Bruxelles, 14/05/2007 (Agence Europe) - En dépit des chiffres brandis par l'UE pour affirmer qu'en 2006, elle a atteint, voire dépassé, son objectif collectif intermédiaire en matière d'accroissement de son aide publique au développement (EUROPE n° 9401 et 9399), il n'y a pas de quoi pavoiser car ces chiffres sont artificiellement « gonflés » et la qualité de l'aide laisse à désirer, estiment les ONG européennes de développement de l'UE, soucieuses de rétablir la vérité. A l'ouverture du Conseil Développement de l'UE qui, ce mardi 15 mai, doit adopter des conclusions à ce sujet (EUROPE n° 9425), ces ONG, rassemblées sous la bannière de CONCORD (Confédération européenne des ONG d'urgence et de développement), ont manifesté, le 14 mai, devant le bâtiment du Conseil appelant les ministres européens à fournir une aide plus conséquente et de meilleure qualité. Sept manifestants, portant des masques géants des ministres des Finances des pays n'ayant pas atteint leur objectif individuel en 2006 (Grèce, Portugal, Italie, Espagne, qui sont très loin du compte, mais également l'Autriche, la France et l'Allemagne qui comptabilisent des opérations autres que de l'aide au développement) ont demandé aux ministres européens de tenir leurs promesses pour les années à venir.
Dans un rapport de CONCORD publié le 11 mai, ces ONG démentaient qu'avec 48 milliards d'euros, le niveau moyen d'aide publique au développement de l'UE ait atteint en 2006, 0,42% du PIB. Ce rapport intitulé « Retenez vos applaudissements - les gouvernements de l'UE risquent de ne pas tenir leurs engagements en matière d'aide » montre qu'un tiers de l'aide européenne est gonflé car nombre de gouvernements européens incorporent dans leur chiffre des opérations d'annulation de la dette (en particulier celles de l'Irak et du Nigeria, soit 8 milliards d'euros) ainsi que les dépenses d'accueil de réfugiés en Europe, voire les frais de rapatriement de ces réfugiés (4,5 milliards) et les dépenses d'éducation d'étudiants étrangers en Europe (1 milliard d'euros). Au total, le manque à gagner de ces « non-aides » se serait élevé à 13,5 milliards d'euros en 2006.
« Nous avons vu peu de changements par rapport aux chiffres de l'aide de l'année dernière. Ceux-ci avaient déjà été gonflés par les gouvernements européens et il n'y a pas assez d'argent réel disponible pour ceux qui en ont le plus besoin. Si les gouvernements européens n'améliorent pas leur performance actuelle, ce sont 50 milliards d'euros que les pays pauvres ne recevront pas de l'Europe d'ici à 2010», explique Lucy Hayes d'Eurodad, le Réseau européen sur la dette et le développement. L'experte reproche à certains Etats membres de pratiquer l'aide liée (l'Italie et l'Autriche, étant les « champions » en la matière, suivies par l'Espagne, la Grèce et le Portugal). « Délier cette aide reviendrait à l'augmenter de 30% », fait-elle observer. Sans compter, ajoute-t-elle, que la promesse faite en 2005 par tous les gouvernements européens, d'accorder à l'Afrique la moitié de l'aide fournie, n'a pas été tenue puisse, en ne comptabilisant pas l'annulation de la dette, l'aide totale de l'UE à l'Afrique a baissé.
Le rapport déplore par ailleurs qu'un cinquième de l'aide de l'UE, fournie sous forme d'assistance technique, ne soit « pas de l'argent bien dépensé », ainsi qu'en témoigne, par exemple la facture pour les prestations de consultants en développement au Cambodge, qui dépasse le salaire de tous les fonctionnaires nationaux. La répartition inégale de l'aide entre les différents pays est également épinglée: le rapport note qu'entre 2001 et 2004, 60% de la hausse de l'aide publique au développement a bénéficié à l'Afghanistan, la République démocratique du Congo et l'Irak alors que ces trois pays totalisent moins de 3% de la population des pays en développement.
« La réduction de la pauvreté ne semble pas être le principal objectif de l'aide européenne. La sécurité, les alliances géopolitiques et les intérêts nationaux semblent prédominer », commente Justin Kilcullen, le Président de CONCORD. Le rapport de CONCORD peut être consulté sur le site: http://www.concordeurope.org . (an)