Strasbourg, 12/12/2007 (Agence Europe) - La préparation du Conseil européen de Lisbonne reflète le travail très intense qui a eu lieu durant le semestre qui s'achève et confirme que les objectifs de la Présidence portugaise ont pu être largement respectés. C'est par ce constat positif que le président du Conseil, Manuel Lobo Antunes (dans sa dernière intervention au Parlement européen), a introduit le débat sur un Conseil européen qui devra se prononcer sur les défis politiques auxquels l'Union est confrontée, et en premier lieu celui de la mondialisation, qui comporte un « devoir d'agir » de l'Union. M. Lobo Antunes a passé en revue les sujets qui seront abordés dans les domaines suivants: - liberté, sécurité et justice, avec l'abolition du contrôle aux frontières pour les nouveaux Etats membres, une mesure qui touche directement les citoyens, mais aussi avec l'application des politiques migratoires et la lutte contre le terrorisme ; - le secteur économique, avec l'examen du prochain cycle de la stratégie de Lisbonne révisée et de sa dimension extérieure renforcée. Dans le cadre de l'examen de la stratégie de développement durable, la Commission européenne présentera également un plan pour une politique marine intégrée ; - volet extérieur ; le Conseil européen devra entre autres discuter du futur statut du Kosovo, et du rôle que l'Union pourra avoir dans ce processus.
La signature du Traité de Lisbonne, a affirmé à son tour le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, n'est pas une simple formalité, mais la confirmation du fait que l'Union est en mesure de régler ses problèmes institutionnels et de répondre aux inquiétudes des citoyens. La consolidation de la dimension extérieure de la stratégie de Lisbonne et les récents développements économiques, avec l'amélioration des chiffres de l'emploi sont également encourageants, mais M. Barroso invite ses interlocuteurs à ne pas céder à l'autosatisfaction, puisque les progrès ne sont pas les mêmes selon les régions et selon les secteurs. Ceci dit, l'Union est bien placée pour poursuivre les réformes internes et pour défendre ses intérêts dans ses relations avec le reste du monde. Un monde qui est en train de changer profondément, souligne le président de la Commission, en constatant combien il est fascinant de voir le rythme auquel se développent notamment la Chine, l'Inde et le Brésil, et quels défis et chances cela entraîne pour l'Europe. Défis qui exigent une réponse intégrée, tenant compte des besoins des citoyens et prise dans le respect des valeurs européennes
La signature du Traité du Lisbonne est saluée comme un grand événement par la grande majorité des élus, mis à part une poignée de souverainistes. Ainsi, pour le PPE/DE, le Français Joseph Daul estime que cette signature « sonne le retour de l'Europe des résultats », une Europe au sein de laquelle le Parlement européen aura davantage de droits et de devoirs vis-à-vis des citoyens, ce qui exigera également, de son côté, davantage de rigueur et de visibilité. En évoquant l'élargissement de l'acquis de Schengen aux nouveaux Etats membres, M. Daul rappelle que l'égalité de traitement implique l'égalité devant la loi. Ceux qui voulaient détruire la Constitution ont reçu une leçon, a enchaîné, pour le groupe socialiste, l'Allemand Martin Schulz, tout en espérant que la belle « fête » de la signature (qu'il compare à un mariage) ne soit pas suivie par une déception au moment des ratifications (si elles ne suivaient pas, ce serait comme un divorce…). Pour le groupe ALDE, le Britannique Andrew Duff a été le premier à évoquer un thème qui préoccupe le Parlement, celui de l'avenir du Kosovo. Le Conseil européen, affirme M. Duff, doit prendre une position ferme quant à l'ampleur de la mission de la PESD au Kosovo, et refuser de signer un accord avec la Serbie aussi longtemps qu'elle n'aura pas livré les criminels de guerre au Tribunal pénal international. M. Duff voit dans la recherche d'une solution pour l'avenir des Balkans une tâche qui pourrait être utilement remplie par le Groupe des sages dont il salue la mise en place. L'Irlandais Brian Crowley (groupe UEN) a exprimé l'espoir que le référendum dans son pays dira oui au traité, tout en demandant à l'Union de faire un plus grand effort pour comprendre ce que veulent vraiment les citoyens. Le Kosovo est aussi au cœur des préoccupations de l'Allemand Daniel Cohn-Bendit (groupe Verts/ALE), qui cite à ce propos une blague juive: « Si tu as deux possibilités, choisis la troisième ». En ce qui concerne le Kosovo, cette troisième possibilité consisterait dans l'élaboration d'un agenda comprenant Kosovo, Serbie et Bosnie-Herzégovine et qui offrirait simultanément à ces pays une perspective de « rapprochement » avec l'Union. M. Cohn-Bendit a été le seul à évoquer le cas de l'Iran, en estimant que l'Europe à un rôle à jouer pour s'opposer à l'oppression contre les citoyens iraniens qui veulent davantage de liberté. En ce qui concerne une éventuelle menace nucléaire de la part de pays tiers, M. Cohn-Bendit constate qu'il n'est pas possible de vendre des centrales nucléaires à des pays régis par des dictatures en espérant qu'ils ne les utilisent jamais dans un but militaire , car, un jour ou l'autre, ils le feront. La signature du traité, bonne en soi, ne met pas fin à la crise de confiance parmi les citoyens, affirme de son côté le Français Francis Wurtz, pour le groupe GUE/gauche verte nordique. M. Wurtz demande également que l'Europe rompe enfin avec le paternalisme vis-à-vis des Etats d'Afrique, et s'étonne que le Proche-Orient ne figure pas à l'ordre du jour du Conseil européen. Pour lui, il importe que l'Union ne soit pas « évincée » du processus de recherche de la paix après la conférence d'Annapolis. Le consensus sur la signature du traité a été brisé par le Danois Jens-Peter Bonde, pour le groupe Indépendance et démocratie: à son avis, il faudrait purement et simplement annuler la signature de ce texte jusqu'à ce qu'il puisse être connu et compris par les citoyens.
Le président de la commission des affaires étrangères, le Polonais Jacek Saryusz-Wolski, estime en revanche que le traité renforce la cohérence de l'action de l'Union et que la création d'une base juridique pour les nouveaux instruments liés à la PESC est un grand pas en avant. Mais certaines lacunes subsistent, notamment le degré de participation du Parlement à certains choix fondamentaux de la PESC. Le libéral allemand Alexander Lambsdorff est d'accord sur les aspects positifs du traité, mais plus sceptique quant à la volonté politique de chaque Etat, et franchement critique en ce qui concerne le rapprochement des citoyens de l'Union. Ce « magnifique succès », enchaîne, dans le même esprit, Alain Lamassoure (PPE/DE), ne doit pas « être terni par ce qui va suivre ». Et il invite les Etats qui pourraient changer d'avis sur l'organisation d'un référendum à en informer leurs partenaires avant et non pas après la signature: c'est un « devoir de loyauté élémentaire ». Plusieurs parlementaires ont manifesté leur satisfaction de voir l'adoption d'une Charte contraignante, même si, comme l'a regretté le socialiste espagnol Enrique Baron, elle n'est pas « ancrée » dans le Traité. Et la socialiste polonaise Genowefa Grabowska a dit son incompréhension face au comportement des Etats (le sien et la Grande-Bretagne) qui « privent » leurs citoyens des bénéfices de cette charte. Le socialiste luxembourgeois Robert Goebbels a regretté à son tour l'action « très mince » de l'Union dans le domaine social. La stratégie de Lisbonne porte des fruits, mais M. Goebbels dénonce la dérive de la « fine fleur de la finance internationale », qui montre par son comportement irresponsable que « l'avidité est plus forte que l'intelligence ». Quant au vert espagnol Mikel Irujo Amezaga, il regrette que les indicateurs utilisés dans la Stratégie de Lisbonne soient trop fondés sur le PIB, sans tenir compte d'indicateurs environnementaux. Et la Portugaise Ilda Figueiredo (GUE/NGL) déplore que l'on mise à ce point sur la flexicurité, qui encourage, à son avis, la précarité. Le Kosovo, a affirmé le socialiste autrichien Johannes Swoboda, sera le véritable banc d'essai pour la volonté de l'Union de mener une vrai PESC. M. Swoboda se prononce, dans un premier temps, pour une indépendance limitée sous surveillance, et estime qu'une déclaration unilatérale d'indépendance de la part du Kosovo serait « impensable ».
Un certain nombre de parlementaires se sont prononcés contre le nouveau traité: il n'était pas indispensable, selon le conservateur britannique Giles Chichester ; il introduit une structure « super-étatique », déplore le Britannique James Allister (non inscrit). Le Français Paul-Marie Coûteaux (Ind. Dém) va plus loin. Pour lui, il s'agit du simple retour du traité que les Français ont rejeté, un acte « illégal » qui impose un « devoir de désobéissance ».
Manuel Lobo Antunes: le Kosovo est avant tout un problème européen
Le président du Conseil a tenu à répondre sur le statut du Kosovo. En rappelant d'abord les tentatives de la troïka UE, Etats-Unis et Russie, tentatives qui ont échoué mais sans que tout soit perdu. En effet, plusieurs aspects du document de M. Ahtisaari ont été approfondis et l'engagement à ne pas recourir à des solutions violentes, s'il est respecté, représente un progrès. Le Conseil de sécurité des Nations Unies va débattre sur le Kosovo ; si une solution ne se dégage pas, l'Union doit prendre position, en gardant à tout prix un front commun. « Le Kosovo est avant tout un problème européen », affirme M. Lobo Antunes. Quant aux Balkans, l'UE leur a offert une perspective européenne « solide et sans équivoque… ces pays doivent savoir que l'Europe est pour eux une vocation naturelle ».
La vice-présidente de la Commission, Margot Wallström, a fait le point sur un certain nombre de sujets évoqués au cours du débat: - les ratifications. Il importe de répondre à la demande d'information des citoyens selon leurs besoins spécifiques ; - le groupe de réflexion. Il faut assurer qu'il se concentrera sur les changements politiques nécessaires à l'avenir et pas sur les questions institutionnelles ; - les mouvements migratoires. Une approche intégrée, comprenant à la fois des politiques communautaires et nationales s'impose ; - la Stratégie de Lisbonne. Elle marche. Un accord est nécessaire sur le développement soutenable comme partie de cette stratégie. (L.G.)