Bruxelles, 02/10/2006 (Agence Europe) - Joignant le geste à la parole, le Président de la Commission européenne José Manuel Barroso et le Commissaire au Développement et à l'aide humanitaire, Louis Michel, se sont rendus le week-end dernier au Soudan pour exprimer au Président soudanais Omar el Bachir l'extrême inquiétude de l'UE face à l'aggravation de la crise humanitaire au Darfour, et tenter - en vain à ce stade - de convaincre les autorités soudanaises d'accepter le déploiement sur leur territoire de casques bleus de l'ONU pour empêcher une tragédie plus grande encore (EUROPE n° 9276). L'entretien de deux heures avec le Président soudanais, qui a eu lieu le 30 septembre au soir à Khartoum, a permis « un échange franc et ouvert », souligne Johannes Laitenberger, porte-parole de la Commission.
Le Président Barroso a beaucoup insisté sur le fait qu'il ne peut y avoir de solution militaire pour sortir du conflit et sur la nécessité que toutes les parties signent et mettent en œuvre l'accord de paix du Darfour, signé en mai dernier. « Le statu quo n'est pas durable. Notre but est de parvenir à la paix au Darfour. Et l'UE est engagée et se mobilise pour mettre un terme à cette tragédie humaine », a déclaré M. Barroso, cité par son porte-parole. Le président Bachir a, certes réitéré son refus absolu d'une force de l'ONU qui prendrait le relais de la mission de l'Union africaine, mais les deux parties se sont engagées à poursuivre les contacts diplomatiques et politiques afin de rechercher un accord qui puisse mener à la paix globale et améliorer la sécurité sur le terrain. Le 1er octobre, M. Barroso et le Commissaire Michel se sont rendus à El Fasher dans le Nord du Darfour pour remercier les troupes africaines « du travail remarquable » qu'elles accomplissent, et rencontrer la communauté humanitaire (Croix Rouge, Agences des Nations Unies, ONG, Programme alimentaire mondial) qui porte secours aux victimes de la guerre civile. Sur le terrain, les deux hommes ont pris la mesure de l'insécurité ambiante, problème majeur pour l'acheminement de l'aide humanitaire.
Louis Michel a annoncé la mobilisation d'une aide humanitaire supplémentaire de 40 millions d'euros, dont 26 millions d'aide alimentaire pour financer les opérations du PAM et éviter ainsi tout risque de rupture dans l'approvisionnement des populations en rations alimentaires de base (faute de financement, 350 000 personnes n'ont pu être nourries en août). Ces fonds seront prélevés sur le budget d'Echo, le service d'aide humanitaire de la Commission et porteront à 340 millions d'euros l'aide fournie depuis 2004 pour alléger la crise humanitaire au Darfour, exception faite du financement de la mission de l'Union africain au Soudan (AMIS).
La situation humanitaire au Darfour devait également être débattue par la Commission européenne et la Commission de l'Union africaine, au cours de leur troisième réunion de travail conjointe, le 2 octobre à Addis Abeba (EUROPE y reviendra).