Bruxelles, 07/12/2007 (Agence Europe) - Les Vingt-sept ont réaffirmé, jeudi 6 décembre, leur vocation à parler d'une seule et même voix en ce qui concerne la stratégie globale de l'UE sur la migration, à l'occasion d'un débat inédit, qui a eu lieu à Bruxelles en présence des ministres de l'Intérieur et de l'Emploi des Etats membres.
Après l'adoption de conclusions en début de semaine par le Conseil Ecofin (EUROPE n° 9555), ce nouveau débat était l'occasion de baliser le terrain en vue des discussions sur les politiques migratoires lors du Conseil européen du 14 décembre. Les discussions sur ce thème revêtaient également une importance particulière dans le contexte du deuxième Sommet UE-Afrique, qui se tiendra samedi 8 et dimanche 9 décembre à Lisbonne. « Ce débat est l'occasion de consolider cette vision politique unique qui prend en compte l'immigration légale et illégale, l'intégration des migrants et la coopération avec les pays d'origine », a indiqué le ministre portugais de l'Emploi Pedro Silva Pereira, lors d'une conférence de presse. « Il existe une convergence au Conseil sur une politique d'immigration au service de la stratégie de Lisbonne », a-t-il ajouté. Le commissaire européen à l'Immigration, Franco Frattini, a constaté l'existence d'« un large consensus » autour de la table, et notamment sur plusieurs propositions qu'il a lui-même présentées, comme la création d'une « carte bleue » à destination des immigrants hautement qualifiés (EUROPE n° 9529), la « directive retour » (EUROPE n° 9018), ainsi que la proposition destinée à lutter contre les employeurs illégaux (EUROPE n° 9428).
Si la proposition visant à rapatrier les immigrants illégaux dans leur pays, a fait l'objet, lors du déjeuner, d'un large plébiscite de la part des différentes délégations, plusieurs Etats, en tête desquels l'Allemagne, se sont néanmoins montrés assez critiques à l'égard des deux autres propositions. Le ministre allemand de l'Intérieur a souligné que s'il ne bloquerait pas le projet de « carte bleue », il considérait que les critères définis par celle-ci ne se sont pas assez élevés. Est plus particulièrement en cause le niveau de revenu imposé par la proposition au migrant pour pouvoir venir travailler en Europe et qui correspond à trois fois le salaire minimum du pays où il compte s'installer. En Allemagne, le revenu minimum imposé à un ressortissant d'un pays tiers pour qu'il vienne s'installer est de 84.000 euros par an. Quoi qu'il en soit les standards imposés par la proposition de directive ne sont que des seuils minimaux. L'Allemagne pourra donc aller au-delà. M. Schäuble a par ailleurs rappelé que la possibilité d'ouvrir son marché à des travailleurs ressortissants de pays tiers relevait uniquement de « la responsabilité des Etats membres», selon une source diplomatique. Faisant référence à la proposition de « carte bleue », le ministre allemand chargé de l'Emploi, Olaf Scholz, a estimé que l'Union n'a pas besoin d'un nouveau visa. « Nous avons 3,5 millions de chômeurs, ce qui veut dire que les entreprises peuvent trouver des travailleurs en Allemagne », a-t-il affirmé. Il a également envoyé un signal clair à l'attention de la Commission, estimant que le «principe de subsidiarité» devrait prévaloir face aux sanctions réservées pour les employeurs recourant à de la main-d'œuvre illégale. C'est également ce principe qui a généralement été retenu par la République tchèque et les Pays-Bas dans les domaines de l'immigration légale et illégale. La délégation autrichienne a rappelé une nouvelle fois qu'elle n'avait pas besoin d'un énorme afflux de travailleurs immigrants dans son pays et qu'elle doutait à propos du concept de migration circulaire, préférant une « approche volontaire » sur ces questions. Durant le débat, qui a vu se succéder pas moins d'une cinquantaine de prises de parole, des pays comme Chypre, Malte et la Grèce, qui sont régulièrement confrontés à l'afflux de clandestins sur leurs côtes, ont rappelé que l'UE devait principalement se focaliser sur la lutte contre l'immigration illégale. La République tchèque et la Bulgarie ont mis en avant le fait que la priorité était, selon elles, la levée des restrictions à l'accès au marché de l'emploi que plusieurs Etats membres continuent d'appliquer envers les nouveaux Etats membres. L'Italie a souligné qu'il était particulièrement important de « réfléchir à un processus de régularisation des illégaux ». Sans aller jusque là, la France s'est dite prête à ouvrir des secteurs « sous tension » du marché de l'emploi, mettant en avant les avantages d'avoir une carte « compétence et talent », qui s'adresse aux non nationaux « utiles », à l'image du système qu'elle est train de mettre en place chez elle. De son côté, l'Espagne a déploré la fuite des cerveaux qu'est actuellement en train de subir l'Afrique au profit des Etats-Unis, où il existe désormais plus de médecins nigériens qu'au Nigéria même. La délégation roumaine a saisi l'opportunité de cette réunion pour à nouveau attirer l'attention sur la situation des Roms dans l'UE. Mais la Présidence n'a pas daigné prendre la parole sur ce thème, alors que la communauté de Roms dans l'UE (entre 8 à 12 millions) est régulièrement soumise à une grande discrimination.
La Présidence portugaise a tenté de résumer les différentes interventions en déclarant que la lutte contre l'immigration illégale resterait une priorité, et que l'immigration légale pouvait avoir un « rôle positif » sur le développement à partir du moment où elle était « maîtrisée ». Le commissaire européen chargé de l'Emploi, Vladimir Spidla, qui en a profité pour souligner le succès de cette rencontre, a jugé que la pénurie de main-d'œuvre dans plusieurs Etats membres existait bel et bien et qu'en conséquence, une migration bien maîtrisée était un atout pour les pays membres. Il ne faut pas envisager l'immigration légale seulement « comme une possibilité », mais aussi comme « une nécessité », a-t-il conclu. (B.C.)