Bruxelles, 09/05/2007 (Agence Europe) - La Présidence allemande de l'UE et la Commission européenne n'ont pas encore perdu l'espoir que le Sommet UE/Russie, qui se tiendra le 18 mai à Samara, pourra donner le coup d'envoi politique à l'ouverture des négociations sur un nouvel accord de partenariat entre l'UE et la Russie, même si rien n'indique à ce stade que l'obstacle de l'embargo russe contre les viandes polonaises pourra être levé à temps. Mercredi après-midi, à l'occasion d'un débat en session plénière du Parlement européen sur les préparatifs du Sommet avec Moscou, le secrétaire d'Etat allemand aux Affaires européennes Günter Gloser a expliqué que la Présidence allemande de l'UE continue à travailler d'arrache-pied pour trouver une solution au problème de la viande polonaise. « La Russie doit donner une date pour la levée de l'embargo », a dit M. Gloser. Ce serait un « signal important pour l'avenir » des relations bilatérales. L'ouverture des négociations sur le renforcement de ce partenariat stratégique « ne peut pas échouer à cause d'une question technique », a insisté M. Gloser. Parlant au nom de la Commission européenne, le vice-président Günter Verheugen a rappelé les efforts considérables et intensifs déployés par la Commission pour résoudre la question de l'embargo russe « qui n'est pas justifié » et qui doit être supprimé. « Nous attendons de la Russie un signal clair et un calendrier clair pour la levée, éventuellement en plusieurs étapes », a affirmé M. Verheugen.
L'ouverture éventuelle des négociations sur un nouvel accord de partenariat n'est cependant pas le seul sujet important à l'ordre du jour du Sommet, a expliqué M. Gloser, qui a aussi souligné l'importance d'approfondir le partenariat énergétique, notamment en établissant un système d'alerte précoce en cas de problèmes de fourniture énergétique (voir EUROPE n° 9417). Le changement climatique est un autre domaine qui sera discuté à Samara, d'autant plus que l'UE a besoin de la Russie et d'autres partenaires industriels mondiaux si elle veut atteindre l'objectif de réduire les émissions de CO2 de 20% (ou 30% en cas d'accord international) d'ici 2020.
Au cours du débat qui a suivi les déclarations du Conseil et de la Commission, ce sont surtout l'évolution démocratique et la situation préoccupante des libertés fondamentales (notamment la liberté de presse et de rassemblement) en Russie qui ont figuré au centre des interventions. Les récents événements en Estonie et autour de l'ambassade estonienne à Moscou dans l'affaire du déplacement du monument soviétique dans la capitale estonienne ont également été soulevés par un grand nombre d'orateurs (voir nouvelle ci-dessous).
Pour Joseph Daul (PPE-DE): l'Europe doit adopter une « attitude d'ouverture et de dialogue » avec Moscou, qui est un « partenaire stratégique », mais aussi ne pas hésiter à soulever les problèmes des droits de l'Homme et des libertés. Les dernières évolutions en Russie sont graves et inquiétantes, a dit M. Daul qui a notamment cité l'attitude de Moscou dans l'affaire du soldat de bronze déplacé à Tallinn (voir aussi ci-dessous), ainsi que les meurtres de plusieurs journalistes. Il est important de faire pression sur le Président Vladimir Poutine pour que les prochaines élections parlementaires et présidentielles soient libres et démocratiques, a insisté Jan Wiersma (PSE) qui souligne que l'UE « ne peut pas accepter que l'opposition russe soit verrouillée ». Le chef du groupe ALDE, Graham Watson, est allé le plus loin: face aux « intimidations russes », il ne peut y avoir de « business as usual » ; la Russie doit sentir jusqu'où elle peut aller, « or jusqu'ici, cher Monsieur Gloser et cher Monsieur Verheugen, il n'y a eu de votre part que des mots doux, mais pas d'action », a affirmé M. Watson qui a ouvertement plaidé pour le report du Sommet. Daniel Cohn-Bendit (Verts-ALE) a estimé que la Russie veut faire la même « politique de pouvoir » que l'URSS, en utilisant des instruments énergétiques. Cela ne veut pas dire que l'UE ne doit pas avoir des relations politiques avec la Russie, comme l'Union en a avec d'autres pays non démocratiques comme l'Arabie saoudite, mais il faut que l'UE comprenne que cette relation ne peut pas être basée sur le dialogue et l'amitié, comme elle le prétend en parlant de partenariat stratégique, a-t-il dit. (hb)