Bruxelles, 23/04/2007 (Agence Europe) - Députés européens et parlementaires nationaux de trois pays candidats - Croatie, ancienne République yougoslave de Macédoine et Turquie - se sont rencontrés les 16 et 17 avril au Parlement européen à Bruxelles pour discuter des enjeux de la politique énergétique communautaire, de la coopération entre les Vingt-sept et les pays d'Europe du sud-est et des réformes prioritaires dans ces pays. Convenant que l'Europe du Sud-Est est d'une importance stratégique pour la sécurité énergétique de l'Union (la Turquie étant, en particulier, une plaque tournante pour le pétrole et le gaz provenant de Russie et d'Asie centrale), la plupart des intervenants ont insisté sur la nécessité de renforcer la coopération au sein des Etats membres et avec les pays candidats pour assurer la sécurité des approvisionnements en énergie. Dirigeant les travaux de la première journée, l'Italien Renato Brunetta (PPE-DE) a rappelé qu'il était essentiel d'associer l'Europe du Sud-Est au processus de développement de la politique énergétique commune de l'Union. Dans ce contexte, M. Brunetta s'est dit « partisan » d'une entrée rapide de la Turquie dans l'Union.
La coopération régionale a aussi été présentée comme une opportunité pour les pays candidats. Pour Brendan Devlin, de la DG Energie à la Commission, les petits pays dans lesquels une entreprise d'Etat en position dominante est orientée seulement vers le marché national ne sauront pas attirer les investisseurs ; pour ces pays, une perspective d'exportation et un « ancrage » dans l'Union pour programmer des investissements d'envergure en partenariat avec des Etats membres disposant d'un important pouvoir achat sont donc indispensables. Or, un cadre de coopération régionale avec l'Union existe. Signé en octobre 2005, le traité instituant la Communauté de l'énergie à laquelle sont parties prenantes l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, l'ex-république yougoslave de Macédoine, le Monténégro, la Roumanie, la Serbie et la Mission d'administration intérimaire de l'ONU au Kosovo vise à faciliter la création d'un marché européen intégré de l'énergie et la réalisation de projets concrets, comme l'oléoduc paneuropéen (PEOP) reliant Constanza en mer Noire à Trieste et le gazoduc Nabucco, a rappelé Renaud Van Der Elst du Pacte de stabilité pour l'Europe du Sud-Est, qui a aussi présenté les conditions mises en place pour attirer les investisseurs dans ces pays.
Les représentants des Etats candidats présents ont par ailleurs présenté les avancées effectuées dans leurs pays respectifs dans le domaine de l'énergie, qu'il s'agisse de l'alignement sur l'acquis communautaire ou des privatisations. M. Devlin a toutefois estimé que beaucoup restait à faire. Le représentant de la Commission a en effet estimé que la Turquie achète trop de gaz à un prix trop élevé et de manière opaque avec des risques à long terme pour sa balance des paiements. La Macédoine a, quant à elle, pris du retard dans les réformes et reculé dans le processus de séparation des activités de production et de réseau des opérateurs (unbundling). Enfin, la Croatie n'aurait pas vraiment progressé sur le chemin de la privatisation, particulièrement pour ce qui est de la restructuration de Hrvatska Elektropriveda (HEP), monopole d'Etat pour la fourniture d'électricité.
Reconnaissant que les achats de gaz atteignent un volume très important en Turquie, les élus turcs du parti AKP, dont Afif Demirkiran et Aydin Dumanoglu, ont souligné les difficultés de leur pays pour répondre à la demande croissante d'énergie. La diversification reste indispensable, ont-ils estimé, en citant notamment un projet de construction de centrale nucléaire qui doit lui permettre d'éviter la pénurie d'électricité qui se profile à l'horizon 2020. Elu croate, Kresimir Cosic a indiqué que la restructuration de la HEP était en cours et que des projets de nouvelles centrales sont réalisés. Les élus macédoniens Mirjana Sekulovska (du Nouveau Parti social-démocrate) et Slobodan Najdovski (du parti libéral-démocrate) se sont étonnés des reproches faits par le représentant de la Commission et ont tenté de récuser son analyse. (eh)