Bruxelles, 07/11/2006 (Agence Europe) -Viviane Reding, Commissaire responsable de la société de l'information et des médias, est agacée: les frais d'itinérance internationale (« roaming ») restent bien trop élevés malgré ses coups de semonce et le consommateur, premier lésé, attend une action ferme de la part de l'Union européenne. Dans un communiqué ironiquement intitulé « Je ferais mieux de l'éteindre ! », la Commission européenne publie aujourd'hui les résultats d'une étude Eurobaromètre qui a sondé les citoyens européens sur cette question. La grande majorité juge les frais de roaming sur les réseaux de téléphonie mobile très élevés, ce que confirme l'évolution récente des prix attentivement et régulièrement étudiés par la Commission, et estime que celle-ci devrait intervenir pour garantir que les prix des appels passés et reçus sur un téléphone portable, lors de déplacements dans l'Union, ne soient pas beaucoup plus élevés que les tarifs nationaux. Aujourd'hui encore, un Irlandais appelant depuis Malte paie 13,16 euros pour 4 minutes d'appel, un tarif d'autant plus excessif qu'il a encore augmenté depuis mars (8,76 euros), s'est insurgée Mme Reding. Il s'agit là d'un plafond mais de nombreux autres exemples montrent une tendance générale vers des prix anormalement élevés. Un Allemand appelant depuis la France paie toujours 6,12 euros pour quatre minutes d'appel et un Britannique depuis l'Italie jusqu'à 8,91 euros. Ignorant les remarques des opérateurs, estimant que le marché va s'autoréguler dans un avenir proche et qu'une intervention de l'UE freinerait son évolution et la concurrence, la Commissaire estime au contraire qu' « une diminution des prix de l'itinérance relève non seulement de la responsabilité politique de la Commission européenne mais peut également constituer un modèle commercial intéressant ».
D'après les résultats de l'enquête Eurobaromètre, menée au mois de septembre auprès de 24.565 personnes dans tous les Etats membres, les téléphones portables sont devenus indispensables pour le citoyen européen: 79% des personnes interrogées en possèdent un, pourcentage qui monte jusqu'à 90% dans certains Etats membres et même 96% si l'on sonde les plus jeunes. Alors qu'un grand nombre de personnes interrogées (44%) déclarent s'être déplacées dans un autre Etat membre au cours des derniers mois, une nette majorité des utilisateurs déclarent réduire nettement l'utilisation de leur téléphone portable lorsqu'ils franchissent les frontières nationales. Ce comportement est particulièrement élevé parmi les jeunes utilisateurs (68% des 15-24 ans) qui, pour la grande majorité (81%), citent comme facteur principal de dissuasion le coût élevé des communications. C'est en particulier le cas pour les utilisateurs interrogés en Espagne (82%), à Malte (85%), en Autriche (87%), en Allemagne (87%), en Slovaquie (88%), en Hongrie (89%), en Lituanie (89%), au Portugal (90%), en République tchèque (90%), en Slovénie (94%) et en Pologne (94%). Une petite proportion (15%) déclare même carrément ne pas emporter le portable en vacances ou le garder éteint alors que 21% des utilisateurs disent ne l'utiliser que pour envoyer des messages textuels (« SMS »). Et pourtant, 59% se réjouiraient de l'utiliser davantage si les tarifs étaient plus bas, une opinion très répandue en Finlande (60%), en France (61%), au Danemark (63%), au Royaume-Uni (64%), en Belgique (66%), à Chypre (67%), en Pologne (72%), en Lettonie (73%), en Grèce (74%), au Luxembourg (75%) et à Malte (78%). Des résultats d'autant plus interpellants que près de la moitié des utilisateurs déclarent ne pas avoir une idée très claire de ce qu'ils paient pour passer ou recevoir des appels lorsqu'ils sont à l'étranger, une opinion partagée plus particulièrement par les Espagnols, les Chypriotes, les Portugais et les Grecs. La transparence des prix est le cheval de bataille de la Commission qui s'applique depuis octobre 2005 à réviser tous les six mois son tableau sur les frais d'itinérance internationale. Elle vient de publier, parallèlement aux résultats de l'enquête Eurobaromètre, une version actualisée des prix de mars 2006 (http: //ec.europa.eu/information_society/activities/roaming/index_fr.htm). Face à la menace d'une intervention communautaire, la Commission remarque que certains opérateurs de téléphonie mobile commencent à offrir des formules d'itinérance à des catégories de consommateurs spécifiques. Cependant, pour la grande majorité des consommateurs s'acquittant de tarifs traditionnels, aucun progrès réel n'est enregistré, les prix de l'itinérance restant en moyenne quatre fois supérieurs aux prix des appels mobiles nationaux.
La Commissaire Reding espère vivement que 2007 marquera un tournant pour les prix de roaming grâce à l'adoption d'un règlement qu'elle a présenté le 12 juillet dernier. La proposition est actuellement entre les mains du Conseil des ministres, qui devrait rendre un avis le 11 décembre, lors du prochain Conseil « Télécommunications », et du Parlement européen. Deux rapporteurs planchent actuellement sur le texte d'un rapport qui devrait pouvoir être adopté au printemps par les deux commissions parlementaires concernées pour une adoption en plénière l'été prochain, si la procédure accélérée est adoptée. Qualifiant de « très constructives » les dernières discussions au Coreper, Viviane Reding estime que les Etats membres seront favorables à sa proposition et n'exclut pas des amendements plus sévères encore, comme une régulation des prix des SMS, ce qu'elle n'avait pas prévu au départ mais qui irait dans le sens des attentes des consommateurs. (il)