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Bulletin Quotidien Europe N° 9472
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Les évolutions mondiales clarifient le rôle et l'orientation de l'activité agricole dans l'UE - Risques à éviter

La nouvelle réalité. A-t-on attribué l'importance qu'elles méritent aux évolutions récentes de l'agriculture, en Europe et dans le monde ? Nous assistons à un changement radical du regard que les experts et les responsables portent sur la situation: on ne se préoccupe plus de la crainte d'une surproduction théorique, mais des risques bien réels de pénuries entraînant des hausses excessives des cours, profitables pour le grand commerce et pour certains producteurs, ruineuses pour les consommateurs. Il est pratiquement acquis que la première réaction de l'UE sera de suspendre pour la prochaine campagne la jachère d'une partie de ses terres agricoles, qui avait été introduite en 1992 pour éviter les excès de certaines productions. 10% environ des terres cultivables sont actuellement placées en jachère subventionnée dans le cadre de la PAC (politique agricole commune), ce qui correspond à environ 3,5 millions d'hectares. Or, la surproduction a disparu. Le monde manque, au contraire, de céréales (blé et maïs en particulier), et l'UE n'assure plus une production suffisante de lait, de beurre et de viande. Et pourtant les autorités continuent à s'efforcer de réduire certaines productions comme le sucre (où l'Europe est déficitaire). Les prix d'intervention de la PAC avaient déjà été supprimés pour la plupart des produits de base. L'abandon des quotas laitiers est envisagé. Quant à la jachère subventionnée, ce n'est pas seulement sa suspension pour une année qui est envisagée, mais sa suppression définitive dans le cadre du «bilan de santé» de la PAC prévu pour l'année prochaine.

Les révisions successives de la PAC ont contribué à cette évolution, car il était indispensable de débarrasser l'agriculture européenne de ses excès: quelques «rentes de position» artificiellement garanties à une partie des producteurs ; des prix trop élevés dont bénéficiaient certaines productions, etc. Ceci a été fait. On se demande maintenant si dans quelques cas les réformes n'ont pas été poussées trop loin, en réduisant de manière excessive le rapport entre la production effective et la rémunération et en transformant ainsi les agriculteurs en «gardiens du paysage». L'UE a trop dévalorisé ce qui représente quand même l'aspect essentiel de l'activité agricole: répondre aux besoins alimentaires des populations. Cet objectif doit reconquérir son importance prioritaire, sans pour autant que soit remis en cause le principe de la multifonctionnalité» de l'agriculture, désormais acquis pas seulement en Europe.

Sauvegarder la préférence communautaire. Ce ne sont pas les adaptations réglementaires qui représentent l'essentiel, mais l'attitude générale, l'évaluation d'ensemble de la signification de l'activité agricole. Un danger existe: ceux qui n'ont jamais voulu comprendre le rôle de l'agriculture pour l'Europe ne doivent pas maintenant estimer que la hausse actuelle des prix mondiaux représente l'occasion pour éliminer toute protection aux frontières, en commençant par des concessions supplémentaires au titre du Doha round. Ce serait une aberration. La flambée des cours dépend en partie de raisons conjoncturelles: la sécheresse en Australie, l'engouement pour les biocarburants, la spéculation. Les sécheresses passent, les biocarburants de deuxième génération seront moins gourmands en céréales, la spéculation s'épuise. Mais certaines réalités subsisteront: le monde a besoin de l'agriculture européenne (ainsi que, d'ailleurs, de celle des Etats-Unis) pour éviter pénuries et famines ; l'Europe doit sauvegarder et en quelque cas relancer son activité agricole pour des raisons environnementales (la biodiversité !), sociales et d'équilibre territorial ; l'UE doit se préoccuper de son autonomie alimentaire pour être en mesure de faire face à toutes les circonstances. Son approvisionnement en produits de base est déjà dans certains cas déficitaire (le lait, par exemple).

Il ne s'agit pas de fermer les frontières ni pour l'UE de renoncer à son rôle de premier importateur mondial de produits agricoles en provenance des pays pauvres, mais de garantir aux agriculteurs un niveau de vie analogue à celui des autres catégories, s'ils le méritent pour leur travail, pour la qualité de leurs produits, pour leur souci de sauvegarder la nature et de respecter les animaux, et en répondant à la demande des consommateurs sans prétendre être rémunérés pour des productions invendables. Ainsi, la PAC ne sera pas régie par la logique de gérer la surproduction mais par celle de répondre à la demande et aux besoins.

Ceci se fera à l'avantage aussi des pays tiers, notamment les moins favorisés. Des évolutions sont apparues en Afrique, en Inde et ailleurs. Les pays ACP commencent à comprendre où se situent leurs priorités véritables. Je signalerai demain quelques manifestations de ces évolutions positives.

(F.R.)

 

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