*** MICHAEL KUHN (sous la dir. de): Who is the European ? A New Global Player ? Peter Lang Publishing Inc. (29 Broadway, 18th floor, New York, NY 10006, USA. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2007, 251 p., 29,10 €. ISBN 978-0-8204-7895-1.
Michael Kuhn ouvre cet ouvrage en lançant un avertissement sur les risques que courent les sciences politiques à essayer de prouver leur utilité et en soulignant que leur centre d'intérêt a de plus en plus délaissé "ceux qui sont gouvernés" pour glisser vers les problèmes de gouvernance. Toutefois, les auteurs de ce livre - principalement des sociologues et des professeurs en sciences de l'éducation - n'ont pas pour but de débattre des manquements éventuels des sciences politiques, mais de l'image des citoyens européens telle qu'elle est construite par les institutions européennes et, par delà, de la place des citoyens européens dans l'Union. Le choix de ce sujet n'est pas très étonnant de la part de Michael Kuhn, analyste politique et directeur du Forum pour la recherche régionale européenne de l'Université de Brême. Il part du constat que si l'Union mène ses politiques au nom du citoyen européen, celui-ci et sa situation n'occupent tout compte fait que fort peu de place dans les réflexions, les débats et l'expression des politiques européennes. Ainsi, il affirme que "non seulement les Européens ne sont pas le sujet des débats à propos du Projet Europe, ils ne sont même pas un thème majeur dans les discours des élites politiques européennes". Ainsi, les préoccupations des citoyens et les défis de la vie dans une société multinationale et multiculturelle soumise aux pressions de la mondialisation ne se retrouvent pas dans les discours politiques à propos des citoyens européens. Pour Michael Kuhn, cela se reflète notamment dans la Stratégie de Lisbonne reformulée qui "réduit les Européens à l'éducation continue - des unités de capital humain adaptables et productives ». Remarque piquante chez quelqu'un qui ne peut certainement pas être classé parmi les détracteurs de l'éducation continue…
Prenant la place du citoyen dans le discours européen comme point de départ, l'ouvrage propose de s'interroger sur plusieurs éléments s'imbriquant. Un des premiers axes des réflexions, traité par Kuhn dans la première partie, est l'écart entre gouvernés et gouvernants, entre l'expression démocratique de la volonté des peuples d'Europe et l'appareil européen investi de l'autorité et chargé de la guidance politique. Et l'auteur, en guise d'avertissement, de citer Terry Seldon: "La légitimité des Etats et les politiques démocratiques qui les soutiennent, sont minées lorsque les opinions du peuple à propos de ce qui devrait être fait par ou dans le cadre de l'agencement collectif sont marginalisées ou exclues". Cette expression démocratique de la volonté des citoyens fait également intervenir le concept du libre-arbitre (le "free will" anglais, ou le "dürfen" allemand). L'auteur s'attelle donc à comprendre dans quelle mesure ce libre-arbitre peut s'exprimer et comment les citoyens peuvent développer leurs propres projets de vie dans le cadre politique contraignant de l'autorité publique. Michael Kuhn souligne qu'au travers des façons apparemment tout à fait naturelles de s'occuper des fondements économiques de leurs plans de vie, "les citoyens reproduisent les bases économiques de la société que les élites politiques supervisent". Et d'expliquer: "Ils acceptent, indépendamment de leurs moyens économiques particuliers, une économie orientée vers - et mesurée à l'aune de - l'accroissement de l'argent qu'ils produisent. S'ils ont de l'argent, ils laissent l'argent travailler, s'ils n'en ont pas, ils travaillent pour ceux qui laissent travailler leur argent. Si cela est fait et que l'ensemble de base des règles économiques sont reproduites, ils sont entièrement libres de faire ce qu'ils veulent - même si ce qu'ils veulent pourrait être lié à ce que leurs ressources économiques leur permettent".
Voilà qui amène au "projet Europe", laissé à la guidance d'experts dont les vues et les recommandations sont présentées comme découlant de l'essence naturelle de la vie moderne. Comme l'explique Anja Heikkinen dans un troisième chapitre volontairement teinté de références martiales, il s'agit essentiellement de "développer l'UE et ses Etats membres en un espace économique, social et éducationnel concerté pour jouer dans la compétition mondiale entre économies de la connaissance, ce qui requiert une population européenne qui partage l'engagement à lutter pour ce but. Ce qui est présenté de manière plus frontale par Michael Kuhn pour qui le but de l'Union "est rien de moins que de concourir avec d'autres puissances mondiales pour la puissance mondiale". Les autres contributions révèlent ce citoyen européen perçu comme "outil" ou "soldat" au service de cet objectif de domination économique. En somme, les auteurs livrent un ouvrage de sciences politiques qui échappe à la tour d'ivoire scientifique tout en ne se laissant pas réduire à l'état de simple outil de "réglage" des politiques en cours. Au contraire, il saute à pieds joints dans la vie de la polis, au risque d'éclabousser et de faire des vagues… parfois nécessaires pour voir sous la surface.
Frederik Ronse
*** MYRIAM BENLOLO CARABOT: Les fondements juridiques de la citoyenneté européenne. Bruylant (67 rue de la Régence, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5129842 - fax: 5119477 - Internet: http: //http://www.bruylant.be ). Collection "Droit de l'Union européenne", n° 4. 2006, 782 p., 135 €. ISBN 978-2-8027-2190-1.
La citoyenneté européenne a été consacrée juridiquement par le traité sur l'Union européenne signé le 7 février 1992 à Maastricht. Son acte de naissance réside dans l'arrêt Van Gend en Loos qui, dès 1963, avait vu la Cour de justice soutenir que "la Communauté constitue un nouvel ordre juridique de droit international, au profit duquel les Etats ont limité, bien que dans des domaines restreints, leurs droits souverains, et dont les sujets sont non seulement les Etats membres, mais également leurs ressortissants". Que les juges de Luxembourg aient ainsi consacré le rôle central de l'individu dans le système juridique communautaire a donc entraîné l'élaboration d'un concept qui, depuis, suscite controverses et passions, en tout cas chez les praticiens du droit et dans les milieux politiques. C'est que, instaurée en dehors du cadre étatique et préexistante à un peuple européen, la "citoyenneté européenne" bouscule les fondements mêmes des démocraties du continent car, ainsi que l'explique Robert Badinter dans son avant-propos, "une citoyenneté européenne fondée sur une pluralité de nationalités peut-elle valablement être la pierre angulaire d'une démocratie supranationale ?" Par une thèse que l'ancien président du Conseil constitutionnel français qualifie "de caractère et de conviction", Myriam Benlolo Carabot clarifie très utilement cette problématique, au cœur du projet politique qu'est l'intégration européenne. L'hypothèse de travail de l'auteur - aujourd'hui maître de conférences en droit public à l'Université de Nanterre - est que la transposition d'un concept de citoyenneté distinct de la nationalité dans l'ordre juridique européen serait porteuse d'une nouvelle signification du critère de nationalité et donnerait une fonction déterminante au critère de résidence, "fondement juridique adapté à l'essor d'une citoyenneté d'un nouveau type, révélatrice d'une démocratie supranationale en construction". A travers une analyse juridique rigoureuse s'appuyant tout à la fois sur le droit international, le droit communautaire, le droit constitutionnel, la théorie du droit, le droit comparé et la science politique, l'auteur - aussi couronné, pour ce travail, par le Prix de la Chancellerie "Dupin Aîné" - trace des pistes qui, pour nuancées qu'elles soient, mettent "en lumière les originalités profondes et les potentialités de la jeune citoyenneté de l'Union", Robert Badinter ajoutant qu'elle donne ainsi "aux partisans résolus de l'idée européenne de solides raisons d'espérer".
(PBo)
*** DIRK DE BIÈVRE, CHRISTINE NEUHOLD (sous la dir. de): Dynamics and Obstacles of European Governance. Edward Elgar Publishing (Glensanda House, Montpellier Parade, Cheltenham, Glos GL50 1UA, UK. Tél.: (44-1242) 226934 - fax: 262111 - Courriel: info@e-elgar.co.uk - Internet: http://www.e-elgar.com ). 2007, 204 p.. ISBN 978-1-84720-034-1.
Cet ouvrage est le fruit du travail de neuf jeunes chercheurs européens qui, réunis de 2002 à 2006 dans le cadre d'un "Training Research Network" soutenu par l'Union européenne, ont cherché à comprendre un paradoxe, à savoir le fait que l'Union fait preuve, malgré l'existence de bien des possibilités de blocage en son sein - telles que la règle de l'unanimité dans de nombreuses politiques européennes ou la recherche de consensus au niveau du Conseil des ministres - d'un certain dynamisme politique ces dernières années, notamment par le biais de la création de nouvelles Agences ou de l'inclusion de nouvelles matières dans ses compétences. Les quatre premières contributions s'emploient à expliquer ce paradoxe au niveau du mode de gouvernance et des changements institutionnels en général, comme par l'usage de la méthode ouverte de coordination ou au travers du processus de Bologne qui illustrent un mode de coopération supra européen sur base entièrement volontaire. Au nombre de cinq, les autres contributions étudient plus particulièrement la dynamique de changement dans les politiques extérieures de l'Union, que se soit la libéralisation accrue du commerce extérieur, la politique de voisinage, la coopération antiterroriste ou la politique de prévention des conflits.
(FRo)
*** FRANCOIS BRUNAGEL (sous la dir. de): Pierre Pflimlin. Alsacien & Européen. Editions Coprur (34 rue du Wacken, F-67913 Strasbourg Cedex 9). 2007, 57 p., 19,50 €. ISBN 978-2-84208-166-9.
Ancien président du Parlement européen, Pierre Pflimlin aurait eu cent ans le 5 février dernier. Cette présidence, allant de 1984 à 1987, fut en quelque sorte le couronnement de l'engagement militant de cet Alsacien pour une cause européenne "qu'il plaçait au sommet des valeurs de son engagement politique, au rang des impératifs", écrit le sénateur honoraire Louis Jung à l'entame de ce très bel ouvrage qui se veut un hommage à un homme d'Etat qui, à l'instar de son "maître" Robert Schuman, avait "l'Europe au cœur". Coordonné par François Brunagel, haut fonctionnaire du Parlement européen et secrétaire du Cercle Pierre Pflimlin, le livre - richement illustré - comporte des témoignages de deux journalistes ayant longtemps côtoyé celui qui fut aussi, entre autres, le maire de Strasbourg vingt-quatre ans durant, à savoir Alain Howiller, ancien rédacteur en chef des "Dernières Nouvelles d'Alsace", et Paul Collowald, qui fut son directeur de cabinet avant de terminer sa carrière comme directeur général de l'information du Parlement européen. Le cœur de l'ouvrage est constitué par le discours que cet ancien président du Conseil sous la IVème République prononça dans l'hémicycle strasbourgeois le jour de son quatre-vingtième anniversaire et qui est, en quelque sorte, son testament politique. Dépassé ? Pas vraiment. La preuve en est apportée de manière très… journalistique par Paul Collowald qui exhume ces quelques lignes d'un discours prononcé par Pierre Pflimlin au Conseil de l'Europe en 1962: "Je pense que nous devons chercher quelque manière de concilier la nécessité de l'élargissement de la Communauté (…) et la nécessité non moins impérieuse de donner à la Communauté la cohésion, le dynamisme et, partant, l'efficacité dont elle a besoin. Je crois que nous devrions regarder ce problème en face, et qu'on devrait étudier ce que j'appelle un système différencié ; il comprendrait, en premier lieu, un noyau solide de pays qui, progressivement, constitueraient une véritable Communauté, fortement structurée, dotée d'organismes capables de prendre et de mettre en œuvre des décisions communes, et d'assumer les plus hautes et peut-être les plus dangereuses responsabilités. D'autre part, autour de ce noyau, on pourrait imaginer que s'articule, selon des modalités qui resteraient à définir, un ensemble de pays qui coopéreraient avec le groupe central dans la mesure où leur situation politique et économique le leur permettrait. Je crois à la nécessité de ne rien faire perdre à la Communauté en ce qui concerne la cohérence, la vigueur et la possibilité d'aller de l'avant". Quarante ans plus tard, n'est-ce pas là, très précisément, le dilemme qui reste plus que jamais à trancher ?
(MT)
*** URSULA E. BEITTER (sous la dir. de): Reflections on Europe in Transition. Peter Lang Publishing (voir coordonnées supra). 2007, 192 p., 55,80 €. ISBN 978-0-8204-8193-7.
Emmenés par le Pr. Ursula Beitter, les contributeurs à ce livre portent leurs regards sur une Europe en transition tant du fait des élargissements que par ses interrogations sur ses fondements et son identité. Ainsi, certains des auteurs abordent les questions des sentiments d'appartenance ethnique ou culturelle et des rapports à l'autre, tel que l'immigré, ce parfois à partir de l'étude d'œuvres littéraires ou cinématographiques. Steven Gardner s'intéresse, par exemple, à la façon dont les Maures médiévaux sont idéalisés par un mouvement nationaliste andalou à la recherche de ses origines alors que l'immigrant nord-africain actuel est regardé de travers, ce qui rejoint l'analyse du film "Poniente". Elke Segelcke, pour sa part, s'intéresse aux différences, souvent amplifiées, entre les cultures allemande et turque au travers de l'œuvre de Zafer Senocak, l'un des écrivains allemands d'origine turque les plus en vue. Mais l'ouvrage ne s'arrête pas aux questions d'identité et de culture européennes par rapport aux autres. Il aborde aussi, entre autres, la place de l'Europe dans le monde globalisé de l'après 11 septembre alors que Barry Seldes se penche sur la question de la militarisation de l'Union européenne. Il se demande notamment si les propositions d'expansion de la force militaire européenne et de concentration des affaires militaires dans une nouvelle Agence constituent un risque pour le contrôle démocratique des forces armées ou si, mises en œuvre de manière démocratique, elles permettraient de renforcer l'intégration européenne.
(FRo)
*** MICHEL ORIS, GUY BRUNET, ERIC WIDMER, ALAIN BIDEAU (sous la dir. de): Les fratries. Une démographie sociale de la germanité. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Population, Famille et Société", n° 6. 2007, 363 p., 56,10. ISBN 978-3-03911-255-5.
Contrairement au lien conjugal et au lien parents-enfants, la fratrie a été, jusqu'à présent, largement négligée par les chercheurs. Ceux réunis dans cet ouvrage entendent y remédier. A travers douze contributions et une introduction substantielle, ils proposent une analyse des structures et des relations fraternelles comme objet historique et sociologique, avec une emphase sur l'approche démographique, le tout en présentant des études de cas en Allemagne, Belgique, Espagne, France et aux Pays-Bas, ainsi qu'en Suisse et au Québec.
(PBo)