Bruxelles/Beyrouth, 24/01/2007 (Agence Europe) - La conférence "Paris III" sur le Liban, qui réunira ce jeudi à Paris, à l'initiative du président Jacques Chirac, les principaux donateurs d'aide à ce pays dévasté par une guerre avec Israël, devrait aboutir à des décisions sur l'appui à long terme pour la reconstruction. Deux premières conférences ont eu lieu à Paris en 2001 et en 2002, dont les décisions n'ont pas paru significatives aux Libanais mais dont les suites ont été de toute façon affectées par les suites de la guerre de l'été dernier. La situation du pays risque de l'être davantage encore par la persistance de l'instabilité politique.
Le ministre de l'Economie Sami Haddad estime que la question de la dette est le thème prioritaire que la conférence devrait traiter. Les commentateurs s'accordent à dire que ces retrouvailles consacrées au soutien à long terme constituent la dernière chance pour un pays écrasé en effet par une dette de 41 milliards de dollars (plus 180% de son PIB) et dont l'économie est en « état de mort clinique », affirme un économiste libanais cité par la presse. Kamal Hamdane précise que « la plus grande partie de la dette n'est pas externe mais interne, en dollars, contractée auprès des banques locales ».
La « bouée de sauvetage » espérée par le Premier ministre libanais Fouad Siniora au terme de « Paris III » devrait prendre la forme de dons ou prêts à taux d'intérêt réduits. Mais le gouvernement s'abstient de chiffrer ses attentes que certains estiment à quelque 9 milliards de dollars. Selon M. Haddad, le FMI qui s'était abstenu de toute contribution lors de « Paris II » serait disposé à apporter son appui cette fois-ci.
La Commission européenne paraît nettement plus disposée à fournir une aide que tous les autres partenaires du Liban. Elle a annoncé lundi, en marge du Conseil « Affaires générales/Relations extérieures », par la voix de Benita Ferrero-Waldner, qu'elle comptait faire des propositions pour un programme de relance de l'économie du pays mais assorties d'une exigence de réformes. Le « message clair » est que « nous désirons aider le Liban ainsi que son gouvernement et son Premier ministre Fouad Siniora » à condition que le pays s'engage dans des réformes sur le plan économique et politique, en vertu du plan d'action de l'UE pour le Liban, avait dit la Commissaire aux relations extérieures.
Le message en provenance de Washington est similaire. La secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, sera présente à Paris et un porte-parole du département d'État a annoncé qu'une contribution d'un montant important, mais non précisé, sera accordée à M. Siniora. Selon ce porte-parole, Nicolas Burns, l'assistance américaine a pour but de « défendre le gouvernement élu et démocratique contre un axe de pays, l'Iran et la Syrie, et contre les organisations comme le Hezbollah, le Djihad islamique palestinien et d'autres ».
Ces appuis ouvertement proclamés au Premier ministre Siniora coïncident avec un contexte nettement troublé, voire même explosif, sur le terrain, au Liban. La grève générale d'un jour, à l'appel de l'opposition, musulmane et chrétienne, qui a eu lieu mardi a été d'une grande ampleur et accompagnée de violences. L'action de protestation pourrait se poursuivre dans les prochains jours. Son amplification et le choix des actions à venir permettent de mesurer le degré de confiance (ou de défiance) dont pourrait encore jouir un gouvernement paralysé dans son action par la démission de plusieurs de ses membres et l'éclatement de la coalition qui le soutenait, au point que le gouvernement est aujourd'hui jugé illégitime par l'opposition.
Cette ambiance délétère ne remet toutefois pas en question l'utilité de la conférence de Paris, même si le Premier ministre a accusé l'opposition d'en entraver la tenue: « Il y a des personnes qui veulent saboter la conférence dont nous avons besoin », a soutenu M. Siniora. Mais son ministre de l'Economie tempère cette appréciation: « Tout le monde est pour la conférence même si des nuances existent » entre les diverses factions politiques, a-t-il déclaré mardi soir à une chaîne de télévision de son pays.
Pour le chef de file de l'opposition chrétienne, l'ancien chef de l'Etat Michel Aoun, « ce gouvernement, qui a perdu son soutien à l'intérieur, est en quête d'un soutien extérieur qui ne lui conférera pas pour autant une légitimité » et Paris III ne réglera pas les problèmes cruciaux du pays, selon lui: « Paris I s'est achevé sur une dette de 24 milliards de dollars, Paris II, sur une dette de 36 milliards, et Paris III, de 45 milliards ». Il prédit qu'un « Paris IV » sera nécessaire pour dresser l'état de faillite du pays. « Comment pouvons-nous renouveler notre confiance à ceux qui veillent à l'application du programme de réformes de Paris III, qui n'ambitionne qu'au paiement des dettes ? », se demande M. Aoun. Il plaide également pour une « réforme globale de l'économie pour réajuster les revenus des citoyens et redresser la situation ». Mais a-t-il ajouté, on ne saurait parler de réforme sans définir parallèlement un plan de lutte contre la corruption, qui, a-t-il dit, « une corruption qui a gangrené la structure même de l'État». (fb)