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Bulletin Quotidien Europe N° 9426
Sommaire Publication complète Par article 32 / 33
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 733

*** JEAN-VICTOR LOUIS: L'Europe. Sortir du doute. Bruylant (67 rue de la Régence, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5129842 - fax: 5119477 - Internet: http://www.bruylant.be ). 2006, 150 p.. ISBN 2-8027-2314-6.

Cet ouvrage est un cri du cœur angoissé, un appel à la raison lancé par une icône du droit européen qui, au soir d'une brillante carrière académique menée à l'Université libre de Bruxelles, accepte que, dans son propos, le "prof" compose, cette fois, avec le sage et l'européen engagés qui, auparavant, étaient scientifiquement réduits au silence. Partant de la prémisse que l'intégration européenne est plus que jamais nécessaire, Jean-Victor Louis vit très mal ce qui se passe - c'est-à-dire rien, l'attentisme, les non-dits, les pas de côté, les dérobades tactiques ou, plutôt, stratégiques… - depuis les "non" français et néerlandais à la Constitution. A ceux qui estiment qu'il faudrait attendre des temps meilleurs pour adopter une réforme constitutionnelle, il lance en conclusion: "Nous pensons que l'Europe n'a pas l'éternité devant elle. Tout ce qui précède est imprégné de l'impatience qui devrait l'inspirer". On ne peut mieux résumer ces pages où la plume pourfend autant qu'elle cherche à construire, étant trempée dans une encre mêlée de passion et de rigueur scientifique.

Dans un premier chapitre, l'auteur apporte des réponses à la question de savoir si l'Union a réellement besoin d'une Constitution avant de discerner les mérites du texte désormais en rade. A ses yeux, "la Constitution symbolise le destin désormais partagé des peuples qui composent l'Union" et à ceux qui avancent l'argument de l'absence d'un peuple (démos) européen pour justifier leur opposition au recours à l'idée de constitution, il rétorque qu'un texte fondamental - quel que soit son nom, constitution ou traité fondamental - aura "un effet intégrateur" et pourrait "être à la source du patriotisme constitutionnel" cher à Jurgen Habermas, pour autant que le phénomène soit soutenu "par la création d'un espace public européen" à fonder "par un dialogue organisé avec la société civile par la création de véritables partis européens et par l'existence de médias européens". On en est loin et, reconnaît Jean-Victor Louis, la quête peut même paraître illusoire alors que nous vivons dans une situation "où il existe une méfiance quasi généralisée à l'égard du personnel politique au plan national, régional et local, en raison d'innombrables exemples de mauvaise gouvernance", ce qui prédispose pour le moins difficilement "à un développement de la conscience européenne et à une confiance étendue dans les dirigeants de l'Union". Après avoir décortiqué - et là, chassez le naturel, le juriste revient au galop… - les apports du traité constitutionnel, l'auteur se demande, dans le deuxième chapitre, s'il faut et si l'on peut repenser l'élargissement de l'Union. Regrettant que les critères de Copenhague n'aient pas été insérés dans la Constitution, il stigmatise le fait que l'accent ait été mis, dans les critères d'adhésion, sur l'Europe des valeurs en négligeant "le fait que l'objectif de l'Union est l'intégration et non pas une coopération en vue de promouvoir les valeurs". Mais voilà, écrit-il noir sur blanc, au lendemain de la chute du mur, il s'agissait pour certains pays, "tels le Royaume-Uni et les Etats nordiques", que "l'Union renonce une fois pour toutes aux rêves d'une Europe fédérale" et substitue, par l'effet du nombre, "la coopération à l'intégration". Dans ce contexte et pour ce qui est de l'avenir, l'auteur avoue son "inconfort" à l'égard d'une adhésion de la Turquie, la pression insistante de Washington en ce sens devant à elle seule amener à s'interroger, tant il est vrai que "ce n'est assurément pas le renforcement de l'Europe politique que visent les Etats-Unis, pour qui l'Europe politique s'assimile à l'Alliance atlantique". La Politique européenne de voisinage lui paraît, sur ce plan, la voie à suivre.

La troisième partie voit Jean-Victor Louis ouvrir des pistes - et en refermer d'autres - en vue de résoudre l'impasse constitutionnelle et d'éviter la "marche en arrière" qui menace par rapport à "l'ordre d'intégration". Ce n'est pas, explique-t-il en substance, en faisant un usage éhonté - et en détournant le sens de ce concept de nature fédéraliste - du principe de subsidiarité qu'il sera possible de "reconquérir le citoyen", cet instrument étant utilisé "pour réduire l'action de l'Union et rendre de l'importance aux Etats", soit essentiellement aux gouvernements, ce qui fait que, l'exigence d'unanimité aidant, "l'Union ne répond pas ou pas adéquatement aux défis qui se posent à elle". Dans le même esprit, l'auteur brocarde les velléités de meilleure communication et de transparence (alors que, note-t-il, "les Etats se méfient d'une communication qu'ils ne maîtrisent pas"), il stigmatise une volonté de "mieux légiférer" qui reflète "souvent une conception réductrice des pouvoirs de l'Union", avant d'analyser de manière critique des pistes telles que les anticipations sur le traité constitutionnel, le recours aux "passerelles", les coopérations renforcées et les coopérations par accord international en dehors du cadre des traités. A ses yeux, toutes conduisent peu ou prou à des impasses, raison pour laquelle il plaide, in fine, pour le maintien de la perspective constitutionnelle assortie d'un protocole sur la gouvernance économique et la politique sociale.

Michel Theys

*** CHARLES-ETIENNE LAGASSE: Introduction aux institutions européennes. Erasme (2 place Baudouin 1er, B-5004 Namur. Tél.: (32-81) 213700 - fax: 212372 - courriel: commandes@groupeerasme.be - Internet: http://www.groupeerasme.com ). 2007, 160 p.. ISBN 978-28-712-7962-4.

Charles-Etienne Lagasse enseigne notamment les institutions belges et européennes dans plusieurs établissements supérieurs. Deux matières qui ont pour le moins la réputation d'être alambiquées et dont l'enseignement a certainement constitué un bon exercice de synthèse et de clarification pour l'auteur. Il propose, en effet, un livre qui se veut "une boîte à outils contenant un jeu de clés destinées à comprendre les enjeux des années à venir". Fortement structuré - toute structuration contient forcément une part d'arbitraire pour une matière aussi large, selon le bout par laquelle on la prend - et segmentant la matière en morceaux digestibles, l'ouvrage à certainement des airs de publication pédagogique universitaire, mais il serait faux de croire que seuls ces derniers pourront en tirer avantage. C'est que la clarté et l'intérêt n'y perdent pas au change et l'auteur mêle habilement les informations "de base" (celles relatives, par exemple, aux compétences du Parlement européen) à des informations plus "digérées" que le lecteur aurait plus de mal à trouver dans des sources telles que les sites Internet des institutions, comme les retombées négatives des "quatre libertés" de l'Union. Précisons par ailleurs que cette Introduction aux institutions européennes ne se limite pas aux seules institutions de l'Union européenne: elle traite également d'autres organisations, comme l'OCDE. De la même manière, elle ne s'arrête pas davantage aux institutions, dont la connaissance sert d'une certaine manière de marchepied pour mieux saisir la dynamique européenne.

(FRo)

*** SYLVIE GOULARD: L'Europe pour les nuls. A mettre entre toutes les mains ! First Editions (27 rue Cassette, F-75006 Paris. Tél.: (33-1) 45496000 - fax: 45496001 - Courriel: firstinfo@efirst.com - Internet: http://www.efirst.com ). Collection "Pour les Nuls". 2007, 484 p., 22,90 €. ISBN 978-2-7540-0321-6.

N'accordez aucun crédit au titre: cet ouvrage est bel et bien à mettre entre toutes les mains, y compris entre celles des "spécialistes" de l'Europe ! Partant du principe que les "nuls" sont surtout ceux qui ont échoué à expliquer la formidable aventure européenne aux citoyens, Sylvie Goulard s'emploie à réparer l'erreur. Elle le fait avec maestria, offrant un ouvrage qui présente avec sérieux, mais aussi clarté et même humour, tout ce qu'il faut savoir sur l'Europe telle qu'elle se construit. Une fois de plus, Sylvie Goulard se révèle comme une vulgarisatrice de très grand talent. Aucun jeune ne devrait sortir de l'école sans avoir lu ce livre et, mieux encore, ceux qui "font" l'Europe feraient bien de s'y plonger afin de se voir tels qu'ils sont !

(MT)

*** ANDREAS WIMMEL: Beyond the Bosphorus ? Comparing German, French and British Discourses on Turkey's Application to Join the European Union. Institut für Höhere Studien (56 Stumpergasse, A-1060 Wien. Tél.: (43-1) 59991-0 - fax: 59991-555 - Internet: http://www.ihs.ac.at ). Collection "Political Science Series", n° 11. 2006, 30 p., 6 €.

La comparaison des discours allemands, français et britanniques (choisis parce que, "dans ces pays, les clivages sur la future constitution de l'Union européenne sont partiellement très similaires et partiellement très différents" sur la demande d'adhésion de la Turquie constitue l'étude de cas qui est présentée dans cet ouvrage dont l'objet premier - toujours assez théorique dans cette collection - est de discerner si les frontières nationales ont un impact sur la formation des opinions et du discours européen dans le pays ou si les sensibilités sont plutôt dues à un clivage entre "camps" (conservateurs, syndicats…). Andreas Wimmel arrive à la conclusion que "l'impact des frontières nationales sur les discours publics portant sur des questions européennes dépend des différentes visions de la finalité de l'Europe qui dominent dans les sociétés nationales et qui sont avancées, soit implicitement soit explicitement, par les participants au débat". Cela dit, l'ouvrage propose un bon résumé des perceptions et des interprétations sur les avantages et les risques (notamment en matière d'identité et d'équilibre entre élargissement et approfondissement) de l'adhésion de la Turquie qui prévalent dans ces trois pays, au travers de l'analyse, chaque fois, de deux journaux réputés et d'orientation politique différente pour chaque pays.

(FRo)

*** GEORGES C. LIENARD (sous la dir. de): Clés pour l'humanisme européen - A Key to Humanism in Europe. Le rêve européen, 50e anniversaire du Traité de Rome - The European Dream, 50th Anniversary of the Rome Treaty. Fédération Humaniste Européenne - European Humanist Federation (Campus de la Plaine ULB, CP-237, av. Arnaud Fraiteur, B-1050 Bruxelles. Tél.: (32-2) 6276890 - fax: 6276801 - Courriel: fhe@ulb.ac.be - Internet: http://www.humanism.be ). 2007, 86 p..

Publié à l'occasion du cinquantième anniversaire des Traités de Rome, cet opuscule bilingue présente les valeurs et les principes sur lesquels l'Union devrait, selon les associations laïques et humanistes, s'organiser. Cette contribution prend la forme d'une lettre adressée au président Barroso dans laquelle le Britannique David Pollock, président de la Fédération humaniste européenne, plaide notamment pour une démocratie "aussi bien participative que représentative", dans "une Europe respectueuse de la liberté de chacun, dans laquelle il n'y a pas place à d'injustes discriminations sur des sujets tels que sexe, sexualité, âge, race, infirmité, religion ou conviction". Une des conséquences importantes de cette approche, précise David Pollock, "est que, dans cette Europe, les organisations représentant les religions ou les convictions - en particulier les Eglises mais pas exclusivement - ne bénéficient d'aucun privilège législatif ou institutionnel, car de tels privilèges constitueraient ipso facto des discriminations à l'égard des citoyens qui ne partagent pas les croyances privilégiées, en ce inclus le grand nombre de celles et ceux qui n'ont aucune religion". Est ensuite présentée la "Déclaration de Bruxelles", à savoir une "vision laïque pour l'Europe" développée par des personnalités humanistes, musulmanes et chrétiennes qui, au-delà de leurs convictions personnelles intimes, s'accordent sur des valeurs à privilégier au sein de l'Union.

(MT)

*** GIANNI COPETTI: L'Europe: une œuvre inachevée. "Les Etats-Unis d'Europe", 1947-2007. Gianni Copetti (Courriel: gianni@sopetti.be - Internet: http://www.iniziativaeuropea.org ). Collection "Les cahiers de politique et d'histoire européennes", n° 1. 2007, 146 p..

Initiative sympathique que celle-ci: homme de convictions et de combat, Gianni Copetti - qui est notamment président honoraire du Mouvement pour les Etats-Unis d'Europe - Gauche Européenne - a réuni dans cet opuscule des textes qui éclairent la marche de l'Europe vers son unité. On y retrouve, entre autres, des textes militants de Raymond Rifflet, de Georges Goriely, de Jacques Santer, une interview de Paul-Henri Spaak en 1955, la résolution de la Conférence de Messine et les souvenirs de la négociation du Traité de Rome laissés par un ancien haut fonctionnaire belge, Joseph Van Tichelen, ainsi que des résumés de colloques.

(PBo)

*** ODILE WATTEL DE CROIZANT, GERARD A. MONTIFROY (sous la dir. de): Europe entre Orient et Occident. Du mythe à la géopolitique. Editions L'Age d'Homme (Paris et Lausanne. Courriel: contact@lagedhomme.com). 2007, 268 p., 22 €. ISBN 2-8251-3754-3.

L'Association internationale "D'Europe à l'Europe, Mythes et symboles", fondée en 1957 par un groupe d'enseignants et de chercheurs, a pour objet de réfléchir sur les origines et la diffusion du mythe d'Europe, ainsi que sur les problèmes de l'identité culturelle de cette partie du monde. Ce livre présente les "actes" d'un colloque qu'elle a organisé à l'Ecole Normale Supérieure de Paris en juin de l'année dernière. L'objet était double: faire le point des recherches sur les origines - énigmatiques - du mythe de "l'enlèvement d'Europe" et, d'autre part, étudier quelques exemples des relations entre Orient et Occident au cours des âges. Vaste dessein, trop sans doute pour un colloque, mais d'autres suivront… Dans une première partie, on trouve des exposés approfondis sur plusieurs hypothèses relatives aux origines du mythe d'Europe. Provient-il de l'antiquité hellénique, voire préhellénique, et servit-il à légitimer la conquête du Proche-Orient par les Grecs ? Ou trouve-t-il son origine en Asie mineure et évoque-t-il l'expansion d'est en ouest d'une culture, de certains modes de production et d'un type d'écriture ? Dans ce dernier cas, la Princesse Europe et son Taureau, partis de Phénicie, firent-ils escale à Chypre avant d'atteindre la Crète ? Les hypothèses restent largement ouvertes pour des recherches ultérieures… La seconde partie présente, elle, des contributions assez hétérogènes, mais intéressantes, sur, par exemple, "Les divergences de vues occidentales, à la fin du XVIe siècle, sur l'Empire ottoman", "Europa et la destinée des chrétiens d'Orient", "Europe entre défis économiques et mythes culturels", etc. Le caractère assez disparate de ces contributions ne diminue pas l'intérêt de chacune d'entre elles pour le chercheur, l'enseignant et, même, pour l'acteur politique. Deux contributions sont à signaler en ce qu'elles peuvent intéresser un plus large public. D'abord, une très utile bibliographie portant sur cinquante ans de recherches relatives au mythe d'Europe dans l'art et la littérature. Ensuite, une présentation savante et pleine d'humour de "L'Europe de Richelieu", une comédie inspirée par le fameux cardinal et qui, créée à Paris le 14 novembre 1642, constitue un chef-d'œuvre sur l'histoire des mentalités "nationales" - et donc des stéréotypes dont on peut se demander s'ils ont aujourd'hui disparu dans l'Union élargie…

(J-RR)

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