Bruxelles, 08/06/2007 (Agence Europe) - Angela Merkel, chancelière allemande, qui préside à la fois l'UE et le G8, a eu chaud: il s'en est fallu de peu que le sommet du G8 d'Heiligendamm (6-8 juin) n'échoue à s'entendre sur le cours à imprimer à la lutte contre le changement climatique au-delà de 2012 quand aura expiré le Protocole de Kyoto. Mais la pugnacité de Mme Merkel, saluée par tous, a triomphé de l'intransigeance initiale des Etats-Unis (EUROPE n° 9439). Résultat: les huit pays les plus industrialisés de la planète, responsables aujourd'hui de 40% des émissions globales de gaz à effet de serre sont parvenus, in extremis, le 7 juin, à un compromis, certes tiède et non contraignant, mais qui a le mérite d'ouvrir la voie à des négociations internationales sur l'après-Kyoto dans le cadre multilatéral de l'Onu. C'était là une priorité de la Présidence allemande, désireuse de préparer le terrain pour ces négociations et d'obtenir du G8 un mandat politique pour leur ouverture formelle en décembre prochain, à Bali, lors de la conférence des parties à la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique (3-14 décembre) pour les boucler en 2009.
Récompensée de ses efforts, Angela Merkel s'est félicitée de cette percée comme d'un «grand succès». Selon elle, « c'est la décision la plus importante pour les deux années à venir ». Et le fait que le G8 ait reconnu la nécessité d'objectifs contraignants sur la réduction des émissions de gaz a effet de serre est « un signal important ». Qualifié d'« assez inespéré » par le Président français Nicolas Sarkozy qui participait à son premier G8, l'accord constitue, de l'avis de Tony Blair, présent pour la dernière fois à un G8 « un grand pas en avant ».
Aux termes du compromis, les dirigeants du G8 reconnaissent, au-delà de la nécessaire stabilisation des émissions globales, « la nécessité de réduire de façon substantielle » leurs émissions de gaz à effet de serre, et « de considérer sérieusement » les décisions prises par l'Union européenne, le Canada et le Japon qui prévoient une réduction de moitié au moins, des émissions globales d'ici à 2050. Le G8 consigne en outre son accord pour lancer des négociations internationales, dans le cadre des Nations Unies, en décembre, en vue de les conclure en 2009.
Pas besoin d'être grand clerc pour comprendre, à la lecture du communiqué final, que les objectifs de réduction ne sont pas contraignants. Sur ce point, George Bush n'a pas transigé, mais les Etats-Unis qui n'ont jamais ratifié le Protocole de Kyoto reconnaissent pour la première fois qu'ils doivent, eux aussi, s'atteler à réduire leurs émissions. Les stratégies climatiques ambitieuses annoncées par l'Inde et la Chine, parce qu'elles se fondent sur des objectifs chiffrés, ont sans doute contribué à cette avancée. Les Américains ont toujours fait de la participation des pays émergents gros émetteurs de gaz à effet de serre (qui n'ont pourtant pas de responsabilité historique dans le réchauffement planétaire) une condition préalable à tout engagement de leur part. Le communiqué du G8 contient d'ailleurs une invitation aux principales économies émergentes à rejoindre les pays industrialisés dans leurs efforts.
Le texte ne contient, en revanche, aucune précision sur la période de référence qui servira de base au calcul des réductions (pour l'UE, c'est l'année 1990, année de référence du Protocole de Kyoto, pour le Canada: le niveau d'émissions actuel). Contrairement aux espoirs d'Angela Merkel, il n'y a pas trace non plus d'une référence à la nécessité de contenir la hausse des températures à 2 degrés Celsius au-dessus du niveau atteint avant la révolution industrielle - condition sine qua non, selon les experts internationaux du GIEC (groupe intergouvernemental d'experts pour le climat), pour éviter que le changement climatique n'atteigne des proportions dramatiques. Mais le texte fait mention des travaux du GIEC et présente la prise en compte des connaissances scientifiques exposées dans ses rapports, comme le fondement des orientations données par le G8.
Pour l'ONG Friends of the Earth Europe, le G8 a accouché d'«un accord faible, manquant de substance mais qui souligne la nécessité urgente de s'attaquer au changement climatique ». Si L'ONG reconnaît que l'Allemagne a obtenu « quelques progrès » grâce à Angela Merkel », le G8 a, selon elle, « échoué à s'engager sur des objectifs sérieux pour réduire les émissions de gaz à effet de serre » car « tous les pays, à l'exception des Etats-Unis et de la Russie, ont pris l'engagement non contraignant de réduire les émissions de gaz à effet de serre de moitié d'ici à 2050 ». (an)