Bruxelles, 12/10/2006 (Agence Europe) - Sept mois, c'est le temps qu'il aura fallu au secrétariat général du Conseil et aux services de la Commission européenne pour élaborer un projet de concept européen de renforcement des capacités africaines de prévention et de gestion des crises. En juillet dernier, ce projet a été soumis par la Présidence finlandaise à l'avis des représentants des Etats membres et en septembre, il a fait l'objet de discussions au sein du Comité politique et de sécurité, pour arriver à la conclusion qu'il doit servir de base à la consultation de l'Union africaine (UA), des organisations sous-régionales et d'autres acteurs de terrain en Afrique. La longue gestation de ce document est d'autant plus surprenante qu'il se contente de proposer une démarche de mise en cohérence, de coordination et, sur une base volontaire, de mise en commun des actions mises en œuvre par les Etats membres pour soutenir les capacités africaines. Mais, il se heurte au désintérêt de certains Etats membres qui n'ont pas de relations traditionnelles avec l'Afrique et aux soucis financiers de l'Allemagne qui craint un dérapage des budgets de la PESC et de la PESD.
Construit à partir d'une suggestion de la France qui proposait de mettre dans la corbeille européenne son programme de renforcement des capacités RECAMP (renforcement des capacités africaines de maintien de la paix), qui associe l'Union africaine et s'adresse aux pays africains à l'échelon sous-régional en leur proposant un cycle de formation et d'entraînement sur le terrain (le cycle actuel qui concerne l'Afrique centrale associe déjà l'UE et plusieurs de ses Etats membres), le projet de doter l'UE d'un instrument cohérent a rapidement rencontré le soutien de la Belgique, du Royaume-Uni et du Portugal, trois pays qui contribuent déjà à la formation des militaires africains. Le concept qui a été développé à partir de cette première ébauche a aussi reçu un écho favorable de la part de la Suède, du Luxembourg, de l'Espagne ou encore des Pays-Bas et de l'Italie, qui se rendent bien compte qu'il est préférable de contribuer à la formation de mécanismes africains de prévention et de gestion des crises plutôt que d'être obligés de projeter des forces d'interposition depuis l'Europe. Les pays baltes et la plupart des pays d'Europe centrale se sentent en revanche moins concernés par la sécurité en Afrique. L'Allemagne mais aussi, dans une moindre mesure, l'Autriche freinent ce projet d'abord parce qu'elles s'opposent par principe à toute augmentation des dépenses, mais aussi parce qu'elles rechignent à voir l'Union s'investir davantage en Afrique, surtout sur un modèle français auquel on prête trop facilement une inspiration néocoloniale. Cette suspicion, qui avait déjà retardé la participation allemande à l'opération en cours en République démocratique du Congo, n'a pas plus de fondement ici. Pour s'en convaincre, il suffit de lire un projet de concept qui traduit clairement la volonté de répondre aux besoins des Africains. C'est aussi le sens de la consultation qui vient d'être lancée.
Le projet de concept européen de renforcement des capacités africaines pour la prévention, la gestion et le règlement des conflits s'inscrit clairement dans le partenariat entre l'UE et l'Union africaine voulu par la Stratégie pour l'Afrique adoptée en décembre 2005 pour la période 2006-2015. Il s'agit, comme c'est déjà le cas au Darfour, d'aider l'UA à assumer ses responsabilités et dans cette optique à structurer et consolider ses propres outils de prévention et de gestion des crises. Il ne s'agit pas de créer un nouvel organe au sein de l'UE mais de coordonner ce qui existe à l'échelle de l'Union avec les actions bilatérales mises en œuvre par les Etats membres. L'UE devrait: - développer une approche cohérente pour contribuer à la formation des capacités africaines au moyen d'une « réponse unifiée » ; - continuer à financer les structures de l'UA ; - encourager et soutenir les efforts d'harmonisation, en particulier pour réduire les chevauchements de responsabilités des organisations sous-régionales dans les domaines de la paix et de la sécurité. Les autres objectifs définis par le projet de concept couvrent (1) l'amélioration des capacités de médiation de l'UA et des organisations sous-régionales, (2) le soutien à l'établissement d'un système d'alerte rapide, efficace à l'échelle continentale, (3) le soutien au développement des capacités de planification et de conduite des opérations (quartiers généraux d'opération, procédures, entraînement, etc.), (4) le soutien à la constitution des cinq brigades africaines qui devraient à terme être rapidement déployables, (5) le développement par l'UA et les organisations sous-régionales de leurs propres politiques de reconstruction et de développement post-conflit, (6) la promotion d'un dialogue efficace entre l'UA et les organisations sous-régionales. Pour développer la coordination et la cohérence de l'action européenne, le projet de concept suggère la création d'une petite structure au sein du secrétariat du Conseil. Compte tenu de la nature multidimensionnelle de l'action qui est envisagée et des limites strictes dans lesquelles il est possible de faire appel aux budgets respectifs de la PESC et de la PESD, des modalités de financement faisant appel aux contributions des Etats membres devront être définies. L'intensification du dialogue entre l'UE, l'UA et les organisations nécessitera notamment un renforcement de la représentation de l'UE à Addis Abeba et aux différents sièges des organisations sous-régionales. Le soutien à la formation pourrait mobiliser la participation du Collège de défense de l'UE, du Collège européen de police, de l'Institut d'Etudes de sécurité de l'UE et, sur une base volontaire, des contributions des Etats membres et des soutiens apportés aux écoles africaines et aux réseaux d'écoles. La France a proposé d'ouvrir ses dépôts d'armement à Dakar, Libreville et Djibouti à ses partenaires pour contribuer à stocker des matériels qui pourraient être mis à disposition de l'UA et des organisations sous-régionales. Le cycle de formation et d'entraînement RECAMP pourrait être placé sous le contrôle politique et la direction stratégique de l'UE avec d'autres activités apportées, toujours sur une base volontaire, par d'autres Etats membres.
Outre la consultation des partenaires africains, beaucoup de travail reste à faire pour développer concrètement cet outil et trouver les bonnes formules de financement des différentes actions. Le chemin est encore long, mais les plus optimistes espèrent malgré tout que le Conseil des ministres parviendra encore à adopter des conclusions en novembre sur la nécessité de poursuivre et, peut-être, d'accélérer ce travail. (Source: notre bulletin Nouvelles Atlantiques)