Strasbourg, 07/09/2006 (Agence Europe) - Le Parlement européen a adopté jeudi une résolution sur le Proche-Orient dans laquelle, en déplorant l'étendue et l'intensité du conflit au Sud-Liban, il demande au Conseil de l'UE d'essayer de réunir une conférence internationale sur la paix, à l'instar de la conférence de Madrid de 1991, pour chercher une solution durable et viable aux problèmes de la région, en insistant sur la participation de la Ligue arabe. Le cessez-le-feu, réitère le Parlement, ne saurait être durable sans la volonté politique des parties impliquées, directement ou indirectement, de remédier aux causes de la crise. Le PE se félicite du mandat imparti à la Finul renforcée (en soulignant le rôle actif de la France et de l'Italie) mais estime que ce mandat, les règles pour l'engagement, les structures et les compétences de la force de paix doivent être plus clairement définis, si nécessaire par une résolution de l'ONU. Toutes les importations d'armes au Liban doivent être exclusivement destinées à l'armée libanaise, et tout accord doit mener au désarmement des milices, y compris celle du Hezbollah. Aide humanitaire, aide à la reconstruction, efforts pour établir un « partenariat vivant » avec les forces politiques démocratiques, voici autant de buts que doit poursuivre l'UE, qui devrait aussi engager un dialogue authentique avec la Syrie. Cette dernière, et l'Iran, sont invités à jouer un rôle constructif dans la solution du conflit. L'action de la Commission européenne pour faire face au problème d'environnement provoqué par la contamination de 50 km de côte libanaise est saluée par le PE. Sur le plan politique, le Parlement confirme son soutien au Président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et rappelle que l'objectif fondamental est de redonner la priorité au processus de paix au Moyen-Orient et d'assurer l'application de la Feuille de route grâce aux efforts du Quartette: la coexistence pacifique entre Israël et un Etat palestinien reste la condition clé pour une paix durable dans la région.
En prenant brièvement la parole à la fin du débat, le Président du Conseil Tuomioja avait remarqué qu'il y aura toujours des limites à ce que l'Union européenne peut faire toute seule, et que l'Union n'essaiera en aucun cas de « contourner » les Nations unies. La ministre pour les affaires européennes Paula Lehtomäki, qui s'est récemment rendue au Liban avec le Commissaire Louis Michel, a plaidé pour une action active de reconstruction, en partant des besoins réels, qui doivent être évalués en coordination avec le Liban. Et la Commissaire Ferrero-Waldner a précisé que toute aide de l'Unon irait évidemment au gouvernement libanais et aux organisations qui travaillent avec lui (et non pas au Hezbollah, comme le craignaient certains).
L'Union a eu une grande expérience dans la solution des conflits, avait constaté, au cours du débat de mercredi après-midi, le coprésident du groupe Union pour l'Europe des nations, Brian Crowley: « Le moment est venu d'être plus courageux, de chercher d'autres solutions (…) impliquant aussi le Hamas, la Syrie et l'Iran ». Ce n'est pas ce que souhaitent les Français Paul-Marie Coûteaux (Indépendance et démocratie) et Bruno Gollnisch (Front national), qui voient dans la participation à l'Unifil une fuite en avant de l'Union. Certains parlementaires, comme le Vert autrichien Johannes Voggenhuber, se sont demandé par contre si ce qui s'est passé au Liban aurait pu être évité. D'autres ont insisté sur la menace du Hezbollah: « Je la prends très au sérieux », a affirmé Pierre Schapiro, en soutenant, contrairement à beaucoup d'autres, qu'il ne faut pas lier un règlement au Liban avec une solution du problème palestinien, selon le socialiste français: « Il faut séparer les deux causes ». Le socialiste tchèque Libor Roucek note que ce n'est qu'en désarmant le Hezbollah qu'on pourra l'intégrer durablement dans la vie politique du Liban. Et la socialiste néerlandaise Edith Mastenbroek a apporté une contribution personnelle. J'ai des amis palestiniens, a-t-elle dit, mais j'ai aussi un ami israélien qui est DJ, et qui m'a dit qu'il ne voulait pas se battre, mais qui a demandé: « Que pouvons-nous faire si le Hezbollah nous bombarde et l'Europe ne veut pas reconnaître que ce sont des terroristes ? ». D'autres encore ont insisté sur la nécessité d'aider les deux parties: les gens veulent la paix, mais Israël et les Palestiniens « n'y arrivent pas tous seuls (…) ; donc, il faut les aider », affirme Pasqualina Napoletano. C'est dans l'intérêt d'Israël d'avoir des voisins souverains et sûrs, ajoute le social-démocrate autrichien Hannes Swoboda, qui incite à « avancer » vers le processus de paix. Le Quartette doit rapidement se réunir au niveau le plus élevé, estime à son tour Elmar Brok (PPE/DE, allemand), et Antonio Tajani (Forza Italia) considère que ce que l'Union fait maintenant n'est qu'un premier pas, si elle veut aider une région « où naissent tous les dangers pour la sécurité du monde ». M. Tajani s'est fait écho de la nouvelle que, à partir de jeudi 7 septembre à l7 heures, le blocus aéronaval du Liban cesserait. « Pourquoi l'UE continue à faire pression uniquement sur l'Autorité palestinienne ? Qui va mettre la pression sur Israël pour mettre un terme à l'isolement maritime et aérien du Liban ? Comment va fonctionner la force internationale de paix sous un régime d'isolement israélien ? », a demandé pour sa part Panayotis Beglitis, socialiste grec, en plaidant pour une stratégie européenne « équilibrée et sans sensibilités sélectives », et pour la convocation d'une conférence internationale de paix « avec la participation de toutes les parties impliquées, sans exclusions ».