login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 9272
Sommaire Publication complète Par article 38 / 39
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 701

*** MICHEL DUMOULIN, GENEVIEVE DUCHENNE (sous la dir. de): L'Europe inachevée. Actes de la Xe Chaire Glaverbel d'études européennes 2004-2005. Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.net ). Collection "Actes de la Chaire Glaverbel d'études européennes", n° 6. 2006, 414 p.. ISBN 90-5201-331-4.

Certains ouvrages relèvent, pour le journaliste, de la torture pure et simple. Comment en parler à ses lecteurs en une dérisoire poignée de lignes sans en trahir l'esprit et la richesse ? De quelle manière en rendre compte sans galvauder les trésors d'intelligence qu'ils recèlent, sans simplifier à l'excès ce qui se décline sur la palette de toutes les nuances d'une réflexion intellectuelle sans œillères ? La mission est impossible. Voilà bien le danger auquel expose, en tout cas, cette Europe inachevée. Que le lecteur de ces lignes veuille bien les prendre, dès lors, pour ce qu'elles sont: une vibrante invitation, arbitraire et réductrice, à se plonger dans des pages dont on ne sort pas impunément pour qui accepte de confronter ses opinions à des idées qui, tout à la fois, peuvent modifier l'angle de la vision et élargir les horizons de la pensée. Après tout, que l'on préfère la baguette ou le pain d'épeautre, tout fait farine au moulin de l'intelligence…

Le ton est donné dès l'entame. Dans une somptueuse introduction intitulée "Europe une ou multiple", l'historien Michel Dumoulin s'empare de "l'identité européenne en tant qu'enjeu de 1900 à nos jours". Partant du constat que l'identité européenne ne peut être assimilée à l'identité nationale et se demandant ce qu'elle est dès lors, Dumoulin cite Jacques Delors qui, en 1990, avait écrit: "L'Europe n'est pas un territoire mais une conscience commune ; sa révélation progressive, implicite puis de plus en plus explicite, est aujourd'hui l'identité des Européens". Et l'ancien président de la Commission poursuivait, distinguant ainsi des étapes dans la chronologie: "La conscience européenne, préfigurée par les mythes troublants des Grecs et des Phéniciens, n'est pas née d'un coup. Elle se trouve donc promise à d'autres développements, à mesure que la pensée humaine elle-même progresse et s'approfondit". Les chemins, toutefois, peuvent s'avérer sinueux. D'où l'invitation de Michel Dumoulin à se pencher, après François Perroux, sur l'Europe en tant qu'œuvre qu'aucun espace ne borne ni ne contient. Ce qui, d'emblée, plonge au cœur de la question fondamentale qui se pose de nos jours, celle des "frontières de l'Europe". Dans une contribution éclairante qu'il consacre à "l'Europe inachevée", René Rémond souligne que "l'édification d'une Europe unie est en perpétuel devenir et que chaque étape franchie impose comme une évidence que, depuis l'origine, l'inachèvement est un caractère constitutif de cette grande entreprise". Cela se voit sur le plan des compétences dont le champ n'a cessé de s'agrandir et des institutions qui ont vu le jour au fil du processus empirique. Cela se voyait aussi par "l'élargissement territorial de l'Union qui s'est opéré par une succession d'étapes dont la chronologie manifeste la même absence d'a priori et une pareille dépendance à l'égard des circonstances". Or, constate le président de la Fondation nationale des sciences politiques et membre de l'Académie française, "c'est à propos de cette troisième dimension du processus que se pose de la façon la plus claire et la plus pressante la question de l'achèvement" de l'Europe. Telle est, en filigrane, la question de fond qui sous-tend la controverse constitutionnelle, laquelle pourrait constituer, sous cet angle, "l'épreuve de vérité qui marquera peut-être le terme d'un cycle de l'histoire de la construction européenne".

Après que Krzysztov Pomian eut savamment montré que l'histoire de l'intégration européenne se mesure en siècles, voire en millénaires, sur la base d'une structuration de grandes aires culturelles toujours actives de nos jours, l'ouvrage se décline ensuite en deux parties "géographiques": les Balkans et la Turquie. Une fois encore, cette recension ne peut prétendre à l'exhaustivité et s'arrêtera, dès lors, aux trois contributions consacrées au dossier le plus passionnel du moment: le cas turc. Dans un premier temps, l'eurodéputé libéral démocrate Gérard Deprez y défend l'opinion apparemment majoritaire et juge que "la perspective de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne pose, en réalité, la question de l'existence même du projet européen", ce risque étant notamment imputable, selon lui, "à l'univers glaciaire des valeurs abstraites proclamées dans les documents officiels européens". Tout autre son de cloche chez le Pr. Robert Anciaux qui, au détour d'une appréciation non complaisante de la situation prévalant en Turquie, réfute méthodiquement les arguments - géographique, historique, économique et culturel - habituellement invoqués pour s'opposer à une adhésion turque, ayant ces mots pour stigmatiser le préjugé antimusulman: "Vision déterministe, essentialiste, culturaliste et, pour tout dire, raciste qui nie, par définition, toute possibilité d'évolution positive aux peuples musulmans en raison de leur nature même". Et ce professeur émérite de l'Université libre de Bruxelles de ponctuer son plaidoyer par cette sentence: "En fait, le problème n'est pas de savoir ce que la Turquie peut apporter à l'Europe, mais de ce que l'Europe peut faire de ce que peut lui apporter la Turquie. La réponse à cette interrogation réside dans la capacité que l'Europe manifestera à développer un projet politique cohérent destiné à en faire un gestionnaire majeur de l'Ordre international et d'assumer les charges et les risques que ce rôle implique"… Ce qui renvoie, in fine, à une pénétrante analyse de la relation entre l'Union et la Turquie dans le contexte du "choc des civilisations", concept huntingtonien que Thierry Van Hentenryk démolit scientifiquement avec brio avant de poser ce jugement en forme d'appel: "En renversant l'argument huntingtonien, inclure la Turquie dans l'Union permettrait de prouver concrètement que les cultures peuvent coexister, que l'islam est compatible avec la culture occidentale. Il conviendrait donc d'aller dans ce sens, en s'efforçant de s'opposer aux réflexes de repli sur soi induits par la peur de l'Autre qui met en péril nos valeurs". Qu'ajouter à cet appel à la réflexion si ce n'est que la quatrième partie de l'ouvrage s'intéresse à "l'avenir du continent en termes de réinvention" et qu'elle est aussi riche en invitations à la réflexion et, même, à la méditation que les autres parties de cet ouvrage majeur ? A lire de toute urgence !

Michel Theys

*** ERWAN LANNON, JOEL LEBULLENGER (sous la dir. de): Les défis d'une adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Etablissements Bruylant (67 rue de la Régence, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5129842 - fax: 5119477 - Internet: http://www.bruylant.be ). Collection "Rencontres européennes". 2006, 349 p.. ISBN 2-8027-2171-2.

Fruit d'une collaboration au long cours entre le Centre de recherches européennes de Rennes et l'Institut européen de l'Université de Gand, cet ouvrage multidisciplinaire (droit, économie, sciences politiques) dissèque de manière académique, c'est-à-dire de façon que d'aucuns jugeront fort austère mais avec un souci permanent de précision et de fiabilité maximales, la problématique ouverte par la demande d'adhésion de la Turquie à l'Union et les conséquences potentielles de la réponse, positive ou négative, qui lui sera donnée. La première partie du livre s'intéresse aux défis (géo-) politiques et institutionnels qu'entraînerait une adhésion turque. Catherine Flaesch-Mougin s'emploie ainsi à mesurer les conséquences institutionnelles d'une adhésion et celles d'un "partenariat de proximité", tandis qu'Erwan Lannon s'intéresse à l'impact qu'une adhésion ou une autre solution produirait, du fait des spécificités géopolitiques présentées par la Turquie, sur les relations de proximité nouées par l'Union. A cet égard, ce professeur à l'Université de Gand et au Collège d'Europe de Natolin souligne qu'il est de bonnes raisons - notamment énergétiques - de rétorquer à ceux qui brandissent le spectre d'une Union contigüe à des zones instables "qu'il serait tout aussi dangereux de laisser à un pays tiers le contrôle du transit d'une grande partie de l'approvisionnement énergétique de l'Union". Et Erwan Lannon de souligner, dans la foulée, que "le principal problème aujourd'hui est sans doute le manque de vision des dirigeants européens" qui seraient bien inspirés de revisiter les textes fondateurs, comme la Déclaration Schuman, et de se rappeler que "le projet européen s'est bâti sur le mode inclusif et que sa raison d'être est la préservation de la paix en Europe". Cette première partie est ponctuée par des contributions relatives à l'alignement d'Ankara sur l'acquis en matière de contrôle des flux migratoires et de lutte contre le phénomène des drogues. Consacrée aux "défis humains et sociaux", la deuxième partie s'ouvre sur une très instructive mise en lumière par Claire Visier des "points de vue turcs sur l'Union", tandis que Deniz Akagül apporte des éléments de réponse à la question de savoir si les éléments constitutifs des citoyennetés européenne et turque sont compatibles, une dernière contribution portant sur la question on ne peut plus complexe de la libre-circulation des personnes. Enfin, la troisième partie aborde la vaste question des défis économiques et commerciaux. Ce n'est pas la moins intéressante de cet ouvrage très complet dont les conclusions sont tirées par le Pr. Constantin Stefanou, ancien membre de la Convention sur l'avenir de l'Europe.

(MT)

***Politica Exterior. Estudios de Politica Exterior SA (49 Núñez de Balboa, E-28001 Madrid. Tél.: (34-91) 4312711 - fax: 4354027 - Courriel: suscriptiones@politicaexterior.com - Internet: http//http://www.politicaexterior.com ). 2006, n° 112, 192 p., 11,50 €. Abonnement: 97 €.

Parmi les contributions, une étude d'une vingtaine de pages esquisse différents scénarios de réaction des sphères politiques et économiques face à la pénurie annoncée de pétrole, s'interrogeant sur la vulnérabilité de l'Union. D'autres articles parlent notamment de l'immigration ou des relations Chine/Inde.

(FRo)

*** HELENE RUIZ FABRI, JEAN-MARC SOREL (sous la dir. de): La saisine des juridictions internationales. Editions A. Pedone (13 rue Soufflot, F-75005 Paris). Collection "Contentieux international". 2006, 319 p., 24 €. ISBN 2-233-00489-2.

Fruit d'une journée d'études sur le contentieux international organisée à Paris, ce livre voit d'éminents juristes s'attaquer à un sujet en apparence technique, à savoir la saisine des juridictions internationales. Sous cet angle, sont ainsi passés tour à tour en revue la Cour internationale de justice et le Tribunal international du droit de la mer, l'Organe de règlement des différends de l'Organisation mondiale du commerce, la Cour européenne de justice et le Tribunal de première instance, la Cour européenne des droits de l'homme et, enfin, les juridictions pénales internationales. Cette démarche comparative permet notamment de se rendre compte que la saisine, acte en apparence technique, est un véritable révélateur de la conception même des systèmes juridictionnels et de leur degré d'ouverture.

(MT)

*** Les compétences de l'Etat en droit international. Editions A. Pedone (voir coordonnées supra). Collection "Société française pour le droit international". 2006, 320 p., 45 €. ISBN 2-233-00493-0.

Cet ouvrage constitue les actes du 39ème Colloque de la Société française pour le droit international qui, organisé en juin de l'année dernière dans les locaux de la Faculté de droit et de science politique de Rennes, a été consacré au thème de la compétence de l'Etat en droit international. Dans un premier temps, la variété des sens que la notion de "compétences" reçoit dans les différentes disciplines juridiques est utilement soumise aux regards croisés de l'histoire du droit international, de la théorie du droit, du droit international privé, du droit communautaire et du droit international. Les intervenants s'attachent ensuite aux "titres de compétences" dont, expliquent les coordinateurs, la nature est aussi disputée en doctrine que la légitimité, l'extension et l'efficacité le sont en pratique. Ce sont enfin les règles internationales relatives à "l'exercice de la compétence" de l'Etat qui sont étudiées, le Pr. Combacau s'employant, en conclusion, à esquisser une théorie générale des compétences sur la base des idées engrangées. (PBo)

*** SWIAD NIKOLEISCHWILI: Die Transformation der Außenhandelspolitik in den postsozialistischen Staaten Osteuropas am Beispiel Georgiens. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.de ). Collection "Europäische Hochschulschriften - Publications Universitaires Européennes - European University Studies", n° 3145. 2005, 276 p.. ISBN 3-631-54173-2.

A la fin des années 80, la politique de transformation s'est imposée comme un véritable fil conducteur de la recherche dans le domaine des sciences économiques. Depuis lors, les Etats d'Europe de l'Est ont tenté, en effet, avec plus ou moins de facilités selon les cas, de mener à bien la transition, de les faire passer d'une économie dirigiste à l'économie du marché. La transformation en profondeur du système de commerce extérieur a joué, dans ce remodelage de l'ordre économique, un rôle important. Dans ce contexte, une importance particulière a été attachée aux concepts de timing et de sequencing des étapes de réforme, ainsi qu'aux relations entre la politique du commerce extérieur et celle visant à la croissance économique. Cette étude présente les approches théoriques qui ont émergé, les compare les unes aux autres et expose leurs avantages et désavantages en prenant pour exemple l'histoire de la transformation géorgienne entre 1990 et 2001.

(CDi)

*** HOCINE KHELFAOUI (sous la dir. de): L'intégration de la science au développement. Expériences maghrébines. Publisud (15 rue des Cinq-Diamants, F-75013 Paris. Tél.: (33-1) 45807850 - fax: 45899415 - Courriel: publisud.editions@cegetel.net). 2006, 246 p., 34 €. ISBN 2-86600-902-9.

Les pays du Maghreb central (Maroc, Algérie et Tunisie) ont pris conscience qu'ils étaient, tout comme le reste de la planète, plus que jamais imbriqués dans un monde où l'innovation est devenue le maître mot. Mais comment s'adapter à ce contexte ? Quelles sont les mesures prises ou à prendre par ces pays pour passer d'une économie de rente basée sur l'exploitation des ressources naturelles et le tourisme vers une "économie des connaissances" ? Comment adapter le système éducatif et universitaire ? Comment construire de nouveaux ponts entre ce dernier et les entreprises ? Et puis, aussi, comment passer du "pouvoir des diseurs à celui des faiseurs" ? Face au vide en la matière, les auteurs de ce volume, des chercheurs maghrébins et français, proposent un état des lieux de la science (non) mise au service du développement. La première partie, intitulée "Pratiques et dynamiques d'innovation", met en lumière certaines actions de valorisation de la science, que ce soit le fait des pouvoirs publics - comme, par exemple, le développement des technopôles - ou d'entreprises privées. La seconde partie étudie plus particulièrement l'enseignement supérieur en matière de recherche et développement et son évolution.

(FRo)

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE