Bruxelles, 05/09/2007 (Agence Europe) - La Commission prévoit de soumettre avant la fin de l'année aux Etats membres un projet de mandat de négociations avec la Libye, a indiqué à EUROPE le Directeur général des Relations extérieures, Eneko Landaburu. Mais la forme que prendra l'accord à négocier n'est pas encore établie. Ses services tentent actuellement de déterminer si la négociation doit viser un accord d'association ou toute autre forme d'engagement contractuel. "Cela dépendra du niveau d'ambition que Tripoli donnera" à ses relations futures avec l'UE, a dit M. Landaburu qui note qu'un tel accord bouclera le réseau de relations avec toute la Méditerranée.
Le Directeur général indique par ailleurs que la Commission a l'intention de présenter avant la fin de l'année, également, une communication tirant les conclusions de la conférence sur la PEV (Politique européenne de voisinage) de lundi. Elle a surtout été, a-t-il souligné, une session d'écoute, pour faire le point sur cette politique dont un des principes fondateurs est, a-t-il encore souligné, "la parité" et "l'engagement réciproque". De ce point de vue, la réunion a, à son avis, permis utilement d'évaluer la situation, à un niveau politiquement significatif. L'exercice est jugé utile avant l'engagement de pourparlers internes à l'UE, pour la définition des nouveaux moyens financiers. M. Landaburu prévoit de défendre ce dossier dans les prochains jours devant le Coreper (Comité des représentants des Etats membres). La caractéristique en sera l'équilibre entre les transferts financiers à l'Europe de l'Est et ceux destinés à la Méditerranée, a-t-il assuré.
M. Landaburu reconnaît que les pays d'Europe orientale ont paru plus engagés dans la PEV car n'ayant pas, a-t-il noté, d'autre cadre de discussion avec l'UE. Leur proximité avec la Russie les amène aussi à être, plus intensément, à la recherche de liens étroits avec l'UE. En revanche, les partenaires méditerranéens peuvent se référer au processus de Barcelone en tant que cadre multilatéral régional. Mais là aussi, relève-t-il, la situation est diverse. Le cas du Maroc n'est pas celui de l'Egypte ou de la Tunisie, ni celui de l'Algérie et n'a rien à voir avec "le néant" actuel dans les relations avec la Libye que la Commission tente de combler. Ce qui compte, à ses yeux, est que l'engagement à l'égard de la PEV demeure entier, malgré certaines critiques, plus sur la méthode que sur le fond. Les critiques exprimées par des ministres de pays méditerranéens ne lui paraissent pas mettre en cause la politique elle-même, laquelle "malgré ses limites, reste nécessaire". Les critiques montrent que "si elle n'existait pas, il faudrait l'inventer". Eneko Landaburu affirme en tout cas "prendre au sérieux" la question de la parité et de la responsabilité partagée. Car la Commission "sait que toute imposition d'une politique depuis l'extérieur est vouée à l'échec", les accords à réaliser devant "être mûrement acceptés".
Parmi les critiques ou suggestions émises par des pays méditerranéens, celles du Maroc, exprimées par le ministre chargé de l'économie Fathallah Oualalou, qui plaide pour un "rythme beaucoup plus accéléré et un agenda plus consistant, allant au-delà de l'association actuelle". Appuyant sans réserve la Commission, le ministre a toutefois estimé que cette nouvelle politique "gagnerait à être enrichie et renforcée" notamment, par "la mobilisation de moyens financiers à la hauteur des enjeux qu'exigent le développement de la région, le développement et le renforcement de la coopération dans la conception et la mise en oeuvre de politiques sectorielles communes et l'élaboration d'une feuille de route claire et précise pour l'amélioration de l'accès au marché intérieur". Il a également évoqué la "prise en compte de l'asymétrie en matière de développement" entre l'UE et ses voisins, en affirmant que "les écarts immenses de développement économique et social et leur persistance font que le phénomène migratoire est appelé à se poser, de plus en plus, avec acuité". Pour M. Oualalou, "le développement accru de ce phénomène, avec toutes ses conséquences dramatiques, a démontré les limites d'une politique unilatérale et l'insuffisance d'une approche strictement sécuritaire".
L'Algérie demeure globalement réticente. « L'Algérie s'en tient à l'accord d'association conclu dans le cadre du processus de Barcelone et mis en oeuvre depuis deux ans, de préférence à la «politique européenne de voisinage» (PEV), a réaffirmé, lundi à Bruxelles, son représentant auprès de l'UE, l'ambassadeur Halim Benattallah. "Les offres européennes dans le cadre de la politique de voisinage, comme l'intégration économique, la zone de libre-échange, la participation au marché intérieur, l'énergie, les transports, la circulation des personnes, la coopération sous-régionale, sont déjà couvertes par l'accord d'association. En outre, l'Algérie a adopté un plan d'action, avalisé par l'UE, pour la mise en oeuvre concrète de cet accord suivant les priorités de développement national et un échéancier communément accepté. La société civile algérienne, invitée à être associée à ce processus, souhaite prendre la mesure des effets de l'accord d'association, d'en évaluer ses retombées avant d'aller de l'avant. En outre, la PEV met en avant la notion d'«appropriation» de ce processus par ses participants". L'ambassadeur aurait également mis en question l'objectif d'un espace commercial commun. Avant même la création de la zone de libre-échange, l'Algérie bute sur des obstacles insurmontables d'ordre réglementaire ou discriminatoire (cas de la commercialisation du gaz en Espagne) pour l'exportation de quelques produits manufacturés utilisant comme intrants une grande part d'hydrocarbures. Pour l'Algérie, "en l'absence de soutien au développement économique massif, et à défaut d'une mise à niveau de l'économie nationale, cette perspective présente des risques lourds de conséquences à une économie nationale qui se retrouvera en concurrence directe avec les géants européens autrement plus développés".
La Tunisie, qui affirme que "l'Europe constitue un choix stratégique", a cependant regretté que la PEV soit gérée "sans concertation suffisante". Le ministre des Affaires étrangères, Abdelwahab Abdallah, a souligné que le dialogue et la concertation devraient être des éléments essentiels préalables à la conception d'une stratégie d'action conjointe d'où l'importance du concept de « l'appropriation commune ». Il a également affirmé que "l'immigration qui continue à être perçue comme un problème est, en réalité, un important facteur de développement économique pour l'Europe et ses voisins". A son avis aussi, "les moyens financiers et d'accompagnement pour soutenir la dynamique de réformes globales que nous avons engagées restent limités et largement en deçà des besoins et des défis et ne correspondent pas à notre capacité avérée d'absorption". (fb)