Bruxelles, 07/09/2006 (Agence Europe) - Le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier a invité le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker et le ministre français des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy à la rencontre du 4 septembre à Berlin avec les ambassadeurs allemands. Nos partenaires placent de grands espoirs dans notre présidence du Conseil de l'UE au premier semestre 2007, a constaté le ministre, en notant: ils espèrent relancer le débat sur la Constitution, et « nous avons besoin de cette Constitution » parce que, « sans elle, l'approfondissement de l'intégration est menacé ». Et il a interpellé M. Juncker: Pouvez-vous nous montrer une « voie royale » pour réussir ?
Nous avions cru trouver cette « voie royale » en mai 1999, sous présidence allemande, lorsque Joschka Fischer avait évoqué l'idée d'une Convention européenne, a affirmé M. Juncker. On pensait alors que, « si on faisait les choses autrement, tout irait mieux (…), mais ce n'est pas ainsi que vont les choses (…), et la voie royale de la Convention a dérapé là où elle a dérapé ». Et, après le « non » français au référendum sur la Constitution, nous sommes en crise, a-t-il noté en s'adressant à M. Douste-Blazy. Mais oui, la relance du débat sur la Constitution doit bien être au centre de la Présidence allemande (qui sera un « succès total »), estime le Premier ministre luxembourgeois. Qui constate aussi que bien de choses se sont passées depuis le dernier jour de la dernière Présidence allemande, à la fin du siècle dernier: à ce moment-là, par exemple, il n' y avait pas de soldats allemands, ni des soldats européens présents au nom de l'Europe dans des régions en crise, et ceci est un énorme saut qualitatif pour la politique et la diplomatie allemande, a-t-il remarqué.
Selon M. Juncker, le débat sur la Constitution ne peut avancer que si on est prêts à « une confrontation plus forte avec les voix de ceux qui sont contre », et si on aborde certains problèmes fondamentaux. L'élargissement d'abord. Je ne peux pas m'imaginer qu'une Europe à 35 ou plus pourrait fonctionner sans Constitution ou sans « révision de toute la construction d'ensemble. (…) La capacité d'absorption de l'Union n'est pas illimitée, et il devra donc y avoir une sorte de proportionnalité dans nos relations avec certains pays qui veulent devenir membres (…). Il devrait y avoir en quelque sorte des cercles concentriques autour de l'Union européenne (…), avec des pays qui ne peuvent pas se permettre l'adhésion à part entière ». M. Juncker défend cette position tout en se disant « allergique » à toute idée sur des « pionniers » ou des « noyaux durs ». Parfois, dit-il, « dans l'histoire de l'humanité » il y a eu des pionniers qui ne savaient pas où ils allaient aboutir, mais en politique il est utile de savoir où on veut aller, et de « ne pas laisser les autres essayer de deviner où on est finalement arrivés ». Respect pour les pionniers, donc ; mais aussi confiance dans les « qualités élémentaires d'une bonne boussole qui montre le chemin ».