Bruxelles, 29/05/2006 (Agence Europe) - Moins de six mois après le conflit gazier opposant la Russie à l'Ukraine et pénalisant l'Union européenne par une rupture des livraisons de gaz les 1/2 janvier dernier (EUROPE n° 9101 et 9102), la question énergétique a dominé le Sommet UE/Russie qui s'est tenu le 25 mai à Sotchi. Européens et Russes ont en particulier exprimé leur volonté respective d'accéder au marché de l'autre. Alors que les représentants de l'UE - le chancelier autrichien et président en exercice du Conseil Wolfgang Schüssel, le président de la Commission José Manuel Barroso, la Commissaire aux Relations extérieures Benita Ferrero-Waldner et le Haut représentant Javier Solana - ont multiplié les appels à des relations fondées sur « les règles du marché », « l'ouverture », « la transparence » et « la réciprocité », insistant sur « l'interdépendance » entre l'Union et la Russie, le président russe Vladimir Poutine a pour sa part fait preuve de la plus grande fermeté à l'égard d'Européens dépendants pour près de 25% du gaz russe. Avertissant que la Russie n'ouvrirait à l'Europe l'accès à ses richesses énergétiques qu'en échange de concessions équivalentes de la part des Européens, M. Poutine est même allé jusqu'à édicter ses conditions pour de futurs accords de partenariat avec l'Union. « Si nos partenaires attendent de nous des avantages exclusifs et veulent que notre politique d'accès à l'infrastructure, à la production et aux transports soit absolument libérale, nous nous posons une question: qu'est-ce que nous aurons en échange ? », a affirmé le président russe, donnant la réplique lors de la conférence clôturant les travaux du Sommet. « Un accès à l'infrastructure, aux ressources et aux transports ? Où sont vos champs gaziers et à quelles grandes conduites nous permettrez-vous d'accéder ? Si vous n'avez rien de tout cela, nous devons trouver une solution de remplacement qui nous permettra d'entamer un mouvement réciproque, dans l'intérêt mutuel », a ajouté M. Poutine.
L'enjeu des négociations actuelles entre Européens et Russes, ponctuées de tensions récemment exacerbées par les ambitions contrariées du géant gazier russe Gazprom en quête de prendre des parts dans des sociétés européennes de distribution de gaz, est la définition d'un cadre pour le fonctionnement des compagnies énergétiques en Europe et en Russie. L'Union veut sécuriser son approvisionnement et les investisseurs européens aimeraient obtenir un accès plus facile aux marchés et aux gisements russes. La Russie cherche quant à elle à moderniser ses technologies et développer ses activités de distribution énergétique en Europe. « Si nos partenaires européens veulent qu'on les laisse pénétrer dans le saint des saints de notre économie, le secteur du pétrole et du gaz, (...) alors nous voulons qu'ils fassent un effort équivalent de leur côté », a poursuivi M. Poutine, sous-entendant que la Russie ne laisserait l'Europe participer à l'extraction et au transport de ses hydrocarbures qu'en échange de concessions équivalentes de la part de l'Union, c'est-à-dire permettre aux entreprises russes de bénéficier du même traitement que les entreprises européennes sur le marché communautaire. « Le principal, c'est que nous souhaitons nous mettre d'accord sur ces questions, et nous y arriverons », a ajouté le président russe. Européens et Russes pourraient profiter du sommet du G-8 en juillet prochain à Saint-Pétersbourg pour définitivement aplanir leurs divergences. Soulignant que la « crise gazière » de janvier dernier avait « aggravé le sentiment de manque de confiance en la Russie en tant que fournisseur crédible », José Manuel Barroso a toutefois assuré que la coopération russo-européenne était « mutuellement avantageuse dans le domaine des hydrocarbures, des biocarburants, des sources d'énergie alternatives et de la sécurité des centrales nucléaires ». « La Russie a été, est, et restera un partenaire fiable pour ses partenaires européens », a répliqué M. Poutine qui s'est voulu rassurant à propos des projets russes d'exportation de gaz naturel vers la Chine, assurant que ce pays ne remplacerait pas l'Europe.
Les deux côtés ont aussi passé en revue les progrès faits jusqu'ici dans la mise en œuvre des quatre « espaces communs » et ont discuté de l'avenir des relations contractuelles entre l'UE et la Russie après l'expiration de l'Accord de partenariat et de coopération (APC) en 2007. Sur ce dernier point, il a été convenu d'entamer bientôt des négociations sur un nouvel accord plus ambitieux qui servira de cadre pour un véritable « partenariat stratégique ». Il a aussi été décidé que l'APC actuel restera en vigueur le temps qu'il faudra pour négocier le nouvel accord, afin de ne pas créer de vide juridique dans les relations bilatérales.
En marge du Sommet, l'UE et la Russie ont aussi signé deux accords: l'un sur la simplification des procédures d'obtention des visas et un autre sur la réadmission des migrants illégaux. Le président Poutine a déclaré qu'il espérait voir ces accords - qui doivent être ratifiés par les deux parties - entrer en vigueur avant la fin de l'année. La Russie et l'UE négociaient depuis des années une simplification du régime de visas pour les ressortissants russes et ceux de l'Union ainsi qu'une procédure de réadmission réciproque des immigrés illégaux, qu'ils soient citoyens russes, de l'UE, de pays tiers ou apatrides.