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Bulletin Quotidien Europe N° 9272
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Des initiatives russes récentes confirment que l'UE doit rester vigilante

A manier avec précaution. Une rencontre rapide à trois n'y change rien: les évolutions récentes confirment que des précautions sont nécessaires. C'est des relations avec la Russie que je parle. Toutes les possibilités de renforcer les liens réciproques doivent, bien entendu, être saisies, car des relations approfondies avec la Russie sont pour l'UE politiquement indispensables, économiquement utiles et culturellement logiques. Mais avec une certaine prudence, notamment pour les politiques énergétique, industrielle et commerciale. L'application des règles du libre marché et d'un régime libéral, ainsi que l'hypothèse d'une zone de libre-échange et même les conditions pour l'accession de la Russie à l'OMC (Organisation mondiale du commerce) doivent être maniées avec précaution, en tenant compte que, de leur côté, les autorités russes continuent (et continueront) à garder le contrôle des stratégies des grandes entreprises et des échanges commerciaux (voir cette rubrique dans les bulletins n. 9264 et 9265). Deux faits méritent d'être signalés:

1. Le contrôle public russe sur le gaz se renforce. Moscou a retiré à la Royal Dutch Shell le permis d'exploitation du projet pétrolier et gazier Sakhaline-2, dans l'Extrême-Orient russe (voir notre bulletin n. 9269). C'est le plus grand investissement énergétique privé jamais engagé dans le monde, et le seul projet sur le territoire russe géré entièrement par un consortium ne comprenant pas d'entreprises russes: Shell détient 55% du capital, les entreprises japonaises Mitsui et Mitsubishi 45%. Au-delà de l'extraction de gaz (qui a déjà commencé), les installations principales seront destinées à la liquéfaction du gaz et devraient fonctionner dans la deuxième moitié de 2008. La Russie a fait valoir des raisons écologiques pour annuler le permis d'exploitation. Le commissaire Andris Piebalgs n'a pas contesté «le droit légitime, et même l'obligation» pour la Russie de veiller au respect des normes environnementales les plus élevées, mais en soulignant en même temps que les investissements dans le secteur énergétique ont besoin de clarté et de sécurité juridique. « Le fructueux partenariat UE-Russie est fondé sur le respect mutuel de la transparence, la prévisibilité et la non-discrimination» et si, dans ce cas spécifique, des problèmes écologiques existent, Shell « doit disposer d'un délai approprié pour les résoudre selon des critères clairs et définis à l'avance». Le commissaire à l'énergie a confirmé en même temps que - si la transparence et la réciprocité sont respectées - les compagnies russes pourront obtenir la faculté de commercialiser leur gaz directement auprès des consommateurs européens (Gazprom est fortement intéressé et son accord récent avec ENI prévoit cette possibilité en Italie).

Inutile d'ajouter que les milieux concernés craignent que les doutes écologiques de Moscou soient en réalité une forme de pression pour renégocier certains accords des années '90, considérés aujourd'hui par Vladimir Poutine comme trop ouverts et trop favorables aux investisseurs étrangers. La réaction japonaise a été plus vive que la réaction européenne: Tokyo a rappelé que le projet Sakhaline 2 représente « un symbole de la coopération russo-japonaise» et qu'un retard prolongé aurait un impact négatif sur les relations Japon-Russie dans leur ensemble. Les Américains ont également exprimé leurs préoccupations, car Exxon a un contrat à peu près analogue à celui de Shell dans la même région.

2. Participation au contrôle de l'industrie aérospatiale européenne ? La deuxième évolution à souligner est l'annonce par une banque russe contrôlée par l'Etat de son intention de peser davantage dans le capital d'EADS, le grand consortium européen qui produit notamment l'Airbus, des missiles, des lanceurs. La première réaction au niveau de l'UE a été, à ma connaissance, celle du parlementaire européen Alain Lamassoure qui a déclaré: « Si des participations croisées sont les bienvenues, si nous pouvons attendre beaucoup de la coopération industrielle avec la Russie, il doit être clair que l'entreprise symbole et phare de l'industrie aérospatiale, civile et militaire européenne a vocation à rester sous le contrôle total d'acteurs appartenant à l'UE» (voir notre bulletin n. 9268). Et il avait ajouté: « Nous faisons confiance aux autorités politiques des pays européens concernés pour exprimer fortement ce message à leurs interlocuteurs russes». Pendant le week-end, M. Poutine s'est efforcé de rassurer à ce sujet la chancelière Merkel et le président Chirac, mais ce petit jeu alternant provocations et assurances ne devrait tromper personne.

Sans rentrer dans des détails que j'ignore, les deux affaires citées renforcent donc la conviction qu'avec la Russie de M. Poutine (qui dispose d'idées claires et d'habileté tactique), l'UE doit avoir, pour reprendre les deux adjectifs déjà utilisés, une attitude « positive, mais pas ingénue ».

(F.R.)

 

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