisés en quelques semaines: ils sont le résultat d'études longues et approfondies (un calendrier avait été fixé dès novembre 2006). Des remarques analogues sont valables pour les projets de coopération agricole et de pêche entre treize pays riverains (voir notre bulletin n° 9596) et en matière de tourisme, où les possibilités de coopérer sont presque illimitées (voir notre bulletin n° 9637).
À se demander si certaines personnalités parisiennes avaient entendu parler des actions en cours dans le cadre du processus de Barcelone, et des vrais obstacles qui empêchent d'aller plus loin.
(F.R.)