Bruxelles, 16/05/2007 (Agence Europe) - « Pour que la sécurité et la durabilité deviennent réalité, tous les pays seront appelés à prendre des décisions difficiles (…) Plus nous tardons, plus les défis à relever seront grands », ont rappelé, dans leur déclaration finale, les ministres de l'Energie des 26 pays de l'Agence internationale de l'énergie (AIE dont sont membres 17 Etats de l'Union, bientôt 19 avec l'adhésion d'ici fin 2007/début 2008 de la Pologne et de la Slovaquie) réunis les 14 et 15 mai, à Paris, pour discuter de la sécurité énergétique et des moyens de « combler le fossé énergétique », le thème de la rencontre.
« Depuis notre dernière réunion en 2005 (EUROPE n° 8942), le monde reste aux prises avec des défis énergétiques encore plus difficiles à relever qu'à l'époque », constatent-ils, citant le niveau élevé et la volatilité des prix de l'énergie, la montée des risques géopolitiques, la flambée des coûts des investissements, l'insuffisance des dépenses d'équipement et la progression plus rapide qu'auparavant des émissions de CO2.
Pour « assurer un avenir énergétique sûr et durable », les ministres de l'Energie de l'AIE mettent en particulier l'accent sur la promotion de l'efficacité énergétique. « Nous envisageons la mise en œuvre dans les meilleurs délais, en fonction des conditions nationales, des nouvelles recommandations concernant l'amélioration de l'efficacité énergétique élaborées par l'AIE en soutien du Plan d'action du G8 de Gleneagles (sommet de juillet 2005) », déclarent-ils, en citant l'adoption de normes de performance énergétique pour les nouveaux bâtiments, de normes applicables à la consommation spécifique de carburant des véhicules et de normes obligatoires visant les appareils électroménagers. En outre, les ministres appellent l'AIE à « œuvrer pour la définition d'objectifs d'efficacité et de plans d'action à tous les niveaux d'administration, en utilisant des outils d'évaluation comparative par secteur, afin d'atteindre une efficacité énergétique alignée sur les meilleures pratiques observées dans le monde entier ».
Participant à la réunion, le commissaire à l'Energie Andris Piebalgs a, dans ce contexte, plaidé pour un accord international sur l'efficacité énergétique qui rassemblerait les pays de l'OCDE et les pays émergents pour convenir d'approches communes dans un but ultime: économiser l'énergie. Pour promouvoir l'efficacité énergétique dans le monde, cet accord reposerait sur une coopération renforcée dans plusieurs domaines comme les questions réglementaires, l'échange d'informations sur les stratégies d'économie d'énergie et la coopération dans le domaine de la R&D en matière de technologies efficaces en énergie.
Dans leur déclaration, les ministres de l'Energie de l'AIE soulignent, en outre, la nécessité: - de « collectivement recourir à toutes les sources d'énergie, quels qu'en soient l'origine, le fournisseur ou les voies d'accès aux marchés » ; - d'« accélérer le développement et le déploiement des nouvelles technologies », ce qui passe, soulignent-ils, par le renforcement des programmes nationaux de déploiement des énergies renouvelables et, dans le respect des politiques nationales, de l'énergie nucléaire, mais aussi par la promotion du charbon propre et de la technologie de la capture et du stockage de carbone ainsi que des efforts accrus en matière de R&D pour réduire les coûts des technologies nouvelles (biocarburants, énergie solaire, piles à combustible à l'hydrogène et véhicules électriques) ; - d'« intensifier la collaboration de l'AIE avec des grands pays consommateurs et producteurs d'énergie non membres ».
Enfin, tout en rappelant l'importance d'une plus grande transparence, stabilité et prévisibilité des cadres réglementaires et d'une plus grande fiabilité des données pour stimuler l'investissement en temps opportun, les ministres de l'AIE rappellent leur attachement aux « principes du marché ».
Divergences transatlantiques en matière de sécurité énergétique et de politique climatique
Dans la foulée du Sommet UE/Etats-Unis du 30 avril dernier qui a accouché d'une déclaration conjointe sans portée en matière de politique climatique internationale, et à un mois du sommet du G8 à Heiligendamm, la réunion ministérielle de l'AIE a par ailleurs confirmé le dialogue de sourds en matière de sécurité énergétique et de politique climatique entre les Etats-Unis, qui ne jurent que par la technologie, et les signataires du protocole de Kyoto emmenés par l'Union qui défend l'adoption d'objectifs quantifiés. En rappelant les grandes lignes du credo de l'administration Bush en matière de politique et de sécurité énergétique, le secrétaire d'Etat américain à l'Energie, Samuel Bodman, a réaffirmé lundi devant la presse qu'aux yeux de Washington, la technologie reste « la solution » pour réduire la consommation d'essence d'origine fossile et les émissions de gaz à effet de serre tout en maintenant la croissance.
M. Bodman a par ailleurs souligné l'importance de la diversification des fournisseurs d'énergie, en particulier pour l'Europe, qu'il estime menacée par l'accord gazier conclu la semaine dernière entre la Russie, le Turkménistan et le Kazakhstan et destiné à accroître les exportations de gaz turkmène vers la Russie. Un accord de principe qui, aux yeux de Washington, pourrait, s'il se concrétisait, faire de l'ombre au projet Nabucco dans lequel sont impliquées des compagnies américaines. Comme M. Piebalgs, plutôt optimiste, le directeur de l'AIE, Claude Mandil, a néanmoins relativisé mardi la portée de cet accord en s'appuyant sur l'argument de la substitution facile du gaz par du charbon ou des renouvelables contrairement au pétrole. (eh)