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Bulletin Quotidien Europe N° 9296
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Les contacts avec les opinions publiques peuvent réserver quelques surprises

Les contacts avec l'opinion publique, indispensables pour les hommes politiques et très utiles pour les fonctionnaires, sont essentiels pour les journalistes. Il m'arrive heureusement d'en avoir assez souvent, la dernière fois à la réunion organisée par l'Association «Réalités européennes du présent»¸ citée dans cette rubrique d'avant-hier à propos de l'intervention d'Eneko Landaburu (bulletin n° 9294). Pendant l'échange de vues avec le public, deux interventions m'ont frappé.

Rejet généralisé ? Un intervenant français a parlé d'un refus généralisé du Traité constitutionnel par les peuples européens. J'ai alors rappelé que ce traité, rejeté par deux Etats membres, a été approuvé par quinze pays et, à la fin de l'année, ces quinze pays seront devenus dix-huit. Sans contester les résultats des référendums en France et aux Pays-Bas, ainsi que la légitimité juridique et politique du blocage qui en résulte, il me semble excessif de parler d'un rejet européen global. La France est sans doute au centre de la construction européenne, mais elle n'est quand même pas la seule ; les opinions des autres méritent aussi un certain respect. Il est pourtant assez courant d'entendre parler en France d'un projet «rejeté par les peuples».

Les jeunes connaissent-ils l'Europe ? Deuxième épisode: un intervenant visiblement plus jeune que la moyenne des autres participants (et c'est heureux que des jeunes participent à des réunions de ce genre) s'est étonné des cérémonies annoncées pour le 50ème anniversaire du Traité de Rome, en demandant ce qu'il y avait à célébrer à propos d'un Traité qui n'avait qu'un but: instaurer en Europe le libéralisme économique radical. J'ai alors rappelé que, dès le début, les traités européens avaient des finalités essentiellement politiques (d'ailleurs clairement affichées par les «pères fondateurs»), à commencer par le premier, celui de la CECA. Mais je veux bien laisser de côté les déclarations de principe. Le communiqué préliminaire du 3 juin 1950 indiquait que ce Traité avait pour but de «mettre en commun la production de charbon et d'acier et instituer une Haute Autorité dont les décisions seraient contraignantes». Or, l'acier était à l'époque le nerf de la guerre: en confier la gestion à une Haute Autorité dotée de pouvoirs supranationaux, correspondait à ce que serait aujourd'hui un accord entre Palestine, Israël, Liban, Syrie, Irak et Iran donnant naissance à une Communauté chapeautée par une Haute Autorité, composée de citoyens de ces pays et dotée de pouvoirs supranationaux pour gérer les secteurs nucléaire et chimique. Ensuite, tout en généralisant le système institutionnel communautaire, le Traité de Rome introduisait des dispositions économiques visant à relancer la croissance et en même temps le principe de solidarité en faveur des pays moins favorisés.

Le résultat politique est là: depuis, la réconciliation entre les pays qui avaient à peine fini de se déchirer dans le conflit le plus horrible de l'histoire est devenue définitive et il n'y a plus eu de guerre en Europe (sinon entre pays qui ne participaient pas à l'entreprise commune). Compte tenu de mon âge, j'en serais statistiquement à ma troisième guerre européenne. Même en se limitant à ces quelques constatations, comment peut-on affirmer que l'année prochaine il n'y aura rien à commémorer ?

L'anecdote que je viens de raconter est peut-être insignifiante, mais elle indique à quel point les jeunes générations ignorent tout de la construction européenne et de sa signification. Ce sont les ravages de l'ignorance, et parfois de la mauvaise foi de ceux qui auraient dû témoigner de la vérité. N'ayons pas de remords à célébrer au printemps prochain le 50ème anniversaire du Traité de Rome.

Le Traité constitutionnel et l'énergie. En rappelant tout récemment l'impossibilité actuelle de définir et de mettre en œuvre une politique énergétique européenne, j'avais observé que la base juridique nécessaire aurait été fournie par le traité constitutionnel, s'il était en vigueur. « Par quels moyens et dans quelles limites », ont demandé certains lecteurs. Eh bien, l'article 256 de la troisième partie du projet est on ne peut plus clair. Il parle explicitement d'une «politique de l'Union dans le domaine de l'énergie» et il en cite les trois objectifs essentiels: fonctionnement du marché, sécurité de l'approvisionnement et efficacité énergétique (par les économies d'énergie et le développement d'énergies nouvelles et renouvelables). Au-delà des objectifs généraux, l'essentiel réside dans les instruments. Actuellement, les décisions dans le domaine de l'énergie sont prises à l'unanimité et le Parlement européen ne peut que rendre un avis. Le projet constitutionnel prévoit que les décisions sont prises à la majorité qualifiée, en codécision avec le PE (sauf pour les mesures de nature fiscale), tout en reconnaissant aux Etats membres le choix entre les sources énergétiques (il ne revient pas à l'UE d'imposer ou interdire l'énergie nucléaire). Globalement, ce serait une révolution.

(F.R.)

 

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