login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 9428
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Une feuille de route (avec quelques remarques) pour les relations extérieures

Les points acquis selon M. Landaburu. Un tour d'horizon d'Eniko Landaburu sur les relations extérieures de l'UE, c'est toujours bon à prendre, pour deux raisons au moins: il dit ce qu'il pense ; ce qu'il pense contient toujours des remarques intéressantes et parfois audacieuses. La réunion dans laquelle il s'est exprimé était ouverte au public, il n'y a donc pas de « devoir de réserve» (que d'ailleurs M. Landaburu ne demande pas). Ce n'est pas la première fois que je procède, le concernant, à cet exercice ; je l'avais fait en octobre dernier, lorsque son sujet était la place de l'Europe dans le monde, avec ses lacunes et ses efforts. L'occasion était la même: un exposé du directeur général des relations extérieures de la Commission européenne devant l'Association Réalités européennes du présent présidée par Hartmut Harold.

Cette fois-ci, M. Landaburu s'est surtout exprimé sur quelques aspects spécifiques de la politique extérieure de l'Union, en soulignant que la présence de l'Europe est forte et reconnue dans le monde mais que l'UE n'est pas encore un «acteur global» car la situation n'est pas mûre pour que l'on puisse parler d'une politique étrangère commune, laquelle impliquerait notamment des décisions à la majorité pour lesquelles les Etats membres ne sont pas encore prêts. On constate partout une «explosion de nationalismes» et les pays de l'Union n'y échappent pas tout à fait. Mais la politique extérieure européenne doit déjà respecter un certain nombre de points que M. Landaburu a ainsi résumés:

a) maintenir les promesses concernant les adhésions futures, dès que les pays concernés sont prêts et respectent les conditions. Ceci concerne en premier lieu la Croatie et les Balkans occidentaux dans leur ensemble. La Turquie et l'Ukraine représentent deux cas particuliers (voir plus loin). D'un point de vue général, l'UE devra définir ses frontières car la clarté est indispensable.

b) au-delà des frontières de l'UE, la «politique de voisinage» devient un instrument essentiel visant à créer autour de l'Union un espace de stabilité, sécurité et démocratie. Le rapprochement économique et la consolidation de la démocratie doivent être poursuivis partout. La rive Sud de la Méditerranée, le Moyen-Orient et certains pays de l'ancienne URSS devraient faire partie de cet espace ;

c) l'Ukraine représente dès maintenant un succès de la politique de voisinage. Mais l'évolution ira en direction de son adhésion à l'UE, où elle a sa place (même si ce n'est pas le moment de trop en parler);

d) la Russie n'a pas accepté de faire partie de la politique de voisinage (et M. Landaburu le regrette) car elle entend poursuivre sa propre stratégie mondiale. L'UE doit alors parler avec la Russie d'une seule voix, mais elle en est bien loin. Les relations avec la Russie représentent un grand danger pour l'UE car elles sont un «élément de division» entre les Etats membres ;

e) à l'égard de la Turquie, l'UE doit tenir son engagement de négocier parce que le statut de pays candidat lui a été formellement accordé. Il est toutefois évident que négocier pendant 15 ans en imposant à ce grand pays d'appliquer l'acquis communautaire pour ensuite lui fermer la porte, serait inadmissible. La prise de position de M. Sarkozy impose d'explorer avec la Turquie elle-même des formules alternatives à l'adhésion, sans oublier que la décision de négocier l'adhésion turque avait été prise à l'unanimité. J'ajoute que selon quelques observateurs, le statut de pays candidat avait été octroyé à la Turquie sans une véritable réflexion.

Les nuances d'une parlementaire européenne. En s'exprimant à la même occasion, Annemie Neyts-Uyttebroeck, parlementaire européenne et présidente du Parti démocrate libéral européen, a souligné la difficulté de définir les frontières géographiques de l'Europe ; il n'y a pas d'accord à ce sujet car elles ne sont pas évidentes. Ce sont donc des critères politiques qui doivent s'appliquer. À son avis, les politiques de voisinage ne sont pas satisfaisantes car l'UE a tendance à demander davantage que ce qu'elle offre et elles sont insuffisamment différenciées selon les pays partenaires. Elle reconnaît toutefois la nécessité «d'inventer des rapports inédits» avec des Etats avec qui l'on veut établir des liens étroits ne comportant pas l'adhésion. Elle voit une Union qui pourrait compter, d'ici une vingtaine d'années, quarante Etats membres, avec les pays issus de l'ancienne Yougoslavie, plus l'Ukraine, la Biélorussie et la Moldova, ainsi que la Norvège, la Suisse et même l'Islande, trois pays qui peuvent à tout moment poser leur candidature. Mme Neyts-Uyttebroeck prend en considération la possibilité que les Etats membres ne participent pas tous à toutes les politiques européennes, mais en posant alors la question de savoir quelles politiques sont «constitutives» de l'Union et seraient de ce fait obligatoires pour tous.

(F.R.)

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES