Bruxelles, 11/01/2007 (Agence Europe) - A l'exception des Verts, l'ensemble des groupes politiques au Parlement européen ont fait un accueil favorable au paquet sur l'énergie et le changement climatique rendu public mercredi par la Commission (EUROPE n° 9341).
Président de la commission énergie au PE, le conservateur britannique Giles Chichester se félicite du projet de politique énergétique proposé par la Commission et apporte son soutien à « presque tous les documents mis sur la table visant la sécurité de l'approvisionnement et de la durabilité ». Partisan de la cause nucléaire,
M. Chichester déplore toutefois une « omission frappante » de la Commission: « l'inadéquate promotion du rôle de l'énergie nucléaire pour atteindre les objectifs proposés dans son paquet ». Au groupe PPE-DE également, l'Allemand Peter Liese salue lui aussi les ambitions de la Commission qu'il estime identique aux objectifs souhaités par le PE et la Présidence allemande du Conseil de l'UE. « L'objectif de réduire les émissions des pays industrialisés de 30% d'ici 2020 est scientifiquement justifié et politiquement raisonnable », insiste-t-il. M. Liese estime, en outre, qu'il est essentiel désormais « que l'UE ne fasse pas cavalier seul en matière de lutte contre le changement climatique » et que se joignent à elle les principaux autres pays industriels et émergents de la planète, notamment la Chine et l'Inde.
Au nom du groupe socialiste, Robert Goebbels salue des propositions qui ont « l'ambition du réalisme » et encourage la Commission à poursuivre son action en faveur d'une politique énergétique européenne « réellement commune ». Pour le député luxembourgeois, l'élément le plus important du paquet énergie est « un retour aux sources de l'action communautaire »: « à l'instar du traité CECA, il faut maintenant une politique énergétique solidaire et commune visant à réduire la double dépendance - extérieure et intérieure - de l'Europe en matière d'énergies fossiles », estime-t-il. Plaidant pour un bouquet énergétique « aussi intelligent que possible », M. Goebbels souligne l'importance d'inciter les Etats à mieux utiliser leurs ressources existantes et à mieux exploiter leurs possibilités en matière de renouvelables « en excluant aucune piste » et en assurant un effort accru de recherche dans tous les domaines énergétiques.
L'Autrichien Hannes Swoboda (PSE) insiste pour sa part sur la « nécessité d'une diplomatie énergétique forte » de l'UE auprès de tous les pays industrialisés, en particulier les Etats-Unis et l'Australie, et les pays émergents, Brésil, Inde, Chine et Indonésie, « pour une action commune contre les émissions de gaz à effet de serre ». Rapporteur sur le Livre vert, la Britannique Eluned Morgan regrette pour sa part des ambitions insuffisantes de la part de la Commission en termes de réduction des gaz à effet de serre.
Au nom du groupe ALDE, la Britannique Fiona Hall se félicite que la Commission soit « claire quant à la dimension des changements nécessaires en matière de politique énergétique » et fasse de l'efficacité énergétique « l'élément le plus significatif » du paquet qui a le mérite, selon elle, d'accorder une place importante aux aspects internationaux de l'énergie propre. Soulignant qu'en matière de libéralisation du marché intérieur, la Commission devra faire face à l'opposition de la France et de l'Allemagne en matière de séparation de propriété (ownership unbundling), et se félicitant de la proposition d'objectifs contraignants en matière de renouvelables par la Commission, Mme Hall appelle les Vingt-sept à soutenir et mettre en œuvre une « politique énergétique forte ».
Pour leur part, les Verts ne manquent pas de souligner les nombreuses insuffisances des propositions de la Commission. Ils dénoncent en premier lieu ses faibles ambitions en matière de réduction d'émission de gaz à effet de serre. « La Commission fait fi de la proposition du Commissaire à l'Environnement Stavros Dimas d'un objectif de 30% pour se limiter à un objectif de 20% qui correspond, au final, à une réduction effective d'à peine 12 à 14% », regrette le Luxembourgeois Claude Turmes, qui déplore en outre qu'aucune mesure concrète ne soit avancée en matière de politique des transports. La Finlandaise Satu Hassi estime pour sa part que les propositions de la Commission « ne constituent rien de moins qu'un crime climatique condamnant les générations futures de citoyens européens ». En matière de renouvelables, M. Turmes accuse la Commission de s'être détournée d'une approche reposant sur des objectifs spécifiques pour chacun des secteurs utilisateurs d'énergies renouvelables (en particulier pour la production d'électricité et pour la production de chauffage et réfrigération) de manière à atteindre 25% de consommation à partir de sources renouvelables en 2020 comme le réclament le PE ainsi que le Commissaire à l'Energie Andris Piebalgs. Enfin, M. Turmes reproche à la Commission de ne pas être assez ferme sur la question de la séparation de propriété. « L'ownership unbundling représente une vraie solution pour garantir le fonctionnement effectif du marché européen de l'énergie », insiste-t-il, appelant la Commission à avoir une « position sans équivoque » à ce sujet au lieu de mentionner cette possibilité comme une simple option parmi d'autres. « Si elle cède aux pressions de la France et de l'Allemagne qui cherchent à défendre leurs oligopoles, la Commission risque d'interdire l'entrée de nouvelles entreprises sur le marché européen et de permettre à ces géants de l'énergie d'étouffer toute innovation et, enfin, elle fera des consommateurs européens les réels perdants », conclut-il. (eh)