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Bulletin Quotidien Europe N° 9277
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) pe/euromed/agriculture

Appel de parlementaires et d'opérateurs euroméditerranéens à créer une « politique agricole commune » - Doutes sur les vertus du libre-échange agricole

Strasbourg, 02/10/2006 (Agence Europe) - La deuxième conférence euroméditerranéenne sur l'agriculture, réunie jeudi 28 et vendredi 29 septembre à Strasbourg, à l'initiative conjointe de l'Assemblée du Conseil de l'Europe et du Parlement européen, en collaboration avec FIPA (Fédération internationale des producteurs agricoles), a atteint son objectif qui est d'avoir « entamé une réflexion commune » sur l'avenir de l'agriculture méditerranéenne, selon Joseph Daul (PPE-DE, France). Le président de la commission agriculture du PE, chargé de tirer les conclusions des deux journées de débat, a souligné l'intérêt de l'engagement commun, pris par les parlementaires et associations professionnelles des deux côtés de la Méditerranée, de mener une « coordination des politiques agricoles » et de « renforcer la coopération entre opérateurs » européens et méditerranéens dans l'objectif de créer une « politique agricole commune » euro-méditerranéenne.

La Commissaire à l'agriculture, Mariann Fischer Boel, a rappelé, dans une déclaration à l'ouverture, le cadre (politique de voisinage) dans lequel évoluera désormais la coopération euroméditerranéenne et affirmé que l'agriculture peut constituer un puissant moteur d'intégration régionale. Elle a tracé un tableau exhaustif de l'approche adoptée par la Commission dans ses relations avec la Méditerranée (politiques commerciales, règles phytosanitaires, qualité des produits, développement rural, etc.) mais sans évoquer le détail des négociations en cours avec nombre de pays de la région pour une ouverture réciproque des marchés. Cet effort continuera, a-t-elle dit, à bénéficier du soutien européen comme ce fut le cas sous le régime MEDA, et comme envisagé dans le cadre du « nouvel instrument financier » de la politique de voisinage dont les appuis passeront, a-t-elle indiqué, par la conclusion de « plans d'action ».

Au cours des deux journées de débat, il a surtout été question des perspectives de libéralisation des échanges agricoles aussi bien mondiaux (OMC) que dans les rapports directs entre l'UE et les pays de la région. La perspective d'une zone de libre-échange à l'horizon 2010 suscite des doutes et des craintes, d'un côté comme de l'autre. Dans un document transmis à la conférence, FIPA estime que « la mise en place de la zone de libre-échange risque de mettre à nu les faiblesses des agricultures du sud du bassin et de les accentuer si le niveau de développement économique des pays partenaires ne s'aligne pas sur celui du nord ». Selon certains intervenants, l'ouverture des marchés sud-méditerranéens (surtout céréales) ne fera qu'affaiblir les producteurs locaux sans profiter à ceux de la Communauté mais bénéficiera plutôt aux grandes puissances agricoles (Etats-Unis, Canada, etc.).

Dans ses conclusions, la conférence appelle à valoriser les complémentarités et à corriger le système actuel d'échanges jugé « asymétrique » qui creusera encore plus le déséquilibre entre le nord et le sud. Il a été aussi fortement question de l'obstacle fort que constituent les mécanismes non tarifaires (phytosanitaire, qualité, etc.). « L'approche contingentaire et bilatérale (actuelle) ne répond pas aux exigences d'un vrai processus » comme celui promis dans le cadre du processus de Barcelone et elle « nourrit la confrontation entre producteurs » de part et d'autre. Une « peur face à la libéralisation » s'est installée, constate M. Daul dans ses conclusions finales.

A l'ouverte de la conférence, René Van der Linden, président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe s'est attelé à tracer le cadre général dans lequel doivent évoluer toutes les politiques en direction de la Méditerranée. Dans le domaine agricole, l'apport d'argent sera moins déterminant que l'échange d'expériences et de savoir-faire, a-t-il dit. A sa suite, Walter Schmid, responsable de la politique agricole au Conseil de l'Europe, a affirmé la méfiance que lui inspire le projet de libre-échange agricole. Guy Giva, président du Comité Méditerranée de FIPA (Fédération internationale des producteurs agricoles), a lui aussi affirmé ses craintes: « Si rien n'est fait, les disparités vont s'accroître".

Les professionnels des deux rives ont plus souligné le besoin d'un surcroît de soutiens et de concertation, notamment par l'aménagement des calendriers de production, par une plus forte spécialisation et des appuis à la commercialisation centrés sur la mise en valeur de « l'identité méditerranéenne » - collective - des produits plutôt que de se livrer à une concurrence dommageable pour tous. Un des trois ateliers réservés à la discussion a permis de dresser un état des lieux préoccupant de la situation autour de la Méditerranée, aussi bien sur la rive nord que sud. Les pratiques actuelles, comme en ont témoigné Bertrand Hervieu, secrétaire général du CIHEAM (Centre international des Hautes Etudes Agronomiques Méditerranéennes), Guy Giva et Gérard Onesta, vice-président du Parlement européen, sont destructrices d'environnement et, à terme, génératrices de déséquilibres en termes de développement, urbain, démographique et environnemental et nuisibles à la préservation des ressources en eau. C'est un des principaux défis, a affirmé M. Onesta. Plusieurs intervenants ont directement établi le lien entre l'avenir de l'agriculture et la gestion des flux migratoires, qu'ils soient internes (exode rural) ou externes, vers l'Europe. Il faut, résume simplement l'eurodéputé du Front national Jean-Claude Martinez, que « le fellah ne quitte pas le bled ». La conférence a cependant plaidé pour une relative mobilité de la main-d'œuvre pour apporter des « solutions concrètes » à l'immigration clandestine. Ces préoccupations ont été fortement soulignées dans les échanges de vues dans le cadre du deuxième atelier centré sur le thème de la gestion durable des ressources.

Le troisième et dernier atelier a été consacré à la « valorisation de l'identité méditerranéenne ». Les divers intervenants se sont attachés à montrer que la production agricole méditerranéenne a une spécificité insuffisamment prise en compte aussi bien à Bruxelles qu'à Genève. Cette production est « étroitement liée à la culture » et à l'histoire, selon Paolo Bedoni, président de l'organisation italienne, Coldiretti. Un signe de cette identité serait que la plupart des appellations contrôlées concernent (aux trois-quarts) des produits méditerranéens (vins, fromages, etc.).

La conférence s'est achevée, selon M. Daul, sur une « note d'optimisme » généré par la mise en œuvre depuis 2005 d'une « feuille de route pour l'agriculture » euroméditerranéenne. Mais il faudrait en « élargir la portée » pour sortir du « cercle étroit des négociations sur (des) concessions commerciales relatives à des produits spécifiques » et promouvoir une « approche globale de développement rural ». La création d'un Fonds méditerranéen est souhaitée. Le président de la Commission économique de l'APEM (Assemblée parlementaire EuroMed), le Jordanien Hashem Addabbas, a réclamé la création d'une banque agricole Euromed. L'accent a été par ailleurs mis sur l'amélioration du cadre d'accueil de l'investissement agricole.

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