Bruxelles, 21/02/2008 (Agence Europe) - Menacée par une baisse des activités et une hausse des pressions inflationnistes, l'économie européenne est dans une situation délicate. Tel est le constat de la Commission qui a publié, jeudi 21 février, des prévisions intermédiaires à ses exercices saisonniers. La croissance pour 2008 a été revue à la baisse (de 0,4 point de pourcentage) par rapport aux chiffres évoqués en novembre 2007 (EUROPE n° 9540) et devrait retomber à 2% dans l'UE et à 1,8% dans la zone euro. En hausse (de 0,5 point de pourcentage), l'inflation devrait se situer à 2,9% en moyenne dans l'UE et à 2,6% dans la zone euro, toujours en 2008.
Basée sur les sept principales économies de l'UE (Allemagne, Espagne, France, Italie, Pays-Bas, Pologne et Royaume-Uni), qui représentent ensemble 80 % du PIB européen, l'analyse montre que certains risques identifiés dans les prévisions d'automne se sont matérialisés (crise prolongée du marché financier, ralentissement marqué de l'activité aux États-Unis et prix élevés des matières premières). Des résultats moins bons qu'espérés au dernier trimestre 2007 et une faible demande domestique expliquent ce repli de la croissance, a indiqué Joaquin Almunia en présentant ces nouvelles prévisions à la presse. Le commissaire aux Affaires économiques et monétaires a toutefois pris soin de souligner que les fondamentaux économiques restaient solides en Europe. Malgré des perspectives « très incertaines » au niveau mondial et des indicateurs de confiance en recul constant, les anticipations montrent une possible accélération de la croissance durant la seconde moitié de l'année. De 0,3% au premier semestre, le PIB pourrait ensuite croître de 0,4% dans la zone euro. A ce stade, la croissance dans l'UE semble s'établir à 0,4% pour chaque trimestre. L'inflation devrait, pour sa part, revenir à un niveau plus normal durant le dernier trimestre 2008.
Ces perspectives sont entourées d'importantes incertitudes, a insisté le commissaire, qui estime que la réévaluation du risque qui a débuté l'été dernier sur les marchés financiers n'est pas terminée. De même, les Etats-Unis sont confrontés à un ralentissement de leurs activités, mais la Commission ne prévoit pas de récession. Avec une reprise de l'économie américaine en fin d'année, elle s'attend à une hausse du PIB américain de 1,25% en moyenne pour 2008. Cette performance dépendra surtout de l'effet des mesures politiques et budgétaires annoncées par l'administration américaine, ajoute le commissaire. Enfin, les prix élevés des produits de base continueront de peser sur la croissance et l'inflation en Europe. Pour établir son scénario, la Commission table sur un prix du baril de pétrole de 90 dollars US en 2008 (11 dollars de plus qu'en novembre dernier). Compte tenu de l'appréciation récente de l'euro face à la devise américaine, la Commission intègre désormais dans ses prévisions l'hypothèse d'un taux de change de 1,47 dollar pour un euro.
Sous l'effet de la flambée des prix des denrées alimentaires et des matières premières, la Commission a procédé à des révisions importantes de l'inflation dans la plupart des Etats membres considérés. Si l'inflation est restée contenue à un niveau moyen de 2,3 % dans l'UE et 2,1 % dans la zone euro en 2007, elle a fortement augmenté à partir du dernier trimestre, observe la Commission. En janvier, le taux d'inflation a en effet atteint 3,2 % et des pressions au niveau des producteurs ont commencé à augmenter. Les prix du pétrole et des produits alimentaires contribuent toujours pour plus de la moitié à l'inflation totale dans la zone euro, chacun comptant pour 0,9 point de pourcentage (le reste étant dû à l'inflation dans les autres secteurs des biens et des services). « Nous espérons nous rapprocher de l'objectif des prix de la Banque centrale européenne (environ 2%: Ndlr) d'ici la fin de l'année », a indiqué le commissaire Almunia, pour qui l'inflation devrait revenir à environ 2,5% dans l'UE et à 2,1% dans la zone euro au quatrième trimestre 2008.
La situation par pays est la suivante:
Allemagne. De 2,1% dans les prévisions d'automne, la croissance dans ce pays devrait s'élever seulement à 1,6% en 2008. Cette baisse est due à la fois à une croissance plus lente que prévu au dernier trimestre de l'année 2007 et à une évaluation plus prudente des perspectives pour l'année en cours, a souligné le commissaire. L'Allemagne devrait enregistrer une bien pâle progression de son PIB (0,1%) au premier trimestre 2008, avant une meilleure reprise (0,3% au deuxième trimestre et 0,4% pour le reste de l'année). L'inflation a été revue à la hausse, puisqu'elle devrait atteindre 2,3% en 2008, contre 2% précédemment.
Espagne. L'activité reste soutenue, mais la demande intérieure montre des signes de faiblesse, a indiqué le commissaire. Evaluée à 3% en novembre dernier, la croissance devrait s'élever à 2,7% en 2008 (oscillant entre 0,6% et 0,5% selon les trimestres). Le ralentissement du secteur immobilier est responsable en grande partie de cette baisse, mais les exportations devraient pouvoir compenser partiellement cette diminution, explique M. Almunia. L'inflation enregistre, quant à elle, un bond de 0,8 point de pourcentage pour s'établir à 3,7% sur l'ensemble de l'année (dont 4,4% au premier trimestre).
France. L'économie française va également ralentir en 2008, passant de 2% de croissance selon les précédentes prévisions, à 1,7% désormais (avec 0,4% au deuxième trimestre contre 0,3% pour les autres trimestres). Cela s'explique par un report plus faible de l'année 2007, un environnement international moins favorable et une inflation plus élevée qui va réduire le revenu disponible des ménages (même si la consommation privée devrait rester assez élevée), précise le commissaire. Il ajoute que cette baisse des prévisions de croissance peut conduire à un accroissement du déficit public d'environ 0,15 point de pourcentage. En termes d'inflation, la France, qui semblait moins touchée d'après les précédentes prévisions (1,7% pour 2008), pourrait être confrontée à une hausse des prix de 2,4% en 2008.
Italie. Piètre performance pour l'économie italienne, qui voit sa prévision de croissance pour 2008 diminuer de moitié (à 0,7%, contre 1,4% auparavant). La réduction nette de la production industrielle au dernier trimestre 2007 va peser au premier trimestre 2008, où le PIB ne devrait augmenter que de 0,1%. Mais, à la différence de l'Allemagne, le pays continuera à pâtir d'une évolution négative de la confiance des acteurs économiques. Seule une faible reprise est envisagée au cours de l'année (0,2% au deuxième trimestre et 0,3% ensuite), à condition que l'environnement international devienne moins incertain, constate le commissaire. De 2% en novembre, le taux d'inflation pourrait désormais atteindre 2,7%.
Pays-Bas. Forts d'une croissance très élevée au cours des deux derniers trimestres 2007, les Pays-Bas sont un cas à part. L'économie néerlandaise bénéficiera en effet du report sur 2008 de cette bonne performance, même si elle ne sera pas à l'abri de la décélération globale. Pour l'ensemble de l'année, la Commission a revu sa prévision de croissance à la hausse à 2,9%, contre 2,6% auparavant. Inchangé à 2,3%, le taux d'inflation restera clairement en dessous de la moyenne de la zone euro, même s'il augmentera au deuxième semestre (2,6% au 3ème trimestre et 2,8% au 4ème trimestre contre 1,8% pour la première moitié de l'année).
Pologne. La forte demande intérieure contribuera à la très bonne tenue de l'économie polonaise. Bien qu'en baisse de 0,3 point de pourcentage par rapport aux prévisions d'automne, la croissance devrait atteindre 5,3% en 2008, constate la Commission, qui prévoit un léger ralentissement au second semestre (1%). Les prix de l'énergie et des produits alimentaires pousseront le taux d'inflation à la hausse, à 3,8% (un point de pourcentage au-delà des prévisions antérieures).
Royaume-Uni. Les performances ont été bonnes au cours de la seconde moitié de l'année 2007, mais des signes de modération apparaissent. La Commission a ainsi ramené sa prévision de croissance pour l'économie britannique à 1,7% du PIB en 2008, alors qu'elle était encore de 2,2% en novembre dernier. Une réduction imputable aux conditions de crédit plus strictes et aux perspectives moins bonnes pour le marché immobilier, précise M. Almunia. Le taux d'inflation devrait s'établir à 2,5% (2,2% précédemment).
Pour le rapport: http://www.ec.europa.eu/economy_finance/thematic_articles/article12054_en.htm. (A.B)