Bruxelles/Alger, 11/01/2007 (Agence Europe) - L'Algérie souffre d'une pénurie de sucre et les prix flambent. Elle est due, selon la presse locale, en écho de déclarations d'importateurs algériens, à la gestion des quotas d'importation convenus avec l'Union européenne dans le cadre de l'accord d'association. Cet accord fixe à 150.000 tonnes par an le quota de sucre blanc européen exportable en Algérie au niveau du prix mondial, plus bas que celui garanti dans l'UE. Au-delà de ces quotas, les importateurs doivent acquitter une taxe locale de 30%. Pour bénéficier des quotas sans droits, les importateurs algériens doivent acheter des licences, selon le principe du « premier venu, premier servi ». Dans la pratique, ces licences sont ensuite revendues aux grands acheteurs du pays.
La pénurie menacerait également, selon les mêmes sources, le marché national du blé et d'autres produits agricoles couverts par l'accord pour des motifs similaires.
La presse cite les services de douane dont les statistiques seraient les plus probantes. Selon leurs données, la quantité du sucre importée a été épuisée à 87% dans la première semaine de janvier couvrant 130.000 t. des 150.000 t. pouvant entrer en franchise sur le marché. Des sources européennes affirment, officieusement, que le problème résulte d'un mouvement de spéculation déjà enregistré en 2006, première année pleine du régime des quotas instauré par l'accord entré en vigueur fin 2005.
Le régime préférentiel convenu avec l'UE met à mal la position dominante traditionnelle de certains spéculateurs. Leur réaction a été de rafler la majeure partie des licences et de créer une situation de pénurie artificielle.
Le principal responsable des douanes confirme ce fait. Sid Ali Lebib affirme que l'entrée en vigueur de l'accord d'association entre l'Algérie et l'Union européenne se déroule « excellemment bien ». Trois semaines après son entrée en application, aucun accroc majeur n'a été signalé à la direction des douanes, a-t-il déclaré à la presse algérienne.
L'envolée des prix du sucre qui est actuellement au coeur d'une polémique n'est aucunement liée, a souligné le patron des douanes, à l'accord d'association avec l'UE. Il confirme ainsi de précédentes déclarations du chef du gouvernement et du ministre du Commerce réagissant à une flambée des prix internes pour qui la situation résulte d'une "conjoncture" et non de l'application de l'accord d'association.
D'un autre côté, le principal groupe sucrier algérien, CEVITAL, qui achète et transforme du sucre brut brésilien, se plaint de l'instauration du régime qui ne lui permet pas d'accéder librement au marché communautaire européen. «Nous importons du sucre brut, que nous raffinons, nous couvrons les besoins du marché national, et nous exportons vers les pays de la région tels que la Libye, la Tunisie et certains pays d'Afrique, mais nous ne pouvons le faire vers les pays de l'UE, car nous sommes bloqués par les taxes spécifiques imposées à l'Algérie dans le cadre de l'accord avec l'UE», a estimé Issad Rebrab, patron de CEVITAL. Il demande aux autorités de son pays d'exiger de Bruxelles la levée de telles mesures «bloquantes». Mais la Commission européenne affirme qu'elle ne peut rien céder à un produit qui n'est pas totalement originaire d'Algérie. (fb)