Bruxelles, 29/05/2006 (Agence Europe) - Le Monténégro, dont le peuple a choisi l'indépendance de la Serbie dans un référendum le 21 mai (voir EUROPE n°9197), a une « perspective européenne » mais il n'y aura « pas de raccourci vers l'Union européenne », a averti lundi le Commissaire à l'élargissement, Olli Rehn, à l'issue d'une rencontre avec le Premier ministre Milo Djukanovic à Bruxelles. « Le Monténégro a une perspective européenne concrète, comme tous les autres pays des Balkans occidentaux, mais il n'y a pas de raccourci vers l'Europe », a déclaré M. Rehn devant des journalistes. Le futur pays indépendant devra avancer « pas par pas », le premier pas étant de conclure les négociations avec l'UE sur un Accord de Stabilisation et d'Association (ASA) et de mettre l'accord en œuvre. « Cela nécessitera un renforcement de la capacité administrative du Monténégro, à la fois dans le domaine de l'administration publique et du système judiciaire », a dit M. Rehn. Le Commissaire a aussi appelé les autorités de Podgorica à entamer, sans retard mais « avec prudence », des négociations avec Belgrade sur les termes exacts de la dissolution de leur Union.
La manière dont le référendum s'est déroulé a « contribué à une autre victoire européenne dans la région » des Balkans occidentaux, a estimé M. Djukanovic devant la presse. Il y a 15 ans seulement, la création de nouveaux Etats dans les Balkans n'était possible que par la guerre. « Aujourd'hui, nous l'avons fait à travers un processus démocratique et dans le respect des normes et valeurs européennes », a-t-il expliqué. Le Monténégro avait besoin de son indépendance « afin d'être en mesure de prendre en main son avenir européen ». Le gouvernement du Monténégro est parfaitement conscient du fait que l'attention internationale est désormais dirigée vers lui pour voir si le futur nouveau petit pays sera capable d'assumer ses responsabilités et d'adopter les normes européennes, « mais nous savons que nous sommes à la fois prêts et capables de remplir ces exigences ». « Nous savons aussi qu'il n'y aura pas de raccourci vers l'Union européenne » qui est l' « objectif final » du futur Monténégro indépendant, a souligné M. Djukanovic qui n'a cependant pas voulu spéculer sur un calendrier d'adhésion, d'autant plus que « cela dépendra aussi de la future politique d'élargissement de l'Union européenne ». Un pays « petit et flexible » comme le Monténégro, avec une classe politique homogène et entièrement focalisée sur l'agenda européen du pays, peut réussir à remplir toutes les exigences d'adhésion « dans un laps de temps de quelques années ». Mais, d'abord, il est prioritaire de conclure les négociations sur l'Accord de Stabilisation et d'Association (ASA) ce qui, selon M. Djukanovic, peut être chose faite « d'ici la fin de cette année » (on sait que la Commission européenne doit d'abord présenter des nouveaux mandats de négociation pour les futures négociations séparées avec Podgorica et Belgrade, avant que le Conseil pourra donner son feu vert à la reprise des négociations avec les deux pays individuellement, NDLR). Le Premier ministre a aussi assuré M. Rehn que les négociations avec la Serbie sur les termes pratiques de la dissolution de l'union avec la Serbie seront conduites d'une manière « prudente ».
Olli Rehn, qui devait se rendre à Belgrade lundi soir, a aussi rappelé que la Serbie gardait tout sa perspective européenne, même si les négociations ASA sont momentanément suspendues en raison du manque de coopération des autorités serbes avec le Tribunal pénal international sur l'ex-Yougoslavie.