Bruxelles, 16/05/2007 (Agence Europe) - Les préparatifs du prochain Sommet Europe-Afrique, dont l'UE, comme l'Afrique, espère qu'il pourra se tenir à Lisbonne en décembre prochain, ont été au cœur de la huitième troïka ministérielle UE/Union africaine, le 15 mai à Bruxelles, comme ils le furent la veille lors de la Troïka UE/Afrique du Sud (EUROPE n°9427). L'accord des ministres sur l'ébauche d'une stratégie commune UE/Afrique qui sera soumise à l'approbation du Sommet est l'une des avancées majeures de cette troïka, coprésidée par Javier Solana, le Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune et Mme Nana Addo Dankwa Akufo-Addo, ministre des Affaires étrangères du Ghana, pays assurant la présidence en exercice de l'Union africaine (UA).
Le projet identifie quatre objectifs: renforcer et élever le partenariat politique UE/Afrique pour traiter des questions d'intérêt commun ; continuer à promouvoir la paix, la sécurité, le développement durable, les droits humains et l'intégration régionale et continentale en Afrique ; s'attaquer conjointement aux grands défis globaux comme l'énergie, le changement climatique, la criminalité organisée, le terrorisme, pour mettre sur pied une coopération multilatérale ; faciliter et promouvoir un partenariat fondé sur une large assise et ouvert au plus grand nombre d'acteurs, en particulier la société civile.
La troïka a confié à ses experts le soin de poursuivre les préparatifs pour rédiger, en consultation avec tous les acteurs, une stratégie conjointe UE/Afrique et son plan d'action initial qui seront présentés à la prochaine troïka ministérielle au cours du deuxième semestre 2007, avant d'être soumis aux chefs d'Etat et de gouvernement. Les deux parties sont convenues que le document énonçant cette stratégie devra être concis, incarner un consensus euro-africain sur des valeurs, des intérêts communs et des objectifs stratégiques, et comporter des éléments politiques, économiques, sociaux ainsi que des éléments opérationnels, notamment un mécanisme de surveillance de sa mise en œuvre.
« Nous nous sommes mis d'accord sur une stratégie commune UA/UE qui sera présentée à Lisbonne. Mais nous avons aussi analysé la situation au sein de l'UE et en Afrique pour mieux coopérer sur la gestion des crises au Soudan, en Somalie et au Kosovo. Nous croyons au multilatéralisme », a déclaré à la presse Javier Solana.
« Nos relations sont bonnes pour des raisons historiques. Nous avons eu plusieurs occasions de renforcer ces liens. Aujourd'hui, nous avons dressé le bilan de la situation, en vue du Sommet de Lisbonne. Il y a quatre ou cinq ans qu'il aurait dû avoir lieu. Les préparatifs du Sommet sont très satisfaisants », a ajouté la coprésidente ghanéenne, annonçant que son pays se ferait un plaisir d'accueillir à Accra la prochaine troïka ministérielle. A un journaliste qui lui demandait si Robert Mugabe, président du Zimbabwe, serait invité à Lisbonne, Mme Addo Dankwa Akufo-Addo a répondu: « le cas du Zimbabwe doit être résolu (…) . Thabo Mbeki sera l'interlocuteur principal pour faire avancer la situation. Je suis confiante. Le Zimbabwe ne devrait pas constituer une entrave à de bonnes relations UE/UA ». La coprésidente a exclu l'hypothèse que ce pays puisse être représenté à un autre niveau que celui des chefs d'Etat et de gouvernement: « il s'agit d'un Sommet », a-t-elle rappelé. Javier Solana a assuré que l'UE appuierait les efforts déployés par le médiateur Thabo Mbeki pour trouver une solution et s'est voulu, lui aussi, confiant. « Nous pensons qu'il y parviendra. Nous ne devons pas être l'otage de l'une ou l'autre situation. Décembre, ce n'est pas demain ! »
M. Gahler, ministre d'Etat allemand aux Affaires étrangères, a salué le saut qualitatif que représente l'élaboration d'une stratégie commune Europe/Afrique, « deux ans seulement après avoir endossé la stratégie de l'UE pour l'Afrique ».
L'état d'avancement des travaux préparatoires à cette stratégie conjointe a été présenté aux ministres européens de la Coopération au développement, le même jour, par la présidente du Conseil. A la presse, Heidemarie Wieczorek-Zeul a déclaré « une stratégie commune pour l'Afrique doit jeter les bases d'un partenariat renforcé entre l'Afrique et l'Europe. Les négociations en cours démontrent la volonté de tous les participants de s'acheminer vers une étroite coopération sur le long terme entre nos deux continents. Un élément essentiel de cette stratégie sera le partenariat pour l'énergie visant à développer les énergies renouvelables, l'efficacité énergétique et la protection du climat ».
L'échange de vues sur la paix et sécurité a, par ailleurs, permis aux ministres de souligner l'importance d'un appui cohérent et durable de l'UE à l'établissement de l'architecture africaine de paix et de sécurité que l'Union africaine s'est engagée à établir, cet appui devant être prévisible et flexible, y compris pour les opérations de maintien de la paix conduites par les Africains. A cet égard, la troïka a estimé que la Facilité pour la Paix en Afrique demeure, de loin, la source de financement la plus importante, et a salué l'engagement de l'UE de la renflouer avec 300 millions d'euros sur le 10ème FED pour la période 2008-2010. Pour renforcer la cohérence de l'appui de l'UE à l'architecture africaine de paix et de sécurité, les deux parties ont insisté sur la nécessité, pour l'UE, de soutenir le développement des capacités à long terme - y compris la gestion militaire et civile des crises, et se sont félicitées des discussions en cours sur « le concept de l'UE pour renforcer les capacités africaines de prévention, de gestion et de résolution des conflits ». (an)