Vienne, 29/05/2006 (Agence Europe) - Enfermés pendant deux jours, samedi et dimanche 27 et 28 mai, en l'Abbaye de Klosterneuburg aux portes de Vienne, les vingt-sept ministres des Affaires étrangères (ou des Affaires européennes) de l'UE, de la Roumanie et de la Bulgarie, auxquels s'étaient joints le Haut représentant Javier Solana et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, ont préparé le Conseil européen de juin. Dans ce lieu chargé d'histoire - fondée en 1114 par le Margrave Léopold III, l'abbaye dispose de la plus grande bibliothèque privée d'Europe et d'un domaine vinicole réputé -, la Présidence autrichienne a su créer, de l'avis de plusieurs participants, une très bonne ambiance. Le problème complexe posé par la crise née du rejet du texte constitutionnel par deux pays membres - le ministre allemand Frank-Walter Steinmeier a souligné qu'il s'agit de la crise la plus profonde que l'UE ait connue - ne pouvait pas être résolu en deux jours et les ministres ont dû se contenter d'échanger leurs idées sur la manière de gérer au mieux cette crise, avec un objectif commun de sauvegarder le contenu du traité constitutionnel.
"Le ciel s'éclaircit ; les nuages s'estompent", a dit dimanche la ministre autrichienne des Affaires étrangères Ursula Plassnik en ouvrant la conférence de presse à l'issue des travaux. Résumant les discussions, elle a d'abord souligné qu'il n'y a pas eu d'annonce de décès de la Constitution, mais qu'on est encore loin d'une solution définitive. "Nous avons encore besoin de temps et de patience", a-t-elle poursuivi en expliquant que les ministres sont parvenus à la conclusion qu'il faut prolonger la période de réflexion et que ce temps peut être mis a profit pour produire, comme le propose la Commission, des résultats concrets qui amélioreront l'image de l'Europe aux yeux des citoyens (la nécessité pour l'Europe de gagner la confiance des citoyens a notamment été soulignée par le ministre allemand durant la réunion). Pendant combien de temps ? Personne n'a demandé de date-butoir, même si l'échéance de 2009, avec le renouvellement de la Commission et du Parlement, existe, reconnaît Ursula Plassnik.
Le président de la Commission a évoqué l'apparition d'un consensus autour de l'idée de montrer aux citoyens la valeur ajoutée de l'Union européenne. Selon José Manuel Barroso, les ministres ont souscrit à la "double approche" qui consiste à maintenir l'objectif d'un règlement institutionnel tout en apportant des solutions concrètes dans les domaines où les citoyens le réclament. Il a cité l'immigration, avec une référence au problème auquel les autorités espagnoles viennent d'être confrontées aux Canaries. C'est un problème européen qui requiert des solutions européennes, tant au niveau de l'immigration légale que de l'immigration illégale, a dit le président de la Commission qui a précisé qu'il existe une certaine convergence de vue sur certaines mesures concrètes proposées par la Commission et la France, y compris en ce qui concerne la nécessité d'améliorer la cohérence et l'efficacité de l'action extérieure de l'Union. Dans le domaine de la justice et des Affaires intérieures, l'application de l'article 42 se heurte cependant à un problème d'ordre constitutionnel en Allemagne (ce pays fait état de difficultés à revenir en arrière après avoir mis sa législation nationale en conformité avec le traité constitutionnel).
Interrogée sur la question du nom du traité, la ministre autrichienne des Affaires étrangères a insisté sur le fait que "le plus important, c'est le contenu". Un propos voisin de celui de plusieurs ministres à leur arrivée à Klosterneuburg et qui semble indiquer que chacun a pris conscience que la complexité du problème exige une certaine ouverture pour préserver l'essentiel. Frank-Walter Steinmeier a ainsi affirmé qu'on ne doit pas donner la priorité à un concept. Et d'expliquer qu'en Allemagne, on vit depuis plus de 50 ans avec une "loi fondamentale" et que ça marche très bien. S'il n'a pas été vraiment question du nom du traité, "cette question va venir", a dit José Manuel Barroso en rappelant que la dénomination de "Constitution" conserve le soutien de la Commission parce qu'elle traduit la volonté de "vivre ensemble".
Les ministres ont aussi évoqué l'élargissement. Sur la base des propositions françaises et d'un rapport de la Commission, le processus de réflexion devrait progressivement s'engager au cours des prochains mois afin de préciser ce qu'on entend par "capacité d'absorption". Les ministres sont convenus de conserver une approche commune du dossier de l'indépendance du Monténégro et de sa future reconnaissance par l'UE. Ils sont aussi revenus sur le mécanisme transitoire d'aide aux Palestiniens et le dossier nucléaire iranien, au sujet duquel il s'agit de "finaliser une offre réellement attractive qui mette les Iraniens devant leurs responsabilités". Le débat sur l'amélioration des instruments de réponse aux crises (catastrophes naturelles notamment) a montré qu'il existe "beaucoup de prudence" tant du côté de la Commission que des Etats membres, dont certains privilégient l'amélioration des moyens nationaux et d'autres craignent la création d'un mécanisme trop complexe au niveau européen.