Bruxelles, 29/05/2006 (Agence Europe) - Sous pression depuis de nombreux mois sur le front des négociations du Doha round, l'Union européenne dispose d'un instant de répit. Ce sont désormais les Etats-Unis qui, depuis la réunion ministérielle de l'OCDE des 23 et 24 mai derniers à Paris (EUROPE n° 9199), font l'objet de critiques ciblées. En ouverture du Conseil informel Agriculture lundi à Krems, le ministre autrichien et président en exercice du Conseil, Josef Pröll, a estimé que c'était maintenant à Washington de « bouger » sur son offre agricole pour faire avancer les négociations de Doha (voir aussi nouvelle page 12). « Les Etats-Unis doivent bouger, nous ne changerons pas notre offre » sur l'agriculture, a affirmé M. Pröll, en dépit de la déclaration d'intention faite le 23 mai dernier par le Commissaire au Commerce Peter Mandelson qui a assuré que l'Union pourrait assouplir sa position sur le dossier agricole. La Commission, qui propose actuellement de réduire ses droits de douane aux importations agricoles de 39% en moyenne, serait disposée à se rapprocher de la proposition des pays émergents du G-20 qui demande pour sa part une baisse de 54%. Selon plusieurs sources concordantes, la proposition améliorée de réduction moyenne des tarifs agricoles communautaires pourrait atteindre 50% (EUROPE n° 9197). Par ailleurs, de source non officielle, la Commission, qui veut garder 8% de ses 1 200 lignes tarifaires agricoles à l'abri d'une baisse plus prononcée des droits de douane (produits sensibles), pourrait envisager de ramener cette proportion à 5%. La déclaration d'intention de M. Mandelson a ravi plusieurs partenaires de l'Union, en particulier l'Australie, chef de file des pays exportateurs net agricoles du Groupe de Cairns. Le ministre australien du Commerce, Mark Vaile, s'est notamment félicité d'une « initiative très positive » conférant à l'Union « le leadership » dans les négociations de Doha.
Les Etats-Unis ont, quant à eux, écarté d'un revers de la main ce signal d'ouverture des Européens. « Le round de Doha ne progressera pas avec des étapes progressives, tels que des assouplissements de propositions qui sont déjà loin du compte, ou bien en refusant la baisse des droits de douane », a déclaré mercredi dernier la représentante américaine désignée au Commerce, Susan Schwab. « Je pense que l'Europe peut faire plus. Elle n'a pas besoin de ces droits de douane élevés derrière lesquels elle se cache », a indiqué le même jour à l'AFP un des membres de son équipe, Jason Hafemeister. C'est pourtant vers Washington, accusée par l'Union et plusieurs de ses partenaires à l'OMC de ne faire aucune proposition en matière de soutiens internes et de mettre en péril le round de Doha, que les critiques s'orientent désormais. « Les États-Unis se montrent maximalistes dans leurs exigences auprès de leurs partenaires auxquels ils demandent une très grande ouverture de leurs marchés, et cela met le cycle en danger », a estimé la semaine dernière dans les colonnes du journal la Tribune le spécialiste du commerce international de l'université de Columbia, Jagdish Bhagwati, pointant par ailleurs du doigt le protectionnisme grandissant au Congrès américain car « l'anxiété suscitée par la globalisation et les menaces sur l'emploi est très grande ». « C'est à présent aux États-Unis de bouger en revenant sur leur maximalisme et en contenant leurs lobbies », poursuit M. Bhagwati. En visite au Brésil jeudi dernier, le président français Jacques Chirac a, lors d'une conférence de presse avec son homologue brésilien Lula da Silva, lui aussi estimé que « ce sont les Etats-Unis qui détiennent la clé du problème ». « Il n'y a pas vraiment de différend entre les pays émergents et l'Europe sur la question des subventions agricoles. (…) L'Europe a fait tout ce qu'elle devait et pouvait faire. Le problème fondamental est la position de Washington », a poursuivi M. Chirac. Luzius Walesa, ambassadeur suisse à l'OMC et chef de file des pays importateurs agricoles nets du G-10 (Suisse, Japon, Norvège et Corée du Sud), accuse lui aussi les Etats-Unis de freiner la progression du Round. « Les négociations de Doha ne seront probablement pas achevées en décembre prochain car les Etats-Unis ne seront pas en position de faire des concessions substantielles cette année, sauf miracle », estime-t-il dans les colonnes du journal suisse SonntagsZeitung du 28 mai. « La question agricole reste le plat de résistance », poursuit M. Walesa, estimant par ailleurs que « deux ans de plus seront nécessaires pour faire aboutir le round ». Les négociations du Doha round se trouveront pourtant dans une position très délicate si elles n'aboutissent pas avant l'expiration à la mi-2007 du Trade promotion authority act, loi qui donne à l'exécutif américain des pouvoirs spéciaux en matière de négociations commerciales et qui oblige le Congrès à les accepter ou les rejeter en bloc sans possibilité de les amender.