*** MICHAEL KUHN, RONALD G. SULTANA (sous la dir. de): Homo Sapiens Europæus ? Creating the European Learning Citizen. Peter Lang Publishing (29 Broadway, NY 10006 New York. Internet: http://www.peterlangusa.com ). 2006, 298 p.. ISBN 0-8204-7600-5.
Ce livre a vu le jour dans le cadre du réseau thématique "Towards the European Society: challenges for education and training policies and research arising from the European integration and enlargement" (EURONE&T), mis sur pied dans le cadre du 5e Programme-cadre de R&D. Plaçant le "citoyen apprenant" (learning citizen) au centre de son travail et s'attachant à étudier l'apprentissage en Europe de manière large, ce réseau ne se limite pas à l'éducation et à la formation, dépasse le point de vue strictement européen et va au-delà des approches strictement économiques et institutionnelles. L'objet de cette étude est de saisir vers quel "citoyen apprenant" et quelle "société de l'apprentissage" (learning society) l'Union européenne tend au travers de son concept de l'apprentissage tout au long de la vie. Un concept, est-il d'emblée rappelé, qui n'est pas neuf: il avait sa place dans de nombreux pays européens depuis le XVIIIème siècle, sans parler du fait "qu'il a une longue histoire ancrée dans la conception du monde de nombreuses civilisations et traditions culturelles, dont celles qui ont émergé en Chine, Inde, Grèce classique, Arabie médiévale et dans l'Europe de la Renaissance", pour reprendre les mots de Lê Thành Khôi cités par Khun et Sultana. Pourquoi donc un livre sur le sujet ? Parce que la notion d'éducation continue, du berceau à la tombe, fait un retour en force dans le discours politique. Retour auquel la Commission européenne n'est pas étrangère: puisant dans les discours éducationnels nationaux, les combinant et les filtrant avant de les réinjecter au niveau national, elle œuvre à une certaine harmonisation européenne de la notion d'éducation continue. Cette dernière constitue, en effet, un concept clé de la Stratégie de Lisbonne.
Les contributions de ce volume - écrites principalement par des Européens, mais aussi par des chercheurs basés au Canada, en Australie et en Nouvelle-Zélande - abordent la question en suivant cinq axes: la production du discours contemporain sur l'éducation continue (fortement influencé par le "Life Long Learning Memorandum" publié par la Commission), son contexte idéologique, la perception du "citoyen apprenant" et de la "société de l'apprentissage", la construction du "citoyen" et les rapports entre l'Union, la société de l'apprentissage et les pays membres. Par exemple, Palle Rasmussen montre en quoi l'éducation continue diffère sous sa forme actuelle de ce qu'elle était auparavant au Danemark, un pays souvent montré comme modèle sur le plan social (notamment pour sa "flexisécurité") et où l'éducation continue est bien implantée depuis le début du XXème siècle, les écoles pour adultes y jouissant d'un grand succès. L'auteur note que si l'éducation continue était surtout envisagée auparavant comme un facteur d'épanouissement de l'individu en tant que citoyen et, partant, de la société dans son ensemble, elle est dorénavant davantage perçue au travers de sa fonction utilitaire de formation professionnelle. C'est que si l'éducation continue est presque devenue, de nos jours, une obligation morale, elle s'inscrit aussi dans un contexte idéologique plutôt néolibéral, même si la Commission a saupoudré son discours des notions d'épanouissement personnel, de citoyenneté active et d'inclusion sociale suite aux réactions enregistrées pendant la consultation. Différentes contributions suggèrent que ce "gospel éducationnel" instille un optimisme peut-être infondé dans la capacité de l'éducation continue à résoudre nombre de problèmes. Cité par les auteurs, Livingstone constatait, en effet, que s'il y a eu, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, une croissance exponentielle de l'apprentissage informel lié au travail et du nombre de personnes ayant suivi un enseignement supérieur, la part d'emplois impliquant de manière prédominante un "travail de connaissance" n'a augmenté que de manière marginale. Ce qui lui a fait dire que "nous vivons déjà dans une société de la connaissance, tant en termes d'éducation formelle et informelle, mais pas encore dans une économie du savoir".
Serions-nous donc en train de placer la charrue avant les bœufs ? Et puis, tout compte fait, veut-on et va-t-on vers une société dont les individus ont conscience de la place qu'ils y occupent et peuvent œuvrer à son épanouissement et au leur en connaissance de cause - une Europe des citoyens - ou nous dirigeons-nous plutôt vers une société où l'apprentissage a pour vocation centrale de produire des individus moulés exclusivement pour remplir le rôle que l'économie leur assigne - une Europe des bœufs ? Telle est, en conclusion, la question de fond qui sert de fil conducteur à cet ouvrage.
Frederik Ronse
*** MICHAEL KUHN, MASSIMO TOMASSINI, P. ROBERT-JAN SIMONS (sous la dir. de): Towards a knowledge based economy ? Knowledge and Learning in European Educational Research. Peter Lang Publishing (voir coordonnées supra). 2006, 246 p.. ISBN 0-8204-7470-3.
La lecture de cet ouvrage constitue un bon complément à "Homo Sapiens Europæus ?" (voir supra). Les auteurs se penchent sur les fondements de l'orientation "machines en avant toutes" de l'Union européenne vers une société et une économie de la connaissance. Mais tout d'abord, qu'est-ce qu'une économie de la connaissance ? Michael Kuhn note d'emblée, avec une bonne dose de malice, que la Commission elle-même ne semble pas être très sûre de détenir la réponse, alors que toutes les recherches en science sociale du 6e Programme-cadre de R&D (qui portent sur presque tous les points clés des politiques communautaires) sont orientées vers la "société de la connaissance". Ainsi, le directeur du Forum pour la recherche régionale européenne à l'Université de Brême écrit: "Comme si la Commission voulait prouver l'absence complète de connaissances sur le modèle de société qui guide ses politiques, les programmes de recherche mentionnent également comprendre le savoir et des politiques basées sur le savoir pour la société basée sur le savoir comme sujets de recherche sur lesquels il n'y a pas de connaissances et qui requièrent donc une recherche complémentaire". L'ouvrage s'attache donc à dégager dans un premier temps les concepts de savoir, d'apprentissage et de subjectivité (la façon dont le "learning citizen" est appréhendée) tels qu'ils sont présents dans les programmes de recherche de l'Union sur l'éducation. La deuxième partie se penche plus précisément sur l'apprentissage dans un contexte professionnel, une dernière partie s'intéressant à la façon dont les technologies de l'information et de la communication sont abordées dans la recherche sur l'éducation. Certaines contributions penchent en faveur de la "société de la connaissance", tandis que d'autres sont sceptiques. Mais toutes dénoncent le réductionnisme économique excessif du modèle tel qu'il est actuellement présenté par l'Union. (FRo)
*** CHRTISTIAN S. NISSEN (sous la dir. de): Faire la différence. La radiodiffusion de service public dans le paysage audiovisuel européen. John Libbey Publishing (Box 276, Eastleigh SO50 5YS, UK. Courriel: info@bookreps.com - Internet: http://www.johnlibbey.com ). 2006, 238 p.. ISBN 0-86196-687-2.
Pour l'ancien Président tchèque Václav Havel qui signe la préface de ce précieux ouvrage, les radiodiffuseurs de service public sont "des institutions sociétales essentielles pour la culture et la démocratie". Et cette évidence ne fait même que "se renforcer avec l'intégration européenne, l'émergence d'un immense marché international des médias et les nouvelles possibilités offertes par la technologie numérique". Le jugement de cette figure de proue morale et intellectuelle du monde contemporain ne peut qu'interpeller. Pour autant, le monde, précisément, a bien changé et, à l'heure où les stations de radio et les chaînes de télévision privées se comptent par milliers, il est tout aussi naturel, aujourd'hui, de remettre en cause la présence d'organismes publics dans le secteur des médias qu'il était logique d'accepter l'existence et la fonction des radiodiffuseurs de service public à l'époque des monopoles d'Etat. Ce constat du coordinateur de l'ouvrage débouche sur de multiples questions. Les radiodiffuseurs publics ont-ils encore une raison d'être ? Quelles sont leurs obligations culturelles, leur rôle politique et leur mission dans le contexte de dualité qui caractérise le marché européen des médias ? Quels changements les nouveaux médias, Internet et les technologies numériques apporteront-ils avec eux et quelle sera leur incidence sur les marchés des médias ? Quel est le rôle du gouvernement et du parlement vis-à-vis des radiodiffuseurs publics et quelles sont les répercussions des règles communautaires sur le secteur des médias ? Les médias publics se différencient-ils vraiment ou sont-ils, dans ce paysage médiatique nouveau et méconnu qu'est l'Europe moderne, des dinosaures menacés
d'extinction ? C'est à ces questions que les contributions réunies dans cet ouvrage à l'initiative de l'Union européenne de Radio-Télévision apportent de très éclairantes réponses, d'autant plus crédibles qu'elles reflètent une instruction à charge et à décharge. A souligner, tout particulièrement, la contribution qui voit deux experts analyser la dimension européenne "d'Amsterdam à Altmark" pour ce qui concerne le financement du service public, débouchant sur cette conclusion acérée du Français Dominique Wolton: "L'économie de l'audiovisuel illustre cette contradiction constante de l'Europe: être à la fois un projet politique qui souhaite dépasser la logique économique et un immense marché qui s'inscrit dans la dérégulation mondiale". (MT)
*** RENE ANDRE: Budget de l'Union européenne pour 2007: une nouvelle impulsion ? Délégation pour l'Union européenne de l'Assemblée nationale (Boutique de l'Assemblée nationale, 4 rue Aristide Briand, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 40636121 - Internet: http://www.assemblee-nationale.fr ). Collection "Rapport d'information", n° 3240. 2006, 81 p, 3,5 €. ISBN 2-11-121386-1.
Les chefs d'Etat et de gouvernement se sont enfin accordés, en décembre dernier, sur les perspectives financières 2007-2013, fixant ainsi le cadre budgétaire de l'Union pour les sept prochaines années. L'avant-projet de budget pour 2007 est la première étape de l'application de ce nouveau cadre budgétaire. Mais l'année 2007 devrait aussi être celle du lancement d'une série d'actions pluriannuelles de l'Union et, sauf accident de moins en moins probable, de l'intégration de la Roumanie et de la Bulgarie, toutes choses qui font dire à certains que le budget communautaire devra fournir les moyens de cette double impulsion. D'autres, par contre, mettent plutôt en avant le fait que ce budget devra aussi tenir compte des actions déjà en cours, mais aussi et surtout de la rigueur budgétaire qui a largement dicté le résultat de l'accord sur les perspectives financières. En clair, les ingrédients d'une nouvelle belle bataille budgétaire sont réunis. Ce Rapport d'information est utile en ce qu'il analyse et commente les propositions de la Commission. Le député français René André examine d'abord la nouvelle structure et les nouveaux instruments de ce projet de budget, ainsi que l'encadrement rigoureux auquel sont soumises les dépenses, avant d'émettre quelques idées quant à une éventuelle réforme d'ensemble du système budgétaire communautaire. Dans la deuxième partie, il s'attache à comprendre comment l'intégration de la Roumanie et de la Bulgarie sera prise en compte, et quelle sera la place réservée à la Stratégie de Lisbonne dans ce budget. (NDu)
*** JORG RAHN: Equilibrium Exchange Rates of Central and Eastern European Countries on the Road to the European Monetary Union. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.de ). Collection "European University Studies - Europäische Hochschulschriften - Publications Universitaires Européennes", n° 3161. 2005, 199 p.. ISBN 3-631-54243-7.
Voici deux ans, l'Union a accueilli en son sein dix nouveaux pays, pour la plupart de l'Est et du centre de l'Europe. Depuis, ces pays poursuivent un processus d'adaptation pour s'intégrer au mieux dans la structure européenne. Cet ouvrage s'attache à analyser le versant économique de cette intégration et, plus précisément, la participation de ces pays à l'Union monétaire européenne. Chaque pays doit ainsi participer au Mécanisme de change européen (MCE II) pendant au moins deux ans avant de pouvoir rejoindre l'Union monétaire, ce critère s'étant déjà appliqué aux membres actuels de la zone euro. Entrer dans ce Mécanisme implique la fixation d'un taux de référence qui peut avoir de profondes implications économiques: si le taux est trop haut, les exportations du pays souffrent d'un manque de compétitivité ; s'il est trop bas, il laisse le pays vulnérable, entre autres à des attaques spéculatives ; c'est pourquoi un taux de change équilibré est requis. Jörg Rahn propose trois méthodes pour calculer les taux de change en équilibre: la comportementale, la méthode permanente et une version ajustée du modèle de pouvoir d'achat à parité. L'auteur analyse ensuite les taux de change dans les pays d'Europe centrale et de l'Est en prêtant attention aux régimes choisis, présente divers outils algébriques pour déterminer les taux de change réels et fournit des données empiriques quant à leur application dans les pays émergents. Un ouvrage qui ne s'adresse qu'à un public averti mais qui ravira les spécialistes. (NDu)
*** Legal aspects of the European System of Central Banks. Liber Amicorum Paolo Zamboni Garavelli. European Central Bank (29 Kaiserstrasse, Postfach 160319, 60066 Frankfurt am Main. Tél.: (49-69) 13440 - fax: 13446000 - Internet: http://www.ecb.int ). 2005, 414 p.. ISBN 92-9181-701-5.
Cet ouvrage collectif a été élaboré en hommage à feu Paolo Zamboni Garavelli, membre puis "patron" du Département juridique de la Banque centrale européenne après avoir longuement servi la Banque d'Italie. Ses collègues et amis y explorent à titre personnel, sans engager la responsabilité du Département juridique dont ils sont ou ont été membres, différents aspects juridiques propres ou liés au Système européen de Banques centrales. La première partie de l'ouvrage est ainsi consacrée à la relation entre ce Système et l'Union, des contributions étant notamment consacrées aux évolutions (qui auraient dû être) introduites par la Constitution et à la manière dont la Banque centrale européenne est appelée à se mouvoir dans une Union élargie. Les autres parties du livre portent sur l'Eurosystème (notamment sous l'angle de sa légitimité démocratique et de la supervision bancaire), sur les droits monétaire (avec, par exemple, le statut légal de l'euro) et financier (avec, entre autres, les retombées pour le marché des capitaux de la directive sur l'épargne), ainsi que sur la question toujours particulièrement sensible de l'indépendance de la Banque centrale. (LD)