Bruxelles, 12/12/2007 (Agence Europe) - L'absence d'une solution définitive et satisfaisante au litige sur l'utilisation du nom « Macédoine » risque de bloquer l'adhésion de l'ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM) à l'OTAN et de compliquer sérieusement le processus d'adhésion du pays à l'Union européenne, affirme la ministre des Affaires étrangères de Grèce, Dora Bakoyannis, dans un entretien accordé à EUROPE. Depuis la proclamation d'indépendance de la « République de Macédoine » en 1991, la Grèce conteste vigoureusement l'utilisation du nom « Macédoine ». Selon Athènes, ce nom ne peut pas être utilisé par un seul pays car il désigne en réalité une vaste zone géographique historique dont « plus que 50% appartiennent à la Grèce et 35% à l'ARYM », le reste étant réparti entre l'Albanie et la Bulgarie. En 1993, les Nations unies ont décidé d'utiliser provisoirement le nom « ancienne République yougoslave de Macédoine » (ARYM), en attendant une appellation définitive. La Grèce tolère provisoirement le nom « ARYM », mais insiste sur une future solution définitive qui empêchera son pays voisin de monopoliser le nom « Macédoine ».
« La question du nom est un très grand problème politique en Grèce, mais c'est aussi un problème international parce qu'il touche à la stabilité de la région », déclare Mme Bakoyannis, affirmant qui il s'agit du « dernier problème de Guerre froide dans la région ». Pour la ministre, l'ARYM ne pourra rejoindre ni l'OTAN, ni l'UE si cette question n'est pas résolue auparavant à la satisfaction d'Athènes qui a un droit de véto dans les deux organisations. L'ARYM a obtenu le statut de pays candidat à l'UE en décembre 2005 mais attend toujours une date pour l'ouverture des négociations d'adhésion. « Aucun gouvernement grec ne demandera au Parlement grec de ratifier l'adhésion de notre voisin à l'OTAN ou à l'Union européenne si le problème n'est pas résolu », souligne-t-elle.
Le temps presse, du moins en ce qui concerne l'OTAN. En avril 2008, à Bucarest, le Sommet de l'OTAN devrait adresser une invitation d'adhésion à Skopje. Pour Mme Bakoyannis, le problème devra donc être résolu d'ici là, faute de quoi le processus d'entrée de l'ARYM dans l'Alliance atlantique serait suspendu. Les autorités de l'ARYM doivent enfin « bouger », elles doivent « faire le dernier effort nécessaire » pour parvenir à un compromis qui devra assurer que « personne ne monopolisera le nom Macédoine ». « Malheureusement, les dirigeants à Skopje sont extrêmement intransigeants », déplore Mme Bakoyannis qui dénonce aussi certaines « provocations » comme celle de baptiser l'aéroport de Skopje « Alexandre le Grand ».
Quelle solution propose Athènes ? « Nous avons proposé un nom composé utilisable dans toutes les relations internationales qui ferait une distinction entre la grande région grecque de Macédoine et Skopje. Le nom 'Macédoine' pourrait rester dans cette dénomination composée, mais le terme 'République de Macédoine' ne devrait pas y figurer. Il y a eu beaucoup de propositions de noms, mais ce ne serait pas très utile de les dévoiler maintenant », explique la ministre des Affaires étrangères. Les pourparlers entre Athènes et Skopje sont en cours ; deux nouvelles rencontres sont prévues en janvier 2008, sous les auspices de l'ONU.
Mme Bakoyannis a aussi réitéré l'appel de son pays pour une politique « plus ambitieuse et courageuse » de l'UE vis-à-vis des pays des Balkans occidentaux: Serbie (y compris Kosovo), Bosnie-Herzégovine, ARYM, Monténégro, Albanie. « Toute la région a besoin d'une perspective européenne, mais d'une perspective réelle et tangible », dit-elle. L'UE devrait donc donner à ces pays des « incitations supplémentaires »: signer immédiatement les accords de stabilisation et d'association qui ne l'ont pas encore été (Serbie et Bosnie-Herzégovine), octroyer à tous les pays le statut officiel de pays candidats et leur offrir un « calendrier » pour la suite du processus d'adhésion. Pas question cependant de traitement privilégié pour les Balkans. Comme tous les autres pays candidats, « les pays des Balkans occidentaux devront remplir les critères d'adhésion. Nous n'abandonnerons jamais ces critères, car l'Union ne peut pas accepter l'adhésion de pays non préparés. En revanche, nous devrions accélérer le processus et la prise de décision et envoyer un message plus fort à ces pays démontrant que nous voulons vraiment qu'ils deviennent membres de l'Union », souligne Mme Bakoyannis.
La ministre a aussi réitéré le soutien de la Grèce à l'adhésion de la Turquie. « La Grèce veut voir se développer une Turquie démocratique. Nous pensons que le message à la Turquie doit être clair: si le pays remplit les critères d'adhésion, alors il doit pouvoir devenir un membre à part entière de l'Union européenne ». Aujourd'hui, la Turquie est « encore très loin » de remplir ces critères, en particulier parce qu'elle ne reconnaît toujours pas un des pays membres de l'UE, à savoir Chypre. Aussi sur le plan économique et politique, la Turquie devra faire encore « beaucoup de réformes » mais la Grèce « encourage » le pays à progresser sur cette voie, explique Mme Bakoyannis.
A propos de Chypre, la ministre espère que les négociations pour une solution au problème de la division de l'île pourront reprendre, sous les auspices de l'ONU, après les élections chypriotes en février 2008. Toute solution définitive finale devra être « compatible avec l'acquis communautaire car Chypre est un pays membre de l'UE », souligne-t-elle. (H.B.)