login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 9560
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Union méditerranéenne: le débat est ouvert et pourra s'avérer utile, à la condition de réviser radicalement un projet mal conçu au départ

Un projet qui n'a aucune possibilité d'aboutir. On n'avait jamais autant parlé des relations entre l'UE avec les pays tiers méditerranéens que depuis que le président de la République française a lancé le projet d'une Union méditerranéenne. Ce projet est, à mon avis, erroné, pour deux raisons au moins: a) il ne peut pas exister d'Union entre un certain nombre d'Etats membres de l'UE et un groupe de pays tiers, car le contenu essentiel d'un tel projet a nécessairement un caractère européen ; b) les pays tiers méditerranéens refusent d'être inclus dans un groupe unique, parce qu'ils ont des ambitions et des projets différents (voir cette rubrique d'hier). L'élément positif de l'initiative de M. Sarkozy réside dans la visibilité qu'il a donnée à cette mer et aux pays qui l'entourent, à leur histoire, aux relations culturelles millénaires entre les deux rives, aujourd'hui méconnues ou oubliées. Depuis combien de temps on ne parlait de la Méditerranée que sous l'angle du conflit entre les pays arabes et Israël ? C'est une vision péniblement réductrice, qui doit être dépassée. Mais le projet tel qu'il avait été annoncé n'a aucune possibilité d'aboutir. Angela Merkel vient de le rappeler avec éclat, voir les pages suivantes de ce bulletin.

À Bruxelles, on se limite officiellement à indiquer que tout ce qui peut relancer les liens est bienvenu, à la condition de ne pas nuire à ce qui existe: processus de Barcelone, projet de zone de libre-échange globale (illusoire en fait aussi longtemps que les pays de l'autre rive ne créent pas entre eux un marché unifié), politique de voisinage, accords bilatéraux. La France s'efforce de rassurer ses partenaires de l'UE par des explications et clarifications, opération conduite avec tact et sagesse par le secrétaire d'Etat chargé des affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, avec quelques dérapages par l'ambassadeur Alain Le Roy, chargé du dossier. Ce dernier insiste lourdement sur le fait que seuls les pays riverains seront membres de plein droit de la nouvelle Union, alors que « des pays comme l'Allemagne pourront être associés aux projets , sans faire partie du premier cercle ». M. Jouyet est plus précis et plus rassurant: structure légère, relations informelles, projets concrets choisis de commun accord et fondés sur la participation volontaire des seuls pays intéressés. Le projet devient ainsi bien sage ; appelez-le Union si ça vous fait plaisir.

Les pays partenaires confirment leurs ambitions nationales. De leur côté, les pays tiers méditerranéens s'en tiennent à une attitude d'attente polie, en insistant en fait sur leurs ambitions nationales. En particulier, le Maroc songe à un nouveau «lien contractuel bilatéral» avec l'UE, destiné à remplacer, en le renforçant, l'accord d'association actuel (le résultat d'une étude commune est annoncé pour l'automne 2008). L'Algérie est en train de développer considérablement et efficacement la coopération énergétique, et elle réclame la faculté de fournir une partie de son gaz directement aux consommateurs de l'UE (style Gazprom). La Tunisie aspire à devenir le premier pays tiers méditerranéen en situation de «libre-échange» bilatéral avec l'UE (ce qui implique l'abandon de l'illusoire ZLE globale). D'autres pays ont d'autres urgences, liées au conflit avec Israël et à leurs situations internes. Globalement, ces pays donnent l'impression d'une solidarité de façade, en partie hypocrite ; en fait, les projets visant à créer des regroupements entre eux piétinent.

Et le volet culturel, qui devrait être au centre du projet d'après le discours de Tanger de Nicolas Sarkozy ? Tout le monde est en principe d'accord: dialogue des cultures, fraternité, histoire commune, et ainsi de suite. En concret, la réalité est loin des espérances. On a même l'impression que, sur le terrain, l'incompréhension augmente et la situation se complique.

Une conclusion claire. Ma conclusion est claire: le projet tel qu'il avait été, au départ, si mal conçu à Paris, est totalement impraticable, les affirmations musclées d'Angela Merkel le confirment. En tant qu'occasion de débat, l'initiative n'a peut-être pas été inutile, à la condition que l'accent soit mis sur quelques réalisations essentielles et urgentes, comme l'assainissement de la mer Méditerranée et de ses rivages.

Post Scriptum. Le commentaire qui précède était déjà écrit lorsqu'on a appris de Paris que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel étaient convenus de «travailler à une proposition commune visant à associer tous les Européens qui le voudraient au projet d'Union de la Méditerranée ». Il reste à modifier la dénomination en « Union euro-méditerranéenne ». On est sur la bonne voie.

(F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES
CALENDRIER
INTERPENETRATION ECONOMIQUE