Bruxelles, 26/06/2007 (Agence Europe) - La Commission européenne devrait adopter ce mercredi une communication dont l'objectif est de moderniser le marché du travail, en le rendant plus flexible tout en garantissant une bonne protection sociale. Initiée par Vladimir Spidla à la demande du Conseil européen de mars 2006, cette communication définit des principes communs relatifs à la flexicurité ainsi que des pistes qui permettront à chaque Etat membre de relever les défis auxquels ils doivent faire face en raison d'une mondialisation galopante, comme le fait d'enregistrer des taux d'emploi trop bas ou la nécessité de relever le niveau de compétence des travailleurs pour trouver un emploi. Pour augmenter ces compétences, il faut investir plus massivement dans le capital humain et avoir des politiques actives du marché du travail. La Commission espère que le Sommet européen de décembre 2007 avalisera les principes de cette communication, ce qui lui permettra de commencer le travail d'échanges de bonnes pratiques avec les Etats membres. « Toute cette communication est ciblée sur une justice sociale et une économie de la connaissance dynamique et fructueuse, en distribuant plus équitablement les fruits du travail dans la société », a déclaré Vladimir Spidla, en présentant le texte ce mardi aux membres du European Policy Centre (EPC).
Intitulée « Vers des principes communs de flexicurité: plus d'emplois de qualité via la flexibilité et la sécurité », cette communication comporte quatre éléments clés, à savoir que pour avoir une politique de la flexicurité, il faut: (1) des contrats flexibles mais sûrs, (2) des stratégies globales d'apprentissage tout au long de la vie, (3) des politiques actives du marché du travail, (4) de bons systèmes de protection sociale qui apportent une aide au revenu adéquate pendant les périodes de chômage. Elle propose huit principes communs, dont les principaux sont: (1) la flexicurité doit réduire l'écart qui sépare les travailleurs en place et les exclus du travail, (2) la flexicurité interne (dans l'entreprise) mais aussi externe (entre les entreprises) doit être encouragée, (3) la flexicurité exige un climat de confiance entre les pouvoirs publics et les partenaires sociaux, (4) adapter la flexicurité à la diversité des situations, besoins et défis des Etats membres.
La communication présente également quatre « parcours » permettant aux Etats membres de définir une stratégique de flexicurité adaptée aux défis qu'il leur faut relever sur leur territoire national, à savoir: (1) la segmentation du marché du travail entre travailleurs « en place » (bénéficiant de contrats à long terme, et stables) et les « exclus » (ceux qui n'en disposent pas). Comme l'a souligné Xavier Prats Monné, chef d'unité à la DG Emploi (coordination de la politique du FSE) et ancien porte-parole à la Commission, « cette situation présente des inconvénients. Le contrat à durée déterminée (cdd) est un piège. Le contrat à durée indéterminée, c'est la sécurité mais c'est aussi une illusion parce que personne ne peut vous obliger à suivre une formation plus poussée. Ce qui signifie que si votre entreprise fait faillite, vous serez amené à prendre une retraite anticipée car la seule compétence que l'on a, c'est d'avoir un emploi stable parce que l'on n'a pas changé d'emploi ». Ce parcours présente un intérêt pour les pays comme l'Espagne, la France, l'Italie, la Grèce, le Portugal qui sont confrontés à ce défi. L'Espagne est un exemple type de l'application du principe de la flexicurité. Ainsi, a expliqué M.Prats Monné (qui est lui-même Espagnol), 900.000 emplois ont été créés entre juin 2004 et juin 2005. De ces 900.000 emplois, une grande proportion était des contrats à durée déterminée. « Cette situation n'est bonne pour personne », a commenté Xavier Prats Monné, « car le cdd permet une hausse du taux d'emploi mais très peu de développement humain. L'employeur n'est pas incité à offrir une formation à ses salariés et donc le cdd est un piège pour tout le monde ! ». Réagissant à cela, le gouvernement espagnol a obtenu la conclusion en 2006 d'un accord entre partenaires sociaux en vue d'apporter un changement dans ce type de contrats, et de garantir une fluidité entre cdd et contrats à durée indéterminée, a ajouté le haut fonctionnaire en précisant que le but du gouvernement était de réduire la segmentation sur le marché du travail. « L'exemple espagnol est un bon exemple pour permettre de passer de la sécurité d'un emploi à celle d'un emploi en général, à vie », a-t-il conclu ; (2) un marché du travail peu dynamique: ce défi intéresse la Belgique, l'Allemagne, l'Autriche, le Luxembourg et la France. Il faut garantir un taux de mobilité des salariés plus élevé soit au sein de l'entreprise, soit vers une autre entreprise ; (3) les grands écarts en matière de compétences de la population active, qui freinent la mobilité. Pays concernés: Royaume-Uni, Pays-Bas, Irlande mais aussi certains pays scandinaves comme le Danemark. Souvent le taux d'emploi est faible par rapport au taux de chômage dans ces pays, entraînant de grandes disparités sur le marché du travail car beaucoup n'ont pas les qualifications requises pour accéder à certaines parts de marché, a ajouté M. Prats Monné ; (4) les restructurations économiques importantes enregistrées au cours des dernières années, comme c'est le cas dans les nouveaux Etats membres de l'UE, lesquels ont « des systèmes de protection sociale peu généreux ». Ces restructurations ont abouti à une augmentation sensible du nombre d'allocataires sociaux de longue durée.
Cette communication a déjà suscité divers commentaires. Ainsi, Xavier Prats Monné a indiqué que la Confédération européenne des syndicats (CES) avait exprimé des inquiétudes quant au fait que la flexicurité ne devienne pas synonyme de flexibilité, « pour éviter des licenciements ». Cette inquiétude n'a pas lieu d'être car la communication du Commissaire Spidla dit clairement que la flexicurité est une « combinaison de la flexibilité et de la sécurité au travail ». Selon le dernier sondage Eurobaromètre sur la politique sociale, les Européens ont compris la nécessité de s'adapter au changement, a indiqué le Commissaire Spidla: 76% d'entre eux pensent que l'emploi à vie fait partie du passé, 72% estiment que les contrats de travail devraient être plus souples et 88% que la formation tout au long de la vie améliore l'employabilité. Un constat formulé également par M.Prats Monné qui a ajouté: « Le Danemark est le pays où les gens ont le moins peur de perdre leur emploi et les jeunes ont le moins de craintes si leur employeur les voit sous l'angle de leur employabilité ». (gb)