Bruxelles, 12/10/2006 (Agence Europe) - En adoptant jeudi une nouvelle communication sur la viabilité à long terme des finances publiques, la Commission poursuit son analyse sur l'impact du vieillissement de la population entamée en février dernier et appelle aux réformes (EUROPE n° 9130). Sur base d'un rapport détaillant les risques pays par pays, elle évalue le défi budgétaire qui se dresse à l'horizon 2050 et préconise d'agir conjointement sur trois fronts: celui de la consolidation budgétaire, surtout de la dette, celui des taux d'emploi et de la productivité et celui de la réforme des systèmes de retraites et de santé.
Dans son étude, la Commission a cherché à quantifier l'ampleur du défi budgétaire, à partir des positions budgétaires actuelles (fin 2005) et en fonction de l'évolution des coûts du vieillissement. Pour chaque Etat membre, qu'elle classe en trois groupes de risques, elle a en effet calculé l'écart de viabilité entre la position actuelle des finances publiques et ce que devrait être une position viable à l'horizon 2050. A politique inchangée, cet écart serait de 3,5% du PIB en moyenne pour l'UE et la zone euro, et le ratio moyen de la dette par rapport au PIB exploserait d'ici 2050, pour atteindre près de 200% pour l'UE (contre 63% actuellement). Avec un déficit structurel d'environ 2% dans l'UE en 2005, il faudrait donc corriger le déficit pour dégager un excédent de 1,5% si l'on souhaite combler cet écart. L'importance des risques et leur origine varient très fortement entre Etats membres, y compris au sein de chaque catégorie, mais globalement le risque est plus important pour les États membres qui affichent des déséquilibres budgétaires élevés et qui prévoient des augmentations significatives des dépenses liées à l'âge.
Cumulant ces deux aspects, souvent dans des proportions importantes, la République tchèque, la Grèce, Chypre, la Hongrie, le Portugal et la Slovénie appartiennent à la catégorie présentant des risques élevés. Les cinq premiers enregistrent des déficits élevés, la Grèce devant aussi faire face à une dette considérable, note la communication, alors que la Slovénie est surtout confrontée à la hausse des dépenses de retraite à long terme. Les pays classés en risque moyen se distinguent entre ceux dans lesquels les coûts du vieillissement sont significatifs (Estonie, Irlande, Luxembourg) et ceux qui doivent assainir leurs finances publiques à des degrés divers, mais pour qui les coûts du vieillissement sont moins préoccupants du fait de réformes antérieures (Slovaquie, Allemagne, France, Royaume-Uni, Malte et Italie, dont la dette reste très élevée). La Belgique se situe entre les deux sous-groupes, avec d'une part un solde budgétaire confortable mais une dette toujours importante et d'autre part une augmentation plus rapide que la moyenne communautaire des dépenses liées au vieillissement. Enfin, les pays à faible risque sont généralement ceux qui ont pris le plus de mesures pour tenir compte du vieillissement, parfois par la réforme des retraites, et qui présentent dès lors des positions budgétaires solides. Il s'agit du Danemark de l'Estonie, de la Lettonie, de la Lituanie, des Pays-Bas, de l'Autriche, de la Pologne, de la Finlande et de la Suède. Cela ne signifie pas qu'il n'existe aucun risque, précise néanmoins la Commission, pour qui le Danemark, les Pays-Bas et la Finlande devront peut être envisager des réformes pour faire face aux coûts liés aux retraites, même si l'ajustement nécessaire sera moindre que dans les pays classés à risque.
« Des progrès ont été réalisés, mais de toute évidence, ils ne sont pas suffisants, et la période propice durant laquelle la population en âge de travailler et les niveaux d'emploi continuent de progresser se terminera rapidement », a ainsi déclaré jeudi Joaquín Almunia. De même, si le vieillissement démographique aura des conséquences positives sur les dépenses liées au chômage et à l'éducation, les économies resteront modérées. La pression du vieillissement démographique sur les finances publiques peut cependant être atténuée si les Etats membres parviennent à atteindre d'ici 2010 leur objectif à moyen terme (MTO), à savoir des budgets au moins en l'équilibre. La hausse du ratio de dette serait ainsi contenue autour de 80% du PIB et celle du ratio de déficit à environ 1,5% dans l'UE comme dans la zone euro. Si ce scénario plaide pour un assainissement budgétaire à moyen terme, le résultat n'est que partiel et il faut aussi maîtriser les dépenses liées au vieillissement pour « désamorcer la bombe à retardement des retraites », a expliqué le Commissaire aux affaires économiques et monétaires.
D'une manière générale, les États membres doivent en premier lieu et avec une urgence variable, selon leur situation actuelle, atteindre et conserver des positions budgétaires saines et réduire leur dette publique. Ils doivent ensuite relever les taux d'emploi, en particulier pour les femmes et les travailleurs plus âgés, et accroître la productivité de la main-d'œuvre, pour améliorer le taux de croissance potentiel et les conditions de vie futures. Les gouvernements doivent enfin réformer les systèmes de retraites, de soins de santé et de prise en charge de la dépendance. Les réformes des retraites doivent nécessairement s'accompagner d'un allongement de la période de vie active, ajoute la Commission. Le rapport complet est disponible sur: http: //ec.europa.eu/economy_finance/publications/european_economy/2006/eespecialreport0106_en.htm. (ab)