Strasbourg, 05/09/2007 (Agence Europe) - En se penchant, mercredi 5 septembre, sur les conséquences des turbulences financières qui ont agité les places financières internationales en août, les députés ont souligné la responsabilité des agences, le manque de transparence des marchés, l'opacité des règles de comptabilité et la sophistication des produits financiers. Beaucoup s'interrogent sur les initiatives concrètes qui pourraient être envisagées.
Il est « trop tôt pour quantifier l'impact sur l'économie réelle » des perturbations graves provoquées par le marché hypothécaire à risque, a déclaré Joaquin Almunia, devant le Parlement. Selon nos premières estimations, « l'impact pour la croissance et l'emploi pour 2007 existera mais il sera très réduit », a précisé le commissaire chargé des affaires économiques et monétaires, qui juge cependant que « les risques seront peut- être plus manifestes pour 2008 ». Tout dépendra de l'évolution de la confiance des acteurs économiques, a-t-il observé. Il faut en effet tenir compte de trois éléments, selon lui: (a) l'impact de la dégradation du secteur du logement sur l'ensemble de l'économie américaine, (b) l'impact des conditions de financement pour les entreprises et les ménages et, « probablement le plus important », (c) l'impact sur la confiance. A ce stade, « l'économie européenne continue d'avoir des fondamentaux solides qui ne devraient pas être affectés par les turbulences récentes (…) ». Et de renvoyer toute analyse plus détaillée de l'impact pour 2008 et 2009 à la publication des prévisions économiques d'automne de la Commission, le 9 novembre.
Pour son collègue chargé du marché intérieur aussi, « il est trop tôt pour tirer des conclusions définitives » alors que les marchés restent encore incertains. Prudent, Charlie McCreevy a tout de même livré quelques pistes de réflexion. Il lui paraît notamment primordial d'éduquer les consommateurs sur l'utilisation du crédit ou d'analyser les mécanismes utilisés pour les opérations de titrisation ('securitisation'). « Les règles sur la gestion des actifs (OPCVM) ont tenu bon. Le cadre de contrôle prudentiel a empêché que les faillites des hedge funds entraînent une défaillance systémique plus importante », a-t-il ajouté, estimant que les hedge funds ne sont donc pas la cause principale des difficultés du marché. M. McCreevy s'est en revanche interrogé sur le rôle qu'ont joué les agences de notation financière, montrées du doigt parce qu'elles n'auraient pas alerté suffisamment tôt les investisseurs des risques que comportaient certains établissements financiers touchés par la crise immobilière américaine (EUROPE n°9483). « J'ai déjà fait part de mes critiques sur leur lenteur à déclasser » ces établissements financiers, a-t-il déclaré. Et d'ajouter: « La possibilité de conflits d'intérêts influençant la notation financière doit être analysée en profondeur ».
Manuel Lobo-Antunes, secrétaire d'Etat portugais aux Affaires européennes, s'est voulu rassurant, en répétant les propos du Premier ministre luxembourgeois et Président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, qui estime qu'il n'y a « pas d'impact visible quant aux perspectives de croissance pour la zone euro », prise dans l'ensemble. La question sera bien sûr abordée et approfondie lors de l'Ecofin informel des 14 et 15 septembre prochains à Porto.
Il y a peut être « une part de naïveté sur les agissements des hedge funds », a reconnu John Purvis (PPE-DE, Britannique), qui plaide surtout pour plus de transparence des marchés. Des marchés financiers « trop opaques et extrêmement dangereux pour l'économie réelle », estime également Robert Goebbels (PSE, Luxembourgeois), qui est toutefois plus revendicatif que son collègue. Le coût des turbulences n'est pas encore soldé et les pertes deviendront apparentes lors de la clôture des bilans annuels. Que ceux qui ont pris des risques trop importants en paient le prix est salutaire, mais derrière on trouve les victimes: les petits épargnants, observe M. Goebbels. Pour Margarita Starkeviciute (ADLE, Lituanienne), « les mécanismes d'évaluation (des risques NDLR) ne sont visiblement pas les bons » et il y a un « besoin d'harmonisation ». Quant aux agences de notation: « on ne peut pas s'y fier à 100% ». Fustigeant lui aussi la responsabilité des agences de notation, Brian Crowley (UEN, Irlandais) s'indigne: « les excuses, mêmes lorsqu'elles sont présentées, ne réparent pas les dommages ». Alain Lipietz (Verts-ALE, Français) prévoit d'autres crises venant des Etats-Unis et déplore le manque de réactivité en Europe. La crise a eu lieu en mars, elle s'est propagée par les hedge-funds dont deux premiers ont fait faillite en juin et s'est diffusée en Europe en août: « On avait le temps d'agir ». Cette crise est « un appel à se réveiller pour tout le monde, y compris pour le Commissaire McCreevy », a lancé Poul Nyrup Rasmussen (PSE, Danois), qui l'appelle à agir. Reconnaissant le besoin d'une meilleure surveillance, M. McCreevy privilégiera, quoi qu'il en soit, d'autres moyens que la règlementation. « Plus de réglementation serait le pire que nous puissions faire pour les marchés financiers », a-t-il ainsi rappelé. (ab)