Lyon, 25/09/2006 (Agence Europe) - Les frontières de l'Union européenne étaient le 22 septembre l'un des principaux thèmes des ateliers de l'Université d'été du Réseau européen des idées (EIN), think tank proche du groupe PPE/DE du Parlement européen. Constatant une certaine « fatigue de l'élargissement » au sein de la population, la table ronde consacrée aux limites géographiques de l'UE a abouti à la conclusion que tout élargissement futur doit être jugé à la lumière de son impact sur la cohésion interne de l'Union. La majorité des participants estiment que la question des limites géographiques de l'UE est indissociable du projet européen. La question religieuse n'a pas été évoquée. La table ronde propose par ailleurs de remplacer le terme « capacité d'absorption » de l'Union vis-à-vis d'un nouvel État membre par « capacité d'intégration ».
Jacques Toubon (PPE/DE, français) a appelé de ses vœux la mise en place d'une « stratégie sur l'élargissement »: si nous voulons que l'Europe soit une simple zone de libre-échange, alors les limites n'ont pas d'importance ; si, au contraire, nous optons pour une communauté politique, culturelle et sociale, alors la question du territoire de l'Europe est posée. « La réponse géographique n'est pas la bonne », a estimé l'élu de l'UMP, pour qui la question qui s'impose est la suivante: « Que voulons-nous partager, faire ensemble ? ». Une fois le projet européen clairement défini, il sera plus facile de savoir quels pays souhaitent y adhérer. Les citoyens ont senti « la contradiction » entre la mise en place d'un « mécanisme étatique en gestation » et un « élargissement hétérogène » laissant des perspectives ouvertes aux Balkans et à la Turquie, a noté M. Toubon. Sans évoquer aucun pays en particulier, M. Toubon suggère que l'on « propose d'autres formules » que l'adhésion aux pays avec qui l'UE veut des relations différentes de celles qu'elle a avec les pays tiers. Il cite le système de l'Espace économique européen (EEE), une « association élargie » comme forme d'EEE plus poussée mais excluant la libre circulation des personnes, une « intégration différenciée » consistant en un processus en étapes mais sans fixer dès le départ de point d'arrivée, et enfin « le partenariat privilégié », où on dit d'emblée qu'il n'y aura pas d'adhésion. Pour M. Toubon, l'UE doit décider de cesser « d'élargir ses limites tant qu'on n'a pas les moyens de les assumer ». À propos de la Turquie, il a parlé d'« une situation qui pollue tout le débat européen et l'image de l'Europe auprès des peuples ». Et d'ajouter: ayons « la sagesse, le courage et l'honnêteté de dire: passons à autre chose ! ».
« Le plus important, c'est la volonté politique », a indiqué Gunther Burghardt, ancien chef de la Délégation de l'UE à Washington. Selon lui, le fait de déterminer la nature des relations de l'UE avec la Russie et la Turquie apportera la réponse à la question des limites géographiques de l'Union. Il a rappelé qu'en juin 2006, le Conseil européen avait décidé de définir plus précisément le « quatrième critère de Copenhague », à savoir la capacité d'absorption (EUROPE n°9213). Manfred Scheich, de l'Institut autrichien de politique européenne de sécurité, a insisté sur « l'importance de la cohésion interne de l'Europe » et a mis en garde contre les « conséquences d'une plus grande hétérogénéité » de l'UE sur le projet européen. Ivan Hodac, secrétaire général des constructeurs automobiles européens, a délivré le message des grandes entreprises favorables à une « Europe aussi large que possible » englobant « la Turquie et l'Ukraine », avec un « grand marché » qui fonctionne et dispose d'un « cadre règlementaire permettant de rivaliser avec les pays émergents ». Karl Von Wogau (PPE/DE, allemand) s'est dit pleinement d'accord avec l'expression « capacité d'intégration » dans la mesure où la question fondamentale, c'est « la solidarité » entre les États membres. « Les électeurs ne croient plus que nous ne referons pas les mêmes erreurs », comme celle d'avoir donné au préalable une date à la Roumanie et à la Bulgarie, a averti la chrétienne-démocrate allemande Doris Pack. « Il faut juger les pays candidats sur leurs propres mérites », a-t-elle ajouté. La veille, Elmar Brok (PPE/DE, allemand) avait insisté sur les valeurs européennes: « La force de l'unité, ce n'est pas le nombre, elle vient de l'intérieur. Il faut que les citoyens aient le sentiment de la légitimité ».
Dans ses conclusions, la table ronde marque son accord pour remplacer le terme « capacité d'absorption » par « capacité d'intégration » afin d'éviter toute mauvaise interprétation, et tente de dessiner les contours de cette capacité: « L'impact des nouveaux pays candidats sur la nature et le développement futur du projet d'intégration et la cohésion interne de l'UE ; l'impact sur la construction d'une identité européenne (le « we feeling ») ; l'impact sur la capacité de l'Union à prendre des décisions et à agir de manière efficace ; les implications budgétaires et financières ; l'impact sur la sécurité intérieure et extérieure de l'UE ».