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Bulletin Quotidien Europe N° 9423
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Les efforts visant à débloquer le Doha round ont pris une mauvaise direction

Ne pas oublier les vrais objectifs. Je doute que les initiatives de Crawford Falconer, président du Comité des négociations agricoles dans le cadre du Doha round, facilitent le chemin vers un accord. Quelques lecteurs auront peut être compris que l'utilisation du verbe «douter» est, de ma part, un euphémisme. En fait, je suis convaincu que l'effort du président néo-zélandais n'aboutira à rien. Les mesures qu'il suggère auraient pour effet de libéraliser radicalement les échanges agricoles mondiaux, au profit de quelques pays grands exportateurs et surtout du grand commerce, mais, malheureusement pour lui, elles sont inacceptables pour les Etats-Unis, pour l'Europe, pour le Japon et surtout pour les pays en développement. Les subventions aux agriculteurs américains devraient se situer entre 15 et 13 milliards de dollars par an, et de toute manière bien en dessous de 19 milliards, alors que Washington a proposé 22 milliards. L'Union européenne devrait baisser ses soutiens internes d'un pourcentage situé entre 70 et 80%, et surtout réduire sa protection aux frontières de 50% en général et entre 65 et 80% pour les droits les plus élevés. Quant aux pays en développement, ils devraient réduire leurs droits de douane «agricoles» de 36% en moyenne, avec la possibilité de garder des droits plus élevés pour à peine 5 à 8% des lignes tarifaires, et à la condition que ces droits soient régulièrement réduits (voir nos bulletins N° 9417 et 9420, et celui d'hier pour les dernières évolutions à Genève).

La manière qu'a choisie M. Falconer pour conduire les négociations agricoles du Doha round me paraît totalement déconnectée des soucis actuels de l'humanité. L'activité agricole mondiale doit contribuer aux objectifs réels que sont la lutte contre les pénuries alimentaires, la sauvegarde de la nature et de la diversité biologique, l'équilibre territorial, et aussi, à mon avis, l'effort de chaque peuple pour s'assurer un niveau raisonnable d'autonomie alimentaire. Face à de tels défis, M. Falconer ne voit qu'un but: accroître autant que possible les échanges de produits agricoles. Certes, la Nouvelle-Zélande représente à plus d'un égard un exemple: elle a su développer une production agricole compétitive en sauvegardant la nature et en éliminant, ou presque, le recours aux produits chimiques. Mais ces résultats ne justifient pas que l'on oublie les autres exigences, en particulier le droit pour les pays pauvres de relancer et de développer leur agriculture de subsistance. Le Comité des négociations agricoles de l'OMC est en train, à mon avis, de perdre son temps en batailles d'arrière-garde, avec un double risque ; entraîner aussi le blocage des autres aspects du Doha round ; accélérer la négociation d'accords bilatéraux en marge de l'OMC.

Le volume des échanges n'est pas le seul objectif. J'invite à lire dans notre bulletin d'avant-hier (N° 9421) le compte-rendu de l'ouverture des négociations entre l'UE et la Corée du Sud. Il confirme qu'au-delà des phrases de circonstance en faveur du Doha round, les pays industrialisés se préoccupent en fait essentiellement des questions qui ont été laissées de côté dans les négociations multilatérales: investissements, marchés publics, règles de concurrence. C'est déjà le cas du partenariat euro-américain (voir cette rubrique dans le bulletin n° 9418), ce sera l'orientation des négociations de l'UE avec le Mercosur si l'on veut les relancer effectivement. Les conditions des échanges deviennent, enfin, aussi importantes que leur volume. La décision américaine d'introduire des plaintes contre la Chine pour violations des règles de la propriété intellectuelle s'appuie sur une documentation impressionnante (pour ne pas dire hallucinante) prouvant le nombre et la gravité des infractions, au point que les autorités chinoises, après les protestations de principe habituelles contre l'initiative des Etats-Unis, ont fait valoir l'insuffisance des instruments dont elles disposent pour faire face à la situation. Les observateurs constatent qu'effectivement les autorités de Pékin sont à présent assez coopératives et font des efforts réels pour combattre les abus, mais l'immensité du territoire et la multiplication des sources de piratage et de la contrefaçon ne leur permettent pas d'obtenir des résultats plus satisfaisants. L'UE, le Japon et le Canada ont entamé les procédures qui leur permettront de s'associer aux plaintes américaines. Expansion des échanges, d'accord, mais dans des conditions acceptables !

Je constate en même temps que se multiplient dans l'UE les mises en garde et les alertes à propos de certains aspects des échanges internationaux de produits agricoles, concernant les conditions de production, la sécurité des produits et les infractions en matière de dénominations protégées. La position de la commission «agriculture» du Parlement européen sur la réforme du marché des fruits et légumes indique le retour à une meilleure protection et un meilleur soutien à la production européenne (voir les pages suivantes). Dans le domaine agricole, l'expansion du commerce n'est pas le seul objectif.

(F.R.)

 

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