Bruxelles, 07/11/2006 (Agence Europe) - Dans son rapport de progrès sur la Turquie de ce mercredi, la Commission européenne devrait finalement s'abstenir de recommander aux Etats membres la suspension partielle des négociations d'adhésion en raison du refus du gouvernement turc d'appliquer le protocole sur l'extension de l'Union douanière à Chypre. En agissant de la sorte, la Commission entend accorder aux autorités turques un temps supplémentaire de cinq semaines - jusqu'au Conseil européen des 14/15 décembre - pour se conformer à leurs obligations et ouvrir les ports et aéroports aux navires et avions chypriotes. La prudence de la Commission s'explique aussi par le fait qu'elle ne veut pas compromettre les efforts de la Présidence finlandaise qui poursuit actuellement ses consultations visant à la fois à résoudre le problème du protocole d'Ankara et à mettre fin à l'isolement économique et commercial de la partie turque de Chypre.
Le rapport de ce mercredi - qui sera très critique sur le ralentissement général des réformes au cours de l'année dernière ainsi que sur le manque de liberté d'expression - devrait contenir une sérieuse mise en garde à l'adresse d'Ankara: le refus persistant du pays de mettre en œuvre le protocole d'Ankara ne restera pas sans conséquences sur la suite des négociations d'adhésion. Il reviendra ensuite aux chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union d'évaluer la situation à la mi-décembre et de décider des éventuelles mesures à prendre. La Turquie et la question chypriote s'ajouteront donc inévitablement à l'ordre du jour du Conseil européen de décembre que la Présidence finlandaise vient de publier (voir autre nouvelle ci-dessous).
La décision de la Commission de reporter ses recommandations jusqu'en décembre permettra aussi à la Turquie de faire des progrès de dernière minute dans ses réformes internes, notamment en ce qui concerne la modification de l'article 301 du code pénal qui, dans sa forme actuelle, restreint la liberté d'expression. Le week-end dernier, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan s'était dit « ouvert » à un amendement de l'article concerné, mais la Commission avait souligné lundi qu'elle souhaitait que ces déclarations soient suivies d'« actions concrètes » (voir EUROPE n°9300). (hb)