Bruxelles, 07/12/2007 (Agence Europe) - Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmed Ali Aboul Gheith, a été reçu, jeudi 6 décembre, par le président du Parlement européen avec lequel il a, pour l'essentiel, évoqué les suites de la conférence sur le Proche-Orient, le 27 novembre à Annapolis. Hans-Gert Pöttering a réaffirmé son choix pour la solution de deux Etats coexistant pacifiquement. Le ministre s'est déclaré « choqué par la décision israélienne de construire de nouvelles colonies » qu'il estime contraire à l'esprit qui prévaut actuellement.
Le ministre égyptien s'est livré ensuite, devant la commission des affaires étrangères et les membres de la délégation parlementaire pour la coopération avec le Mashreq, à une présentation détaillée des suites de la conférence d'Annapolis. Il a affirmé que la conférence « ne va pas changer le monde » mais qu'elle sert surtout à « relancer les négociations ». Celles-ci devront se dérouler dans la région selon un calendrier et une organisation dont il a donné des détails. Ces négociations se poursuivront dans le cadre de commissions thématiques et il en espère l'aboutissement dans le courant 2008. Il a aussi rappelé le rendez-vous des donateurs d'aide à la Palestine, le 12 décembre à Paris.
Le ministre a eu ensuite à répondre à des questions de parlementaires sur le rôle de l'Egypte dans la région et notamment sur son incapacité à endiguer les mouvements d'armes vers Gaza, ce dont il s'est défendu en arguant de la faiblesse des moyens. Il a aussi défendu le droit de son pays à faire respecter sa législation, en réponse à des critiques de Beatrice Patrie (PSE, France) notamment sur les droits de l'Homme et la répression contre les opposants, notamment l'ancien candidat à la présidentielle Ayman Nour, jugé pour un « délit pénal », a soutenu M. Aboul Gheith. Il a également récusé les critiques de la libérale-démocrate britannique Emma Nicholson au sujet du maintien de la tradition des mutilations sexuelles. 83% de la population se livre à cette « forme de torture », a dit l'eurodéputée. Elle a aussi fait part de sa préoccupation pour le mauvais accueil réservé à des réfugies irakiens en détresse et dont il est exigé, par le ministère égyptien de l'Intérieur, de disposer d'une somme de 10 000 euros. M. Aboul Gheith s'en est étonné et a promis de se renseigner, tout en affirmant que cela serait contraire aux traditions d'accueil de son pays, « une nation vieille de 7000 ans ». L'héritage « pharaonique » lui a servi aussi à contrer les critiques sur les mutilations génitales. « Nous sommes une société essentiellement islamique et la peine de mort est dans le Coran », lequel ne peut être amendé que si les mentalités évoluent, a aussi estimé Aboul Gheith pour justifier la peine capitale.
Interrogé sur le projet français d'Union méditerranéeenne, il a donné une réponse évoquant un soutien de principe au projet, sous réserve d'en connaître les détails et en pointant du doigt l'absence d'indication sur le financement de la coopération dans ce cadre. « L'idée est intéressante et peut aider le Nord et le Sud à se rapprocher et apaiser les tensions », ceci d'autant plus, a affirmé le ministre, que le processus de Barcelone « n'a pas apporté les fruits escomptés ». Pour réussir, le projet français devra « recueillir l'accord de l'UE qui n'est pas composée que de pays méditerranéens » et il faut aussi savoir qui en fera partie, doutant qu'Israël et la Palestine soient en mesure d'appartenir à une même Union. Bref, dit-il, « il y a encore beaucoup à faire, nous n'en sommes qu'aux balbutiements ». (F.B.)