Strasbourg, 12/12/2007 (Agence Europe) - Le jour de la proclamation de la Charte européenne des droits fondamentaux (voir autre nouvelle), les députés européens se sont indignés, lors d'un débat en plénière mercredi 12 décembre à Strasbourg, des maigres progrès en matière de respect des droits de l'Homme en Chine. Benita Ferrero-Waldner a dressé un état des lieux nuancé du dialogue sur les droits de l'homme. La commissaire aux Relations extérieures a promis que les dirigeants européens et chinois avaient eu un « échange de vues sincère et approfondi » à ce sujet lors du dernier Sommet UE/Chine fin novembre à Beijing. Si elle a fait part de progrès substantiels en matière de droits sociaux et économiques, Mme Ferrero-Waldner a toutefois dit rester « préoccupée par la situation en général, notamment dans le domaine des droits civiques et des libertés fondamentales comme les libertés d'expression, de confession, d'association, les droits des minorités et d'accès à l'information ». En revanche, elle s'est dit convaincue de l'importance du dialogue sur les droits de l'Homme qui fournit, selon elle, « un forum important dans lequel les deux parties peuvent comprendre leurs préoccupations mutuelles ».
Les députés n'ont pas mâché leurs mots pour manifester leur mécontentement à l'égard des autorités chinoises. Un mécontentement d'autant plus fort que la Chine s'est engagée, une fois choisie pour accueillir les 29ème Jeux Olympiques d'été en août prochain, à faire des progrès substantiels en matière de droits de l'Homme. « Le problème, c'est que le dialogue ne s'est pas traduit par des progrès tangibles. L'article 1er de la Charte olympique rappelle des principes éthiques. On ne peut donc pas considérer que la Chine soit un hôte acceptable », a affirmé, au nom du groupe PPE-DE, le Britannique Edward McMillan- Scott. Son compatriote libéral démocrate Graham Watson n'a pas été plus tendre: « Les attaques contre la liberté d'expression violent la Charte olympique et le contrat que les autorités chinoises ont signé avec le Comité olympique. On n'aurait pas d'autre choix que de boycotter Beijing comme on l'a fait avec l'Afrique du Sud à l'époque de l'apartheid », a estimé le président des libéraux (ADLE), appelant Beijing à « prouver aux yeux du monde la légitimité de l'accueil des JO ». « Avortement obligatoire, torture, difficulté pour l'église catholique à pouvoir s'exprimer tout comme pour les disciples du Falun Gong… Récemment encore, la seule faute de certaines personnes a été de rencontrer M. McMillan-Scott et depuis, elles ont disparu: il faut suivre un postulat simple, boycotter les JO de Beijing », a martelé, au nom du groupe UEN, le Polonais Konrad Szymañski. S'indignant, au nom des verts, d'une « promesse d'ouverture désavouée » et d'une « croissance des détériorations des droits de l'Homme » en Chine, la Française Hélène Flautre a dénoncé les « effets pervers de l'organisation des JO » comme le fait que le chef du Bureau de la sécurité à Beijing soit également responsable de l'organisation de l'événement. La Lituanienne Laima Liucija Andrikiene (PPE-DE) a appelé Beijing à abandonner sa liste de 42 catégories de personnes indésirables aux yeux des autorités chinoises à l'occasion des JO d'été.
Nombreux ont été les députés qui ont également blâmé certains dirigeants et Etats européens pour leur manque de fermeté à l'égard de Beijing. Ainsi, Graham Watson a déploré l'attitude du président du Conseil européen José Socrates et du président de la Commission José Manuel Barroso qui, à l'issue du Sommet de Beijing, ont laissé aux hauts fonctionnaires le soin de finaliser la déclaration conjointe finale qui a, selon lui, « sapé le discours de fermeté » délivré par le Haut représentant Javier Solana un mois auparavant. « Les dirigeants européens ont cédé en refusant de confronter Beijing au problème des droits de l'Homme. M. Socrates a parlé d'un manque de temps, c'est déplorable », a renchéri la Portugaise Ana Maria Gomes (PSE). « A Paris, nous voyons le président français Sarkozy signer des contrats avec un dictateur qui a soutenu le terrorisme (le Libyen Mouammar Khadafi, NDLR), à Lisbonne, les dirigeants européens reçoivent un tyran (le président zimbabwéen Robert Mugabe) et à Beijing, MM. Sarkozy, Socrates et Barroso discutent en toute courtoisie avec les dirigeants chinois », s'est insurgé le Belge Koenraad Dillen (NI). « La chancelière allemande Angela Merkel a rencontré le Dalaï Lama. Lorsqu'il est venu nous voir (à Strasbourg, NDLR), M. Sarkozy a affirmé que la défense des droits de l'Homme devait être au cœur de notre combat. Quelques jours plus tard, il se rend en Chine et n'aborde pas la question avec les autorités chinoises », s'est étonnée l'Allemande Helga Trüpel (Verts). Son collègue espagnol, Raül Romeva i Rueda, a pour sa part jugé « inadmissible que certains pays européens succombent aux pressions de Beijing pour ne pas rencontrer des personnalités comme le Dalaï Lama et ainsi éviter de faire capoter des contrats commerciaux ». « Mme Merkel a reçu le Dalaï Lama, il serait bon que la France, la Belgique et d'autres fassent de même », a renchéri leur collègue allemand Milan Horaèek. Le socialiste autrichien Hannes Swoboda a souligné que « c'est dans l'intérêt de la Chine que ces droits soient respectés si elle veut de la stabilité ». Le Parlement européen votera une résolution à ce sujet ce jeudi. (E.H.)