Strasbourg, 25/05/2007 (Agence Europe) - Dans une résolution adoptée jeudi 24 mai à Strasbourg, le Parlement européen se félicite des négociations bilatérales entre l'Inde et le Pakistan et les encourage à trouver un accord dans le conflit du Cachemire, mais stigmatise le peu de progrès réalisés par le Pakistan dans le domaine de la démocratie et des droits de l'homme. La résolution présentée par la Britannique Emma Nicholson of Winterbourne (ADLE) rappelle la catastrophe humanitaire et l'impact socio-économique néfaste du récent tremblement de terre et demande que l'UE accueille favorablement les futures demandes d'assistance en vue de la reconstruction de la région, tout en souhaitant que « l'UE prenne fermement position en faisant valoir la clause sur la démocratie et les droits de l'homme dans ses accords avec l'Inde comme avec le Pakistan ». Le Parlement se réjouit aussi de l'augmentation du nombre de visas accordés pour les voyages entre l'Inde et le Pakistan, ainsi que de la réouverture des services de transport par autocar et camion, tout en souhaitant une levée de tous les obstacles afin que l'ensemble des Cachemiris puissent circuler librement dans l'Etat du Jammu-et-Cachemire. Il plaide aussi en faveur de la mise en place de programmes d'échanges, et notamment d'une université commune.
Les députés estiment que la meilleure façon d'aboutir à la résolution du conflit réside dans un engagement permanent entre les gouvernements indien et pakistanais impliquant les populations de toutes les régions. La résolution réaffirme que « tous les peuples ont le droit inaliénable à l'auto-détermination », tout en constatant que « jusqu'à présent, les conditions préalables pour un plébiscite n'ont pas été réunies ». Les députés expriment également leurs préoccupations face aux « violations avérées des droits de l'homme au Pakistan » et dans le Gilgit-Baltistan et face aux nouvelles faisant état de tortures et de mauvais traitements, de discrimination et de corruption dans l'Azad Jammu-et-Cachemire. La résolution invite le gouvernement indien à faire cesser les assassinats extrajudiciaires, les "'disparitions', les tortures et les détentions arbitraires au Jammu-et-Cachemire" et à mettre sur pied une commission d'enquête indépendante sur les violations graves des droits de l'homme par les forces armées indiennes. Les députés invitent les deux gouvernements à donner accès à la région aux organisations internationales des droits de l'homme pour y mener des enquêtes.
Lors du débat en session plénière, mercredi 23 mai, la rapportrice Emma Nicholson of Winterbourne a rappelé qu'au Cachemire, le peuple souffre depuis soixante ans des conséquences de ce conflit et la situation de la population s'est encore aggravée depuis le tremblement de terre d'octobre 2005. La Commission européenne est immédiatement intervenue pour aider les victimes, a rappelé la Commissaire Benita Ferrero-Waldner, mais l'effort de reconstruction va encore durer environ cinq ans. Sur le plan politique, il n'y a pas d'alternative à la recherche d'une solution pacifique durable à travers le dialogue: une plus grande participation du peuple Cachemiri renforcerait ce processus et en assurerait la légitimité, a-t-elle estimé.
Il faut ramener la paix, la démocratie et le bien-être dans la région, concordent les parlementaires qui sont intervenus dans le débat, en encourageant le dialogue, « entre deux pays qui possèdent l'arme nucléaire » comme l'a rappelé le conservateur britannique Charles Tannock. Qui constate que, même si la paix n'est pas encore acquise, le cessez-le-feu assure depuis quelque temps un certain apaisement. Un problème est posé par l'absence d'une véritable démocratie, et le social-démocrate allemand Jo Leinen l'a souligné également en insistant sur la nécessité d'assurer la fin des violations des droits de l'homme. L'Inde et le Pakistan se sont livrés trois guerres pour le Cachemire, rappelle M. Leinen, comme la France et l'Allemagne pour l'Alsace et la Lorraine, région qui connaît aujourd'hui paix et prospérité. La tolérance zéro est la seule attitude possible contre le terrorisme au Cachemire, selon le Hongrois Istvan Szent-Ivanyi (ALDE) qui reconnaît au gouvernement pakistanais la volonté de juguler les extrémismes. Mais des efforts sont nécessaires des deux côtés. Le Vert allemand Cem Özdemir a insisté sur la nécessité de démilitariser la région: « Il ne faut pas davantage d'armes, mais moins d'armes ». Le conservateur britannique James Elles a insisté sur la suppression de tous les obstacles aux déplacements des Cachemiris dans leur Etat et sur la démilitarisation. Il a cité les arguments invoqués dans un article de l'hebdomadaire The Economist en faveur de la démilitarisation, notamment l'effet psychologique sur la population au Cachemire, qui ressent la présence militaire indienne non pas comme une protection mais comme une «opprimante malédiction ». La Britannique Elizabeth Lynne (ALDE) critique que le rapport se concentre trop sur les « lacunes » du gouvernement pakistanais au Pakistan plutôt que sur les erreurs qu'il commet au Cachemire. Le conservateur britannique Sajjad Karim renchérit: la solution ne peut être que: « autodétermination, autodétermination, autodétermination ». L'UE ne peut qu'accompagner ce processus en contribuant notamment à la reconstruction et à la démocratie, mais sans se prononcer pour l'une ou l'autre solution. Le travailliste britannique Richard Howitt a été très sévère pour le rapporteur: elle veut procéder selon le principe « do no harm ». Pourtant, affirme-t-il, par ce rapport, elle n'a « fait que du mal ». (lg)