Bruxelles, 16/05/2007 (Agence Europe) - Faute de progrès suffisants sur les principaux sujets à l'ordre du jour (préparatifs d'ouverture des négociations sur un nouvel Accord de la Partenariat et de coopération, mise en place d'un système d'alerte pour prévenir des problèmes dans les fournitures d'hydrocarbures russes, négociations d'adhésion de la Russie à l'OMC, règlement de la question des droits de survol de la Sibérie, mise en œuvre du Protocole de Kyoto sur le changement climatique et préparation des négociations post-2012, renforcement de la coopération dans le domaine de la recherche et de l'éducation), aucune décision concrète n'est attendue du Sommet UE/Russie qui aura lieu ces jeudi et vendredi 17/18 mai à Samara. Il n'y aura même pas de déclaration finale conjointe, ni de communiqué de presse commun. Mais l'absence de résultats tangibles n'enlève rien à l'importance de cette réunion qui se tient à un moment difficile des relations UE/Russie en raison des tensions créées par l'embargo russe sur les produits agricoles polonais, du déplacement du monument soviétique à Tallinn en Estonie et du mécontentement de la Lituanie à propos de l'oléoduc Druzhba (EUROPE n°9426), a souligné mercredi la Présidence allemande de l'UE. « Il est important que ce Sommet ait lieu, car il est important de maintenir le dialogue, même dans des temps difficiles, afin de reconstruire une base de confiance » avec Moscou, ont expliqué à la presse des sources de la Présidence. L'objectif prioritaire du Sommet sera donc de réitérer l'interdépendance de l'UE et de la Russie, de souligner les intérêts communs et de réaffirmer la volonté des deux parties de développer leur « partenariat stratégique ». La Présidence allemande qualifie d'ailleurs d'« encourageant » le fait que, malgré les problèmes sur l'ouverture des négociations sur un nouvel accord, le Président Poutine n'ait jamais remis en cause la nécessité d'un nouvel accord plus ambitieux avec l'UE. Moscou a aussi déjà signalé qu'elle est prête à prolonger l'actuel APC (qui expirera normalement à la fin de cette année) aussi longtemps que le futur accord ne sera pas en place.
Sur l'embargo russe contre les produits agricoles polonais, mais aussi sur l'affaire de l'Estonie et les critiques de la Lituanie, « l'Union parlera d'une seule voix », ont insisté les sources de la Présidence allemande qui se veut « l'avocate de tous les pays membres ». D'ailleurs, souligne-t-elle, l'embargo russe contre les produits polonais est un problème qui vise l'Union européenne tout entière, « car il s'agit d'une compétence communautaire » et que « ce n'est pas un problème spécifiquement polonais ». Il est donc faux de dire, comme le font certains en Russie, que la Pologne a pris les relations UE/Russie « en otage », affirme la Présidence.
Sur le plan de la politique internationale, il sera avant tout question du Kosovo (l'UE réaffirmera son soutien à la proposition Ahtisaari, ont expliqué les sources de la Présidence allemande), du programme nucléaire de l'Iran (Javier Solana doit revoir le négociateur iranien Larijani le 31 mai prochain), du Moyen-Orient et du Soudan. La situation en matière de droits de l'Homme et de libertés fondamentales (notamment de la presse) ainsi que le traitement des ONG en Russie seront également soulevés par l'UE, tout comme les investigations en cours sur les meurtres d'Anna Politkovskaïa et d'Alexandre Litvinenko. En revanche, le projet américain de bouclier anti-missile en Europe ne figure pas officiellement à l'ordre du jour, « mais si le Président Poutine le soulève, l'UE répondra que cette question devra être discutée entre l'OTAN et la Russie » et que le Conseil permanent conjoint OTAN/Russie est l'enceinte appropriée pour en parler, expliquent les sources de la Présidence.
En ce qui concerne l'adhésion de la Russie à l'OMC, le Sommet devrait avoir une discussion « relativement cosmétique », selon une source communautaire, sur les progrès des négociations bilatérales en cours. Des obstacles techniques demeurent qui ne permettent pas à l'Union de soutenir « à n'importe quel prix » le processus d'adhésion de la Russie à l'OMC, a averti le 8 mai un porte-parole de la Commission (EUROPE n° 9422). Plusieurs problèmes techniques pendants soulevés par les Européens (tarifs différenciés à l'exportation de bois russe, droits ferroviaires russes discriminatoires entre les destinations nationales et internationales pour le transport de marchandises, tarifs à l'importation en Russie très élevés sur certains produits comme les machines de récolte agricole, mesures vétérinaires et phytosanitaires russes non alignées sur les dispositions de l'accord SPS de l'OMC, application insuffisante des droits de la propriété intellectuelle en Russie, procédures douanières russes non conformes à la réglementation de l'OMC et législation russe restrictive pour l'investissement étranger) ne devraient donc pas être résolus à Samara où les parties réaffirmeront simplement leur souhait que la Russie adhère rapidement à l'OMC, d'ici fin 2007 ou en 2008.
L'UE sera représentée à Samara par la chancelière Angela Merkel, le président du Conseil Frank-Walter Steinmeier, le Haut Représentant Javier Solana, le président de la Commission José Manuel Barroso et la Commissaire Benita Ferrero-Waldner. La délégation russe sera dirigée par le Président Vladimir Poutine, le Premier ministre Fratkov et le ministre des Affaires étrangères Lavrov. (hb/eh)