Strasbourg,07/09/2006 (Agence Europe) - Les députés européens ont vivement réagi le 7 septembre aux déclarations du Président Bush qui avait admis la veille qu'un « petit nombre de suspects terroristes » avaient été détenus dans le cadre d'un « programme spécial » de la CIA en dehors des Etats-Unis. Claudio Fava (PSE), rapporteur de la commission temporaire mise en place par le PE au sujet des enlèvements et détentions de la CIA dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, commente dans un communiqué: « Si c'était possible, j'inviterais tout de suite Monsieur George W. Bush devant notre commission », parce qu'il est maintenant « notre meilleur témoin ». Les auditions des prochains mois et les missions programmées au Royaume-Uni, en Pologne et en Roumanie » seront un moment clé pour connaître la vérité sur les excès et les violations commises aussi en Europe », affirme-t-il. Concernant l'affaire d'Abou Omar, l'imam enlevé à Milan par la CIA qui l'avait consigné aux autorités égyptiennes, M. Fava a annoncé que, après l'audition du journaliste de La Repubblica Carlo Bonino, la commission temporaire entendra « dans les prochains jours » le sous-secrétaire italien Enrico Michel et le procureur adjoint Armando Spataro. Le social-démocrate allemand Wolfgang Kreissl-Dörfler estime que « la localisation de ces camps doit être rendue publique », tout comme le vert allemand Cem Özdemir, pour qui « la chose surprenante est que le président des Etats-Unis ait fait cette admission avant les gouvernements des pays où se trouvaient les camps ». Avec sa déclaration, le Président Bush ne dévoile « pas seulement ses propres mensonges du passé, mais il ridiculise aussi les leaders arrogants des gouvernements européens qui ont prétendu que nos craintes sur les « redditions extraordinaires étaient infondées », renchérit la libérale démocrate britannique Sarah Ludford.
Terry Davis, secrétaire général du Conseil de l'Europe, lors d'une conférence de presse à Strasbourg, jeudi, sur ses propositions suite à son enquête sur cette affaire, a estimé qu'il existe actuellement un fossé entre les dispositions de la Convention européenne sur les droits de l'homme et la mise en œuvre de ces dispositions dans les pays membres de l'organisation. « C'est ce fossé-là que je veux combler », a-t-il déclaré. L'enquête menée au titre de l'article 52 de cette Convention a consisté à s'interroger sur la manière la plus efficace d'effacer les lacunes décelées. M. Davis a fait état de « trois lacunes » principales. À une ou deux exceptions près, les pays membres du Conseil de l'Europe n'ont pas le droit de contrôler les activités de services de sécurité de pays « amis » sur leur territoire. En matière de restitution extraordinaire de personnes, les procédures applicables aux avions civils et l'immunité dont jouissent les avions d'État ne permettent pas à un pays membre d'établir si un avion transitant par son espace aérien ou utilisant ses aéroports sert à des activités contraires aux droits de l'homme. Enfin, les personnes qui se livrent à des violations graves de ces droits ne devraient pas pouvoir se réfugier derrière l'immunité (qui, dans certains cas, était « de l'impunité », déplore-t-il). « Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi il a été nécessaire de placer des personnes dans des lieux secrets de détention », avoue M. Davis.
À propos de l'aveu de George W. Bush sur l'existence des prisons secrètes, M. Davis a souligné que le président américain n'a pas précisé si ces prisons étaient situées en Europe. Ainsi, « nous avons réglé une fois pour toutes la question de savoir s'il existe des preuves tangibles » sur l'existence de ces prisons, a-t-il estimé. Il a également rappelé les propos de Condoleezza Rice qui a affirmé que toutes les actions menées par son pays en Europe l'ont été avec l'accord des gouvernements concernés.