Strasbourg, 21/02/2008 (Agence Europe) - Dans une résolution commune aux groupes PPE-DE, PSE, ALDE, UEN, Verts et GUE/NGL adoptée - à la suite d'un débat lors de la précédente session plénière (EUROPE n° 9592) - jeudi 21 février à Strasbourg, le Parlement européen réaffirme sa « vive inquiétude » au vu de la crise humanitaire et politique qui sévit dans la bande de Gaza et aux « graves incidences » qu'elle pourrait impliquer.
Exprimant sa « plus profonde sympathie » envers la population civile touchée par les violences à Gaza et dans le sud d'Israël, le Parlement réitère son appel à mettre fin à tout acte de violence aussi bien de la part d'Israël, invité à cesser toute action militaire mettant en danger et tuant des civils, que du Hamas, prié d'empêcher les tirs de roquettes des milices palestiniennes depuis la bande de Gaza vers les territoires israéliens. Soulignant que la population civile « devrait être préservée de toute action militaire et de toute punition collective », le PE demande à Israël, en tant que puissance occupante, d'honorer ses obligations internationales à l'égard de la bande de Gaza. « Convaincu que la politique d'isolement de la bande de Gaza a échoué aussi bien au niveau politique qu'humanitaire », le PE appelle à la fin du blocus et à une réouverture contrôlée des passages pour l'entrée et la sortie de la bande de Gaza, à Rafah, Karni et aux autres points de passage. Il appelle, en outre, à rétablir la mission d'assistance frontalière de l'UE à Rafah et salue la déclaration du Haut représentant Javier Solana demandant d'envisager un nouveau mandat du Conseil pour cette mission. S'il se félicite de la proposition de l'Autorité palestinienne de prendre le contrôle des points de passage, sur la base d'un accord avec l'Égypte et Israël, il l'appelle néanmoins à contribuer à mettre en place les conditions nécessaires pour impliquer dans cette initiative toutes les parties concernées dans la bande de Gaza. Israël est pour sa part appelé à garantir à la bande de Gaza « l'accès continu et suffisant de l'aide et de l'assistance humanitaires et des services et des marchandises de base, y compris du carburant et de l'électricité ». Le PE se dit, en effet, très inquiet des conséquences sur l'environnement et la santé humaine de l'impossibilité d'effectuer la maintenance des installations de traitement des eaux usées de la station de Beit Lahia. Il rappelle aussi « l'importance d'un lien géographique et commercial permanent » entre Gaza et la Cisjordanie et demande l'élaboration d'un projet énergétique « urgent et exemplaire » pour Gaza afin d'assurer l'autonomie et l'autosuffisance dans la production d'électricité et le dessalement de l'eau pour sa population.
Par ailleurs, s'il se félicite du résultat de la conférence internationale des donateurs de décembre 2007 en faveur du futur Etat palestinien, qui a abouti à des promesses de dons de plus de 7,4 milliards de dollars, le PE rappelle aux parties prenantes du conflit israélo-palestinien qu'elles ont pris l'engagement, à Annapolis, d'organiser des négociations en toute bonne foi en vue de conclure un traité de paix « qui permettrait d'apporter une réponse à tous les problèmes en souffrance, et notamment à toutes les questions fondamentales, sans exception, d'ici la fin de l'année 2008, comme le prévoient les accords précédents ». En outre, il invite le Hamas à revoir sa position, dans la ligne des principes retenus par le Quartette, et à soutenir le processus de paix et les négociations en cours. Enfin, le PE salue la réaction de l'Égypte aux perturbations survenues à Rafah, qui a permis à de nombreuses familles palestiniennes de pourvoir à leurs besoins essentiels et invite Le Caire à continuer à jouer un rôle actif pour la paix et la stabilité dans la région.
A la veille du vote, lors d'une conférence de presse agrémentée de photos poignantes illustrant le désastre humanitaire de Gaza, les neuf députés européens conduits par Luisa Morgantini (GUE/NGL, italienne) - Jill Evans (Verts, britannique), Gyula Hegyi (PSE, hongrois), Richard Howitt (PSE, britannique), Miloš Koterec (PSE, slovaque), Jean Lambert (Verts, britannique), Jamila Madeira (PSE, portugaise), Eugenijus Maldeikis (UEN, lituanien) et Philippe Morillon (ALDE, français) - qui s'étaient rendus sur le terrain du 2 au 7 février, ont fait part de leur « profond pessimisme » et se sont dit « désabusés » aussi bien par la situation dans l'étroite bande de terre où vivent 3 800 habitants au kilomètre carré que par l'issue des négociations de paix en cours. M. Morillon a dénoncé « la maladie de la peur entretenue par les extrémismes de tout bord ». « Le blocus de Gaza est contre-productif, il détruit son économie et renforce le pouvoir du Hamas », a-t-il ajouté.
M. Howitt a dénoncé un « état de siège qui impose des conditions moyenâgeuses au peuple de Gaza ». « Une résolution du PE ne suffit pas. L'UE a du pouvoir, elle doit agir politiquement, voilà ce que les populations que nous avons rencontrées nous ont demandé », a conclu Mme Madeira. (E.H.)