Bruxelles, 25/09/2006 (Agence Europe) - Le Premier ministre français Dominique de Villepin et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso ont plaidé lundi la même voix pour une suspension du processus d'élargissement de l'UE après l'entrée prochaine de la Bulgarie et de la Roumanie afin que l'UE puisse réaliser les réformes institutionnelles nécessaires avant d'accepter de nouveaux membres tels que la Croatie ou les autres pays des Balkans occidentaux. « L'élargissement de l'Union européenne doit se faire dans le respect de nos conditions et de nos critères, y compris notre capacité d'intégrer de nouveaux membres. Après l'adhésion de la Bulgarie et la Roumanie, qui sera la dernière phase de l'élargissement qui a permis la réunification de l'Europe, il me semble que l'on ne soit pas en condition d'intégrer de nouveaux membres sans une réforme institutionnelle préalable », a dit M. Barroso lors d'une conférence de presse commune avec M. de Villepin. Il serait « imprudent » d'accepter d'autres membres avant d'avoir résolu la question institutionnelle, estime M. Barroso qui rappelle que le Traité de Nice prévoit le changement de la composition de la Commission européenne (qui entrera en fonction en 2009) au moment où l'UE passe à 27 membres. « Donc, de toute façon, après l'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie, nous devrons faire une révision du fonctionnement des institutions. C'est, je crois, donc le moment de prendre une décision sur le Traité constitutionnel », a affirmé M. Barroso. M. de Villepin souscrit « pleinement » aux propos de M. Barroso. « Le critère d'absorption de l'UE est essentiel: jusqu'où peut-on aller sans déséquilibrer, sans rendre moins efficace l'Union européenne ? Après l'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie, nous atteignons une nouvelle étape et nous devons désormais progresser dans les règles communes avant de pouvoir envisager de nouvelles étapes », a estimé le Premier ministre français. A propos de la Turquie, M. de Villepin a souligné qu'Ankara devra respecter « l'esprit et la lettre » de l'Union douanière et du Protocole d'Ankara sur son extension aux nouveaux pays membres, y compris Chypre, « sans quoi, l'UE sera amenée à en tirer les conclusions ».
Europe des résultats/Constitution européenne. M. de Villepin s'est aussi dit entièrement d'accord avec l' « Europe des résultats » poursuivie par la Commission Barroso, une Europe qui doit agir et « mieux répondre aux préoccupations de nos citoyens par des engagements très concrets ». Comme M. Barroso, il pense que cette Europe des résultats peut préparer le terrain pour une future solution du problème institutionnel. A propos des idées de Nicolas Sarkozy sur un « mini-Traité », le chef de gouvernement français a répondu: « Je ne crois pas qu'aujourd'hui, ce soit la préoccupation première. Notre souci doit être d'apporter des réponses concrètes à nos concitoyens et faire avancer l'Europe pour, le moment venu, prendre les décisions qui s'imposeront sur le plan institutionnel ». Après l'échec de la Constitution en France et aux Pays-Bas, le problème constitutionnel devra « certainement » être réglé, « mais je crois que l'évolution des esprits se fera naturellement », a-t-il fait valoir. Plus l'Europe prendra de la vitesse, plus elle prouvera aux citoyens qu'elle est en mesure d'agir, « plus la question institutionnelle trouvera naturellement, mécaniquement sa réponse », a-t-il estimé. Quelle solution institutionnelle ? M. de Villepin ne veut pas « pas préjuger » ce qui sortira du débat institutionnel. « A chaque temps suffit sa peine ».
Projets concrets. Trois sujets sont prioritaires pour la France, a expliqué M. de Villepin: - la croissance et l'emploi, en particulier pour les petites et moyennes entreprises ; - l'indépendance énergétique. Il serait important de mettre au point une « stratégie énergétique européenne » visant à faciliter « l'émergence de grands champions européens en s'appuyant sur les champions nationaux » et de mettre en place, à terme, un véritable « grand marché européen de l'énergie ». Le Premier ministre a aussi réitéré sa proposition de créer le poste d'un représentant spécial de l'UE pour l'énergie (voir EUROPE n° 9271), « non pas pour créer de nouvelles instances, mais bien pour avoir quelqu'un qui, à côté du Commissaire de l'énergie, puisse mettre son poids pour faire avancer les choses dans ce domaine ». Il a aussi proposé de tenir un sommet entre l'UE et les pays producteurs de pétrole et de gaz ainsi que d'introduire un chapitre spécifique sur l'énergie dans chaque accord de partenariat que l'UE conclut avec ses pays voisins. Enfin, M. de Villepin plaide pour une coordination des réserves stratégiques de gaz et de pétrole entre les pays membres de l'UE ; - immigration. « Nous avons besoin d'une approche européenne », a dit le Premier ministre. « Cela suppose des accords de co-développement avec les pays d'émigration et une amélioration des conditions de l'immigration légale dans nos pays. Cela suppose aussi d'être plus efficace pour lutter contre l'immigration illégale, par la conclusion d'accords de réadmission au niveau européen, le renforcement des moyens opérationnels de l'Agence européenne Frontex et la mise en place rapide d'une police européenne des frontières ».
Siège du Parlement européen. M. de Villepin a rappelé que la France avait une « politique constante » dans ce dossier, à savoir celle de « défendre Strasbourg et défendre les Traités ». « Nous sommes convaincus que les Traités doivent être respectés et parfaitement confiants qu'ils le seront » (voir EUROPE n° 9270 sur la pétition de députés européens pour un siège unique).